‹ Socialisme fascisteChapitre 89 sur 103 · FA · texte numérisé non relu

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Mais jusqu'où cela va-t-il ? Jusqu'où peut pousser cette vigueur socialiste qui me paraît indéniable dans le fascisme ? Je répondrai que les progrès du socialisme à Berlin et à Rome seront proportionnés à la persistance du nationalisme en Europe et à l’approfondissement de ses méfaits. Encore une facétie de l'histoire. Deux choses qui semblaient irrémédiablement hostiles l’une à l’autre pour un esprit de la fin du xix® siècle, se rapprochent et se servent : socialisme et nationalisme.

Marx, entre autres choses, avait oublié un autre matérialisme que celui des forces de production : celui de la géographie. Il y a au fond du nationalisme un matérialisme dont il nous est apparu dans ces dernières années qu’il n’avait pas fini de travailler -- le matérialisme du climat qui a forgé les patries, qui n’a pas achevé de les forger. L’internationalisme relatif de la France et de l’Angleterre depuis longtemps unifiées, saturées de nationalisme, anticipait sur l’unification inachevée de l'Italie, de l’Allemagne, des Jeunes Slaves, de la Russie. Il se trouve pour le moment inutilisable.

Donc, il faut nous résigner à constater que, de l'Ouest à l'Est en Europe, et du Sud-Est au Nord-Ouest, les nationalismes l’ont emporté dans le dernier lustre sur les forces d'expansion internationaliste, que ce soit le grand capitalisme ou le socialisme de la II® Internationâle. Le grand capitalisme à tendance internationale des banques et des trusts a dû plier devant le nationalisme des petits bourgeois fascistes comme a dû plier le socialisme à même tendance des masses d'employés

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et d'ouvriers, dominés par ces banques et ces trusts. Mais, il se produit un contre-effet inattendu : les patries fascistes, derrière leurs douanes, doivent faire du SOCIalisme pour se maintenir en vie. Et elles doivent en faire beaucoup ; elles devront en faire encore plus.

Ce n'est pas le socialisme dont rêvaient ceux qu’on appelait jusqu'ici socialistes ? C’est possible. Mais le socialisme de Staline, n’est pas non plus celui que vous rêviez, docteurs.

Ce qui compte pour moi, c’est que ce socialisme a été suffisant déjà pour fausser à jamais le mécanisme du capitalisme mercantile, tel qu’il a fonctionné au siècle dernier. Certes, en Italie, et en Allemagne il y a encore des messieurs qui s’épanouissent dans de beaux châteaux ou de beaux palais et qui dévorent la plus-value. Mais voilà bien le cadet de mes soucis. D'abord, mon socialisme n’est pas celui de l'envie. Ensuite, ce qui m'intéresse Ce n est pas ce qui se passe dans les châteaux, mais dans les bureaux. Or, là M. Thyssen, ou tel monsieur de Milan, a devant lui quelqu'un qui est plus fort que lui. Nous ne pouvons pas en dire autant en France ou en Angleterre pour nos gros messieurs.

Cela est éperdument nié par les communistes — et même par nos bons.socialistes dont le réformisme parlementaire devient tout à coup si exigeant à l'égard de

l'effort des autres. Mais c’est un fait qui tombe sous le sens de tout observateur. Le temps est passé où le Capitalisme regardait le fascisme avec le sourire et ne voyait en lui qu’un gendarme inespéré. Le capitalisme

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