VI PRÉFACE
d'adhérents. Sans doute le socialisme n'a plus en France un seul représentant qui rappelle, même de loin, Saint-Simon, Fourier ou Proudhon ; mais les multitudes inconscientes dont il Hatte les instinç;ts, s'ouvrent plus que jamais à son intluence, comme les congrès d'ouvriers, qui s'organisent dans nos grandes villes, et les feuilles vulgaires, qui s'y épa nouissent, le prouvent assez. Il importe, par conséquent, aujourd'hui encore, d'examiner avec soin ces deux systèmes, ainsi que le naturalisme ou sensualisme, qui en est le principe, et de montrer qu'ils ne répondent ni aux lumières ni aux aspirations d'une nation éclairée et soucieuse de son relèvement comme la nôtre.
Si, en effet, ces deux systèmes sont, à certains égards, des applications heureuses de l'esprit scientifique et de l'esprit philanthropique, ils en sont, sous d'autres rapports, de fâcheuses déviations et Constituent, pour nos croyances, nos mœurs et nos institutions, des dissolvants funestes. Quand on n'admet dans l'homme que des phénomènes instables t't passagers, il est difficile de croire à la volonté libre et à la loi morale; et quand on n'y croit pas, on ne saurait travailler activement soit à développer l'une, •soit à pratiquer Tautre. Quand on est convaincu que l'individu n'est rien et que la société est tout, il est diialaisé de ne pas faire litière de tous les droits in-
DE LA TROISIEME ÉDITION vu
dividuels devant le pouvoii- dans lequel la société se personnifie.
Malgré les dimensions déjà considérables de ce volume, nous y avons ajouté deux éludes nouvelles : Tune sur M. Louis Blanc dont les travaux écono raiques ont plus de quarante ans de date et appartiennent, par conséquent, à Thistoire ; l'autre sur M. Littré qui est mort depuis peu. Quant au livre, pris en lui-même, nous lui avons soigneusement conservé le caractère que de hautes autorités avaient bien voulu lui reconnaître. Au lieu d'invoquer, contre les doctrines que nous n'approuvons pas, soit le seul sens commun, soit les seules lumières de l'économie politique, nous faisons constamment appel à un principe philosophique toujours le même, au principe de la personnalité humaine, qui donne à rœuvre entière son cachet et son unité et fait envisager sous un jour nouveau celles mêmes de ses parties qui avaient pu être traitées par des écrivains antérieurs. A défaut d'autre mérite, notre ouvrage a celui d'être une histoire du socialismej du naturalisme et du positivisme conçue à un point de vue [)hilosophique et systématique;
Nous nous faisons un d('voir, on tei^minant, de remercier l'Acadénde française, qui a bien voulu distinguer notre livre et nous honorer poUr la troisième fois d'une de ses couronnes. Nous ne devons
viii PRÉFACE
pas oublier non plus les auteurs qui ont appelé sur notre travail l'attention publique : M. Franck, à l'Académie des sciences morales et politiques : M. Gaillemer, à l'Académie de Lyon ; M. PaulJanet, dans le Temps; M. Baudrillart, dans le Joarnal officiel; M. Francisque Bouillier, dans la Revue de l^ Instruction publique ; M. Maurice Block, dans le Journal des Débats ; M. Gidel, dans le Couri-ier du dimanche ; M. Louis Robert, dans le Constitutionnel: M. Compayré, dans la Revue philosophique; M. Antoine Ritti, dans la Revue de philosophie positive; M. Grucker, dans la Revue politique et littéraire ; 'M, Jullien, dans le Français; M. Philibert-Soupé, dans le Salut public de Lyon; M. Pli. B., dans la Bibliothèque Universelle de Genève ; M. Ferri, dans les Scuoleiialiane de Rome. Tous ces critiques, aussi bienveillants que distingués et d'autres encore, ont droit à notre reconnaissance, et nous les prions d'en recevoir ici l'expression.
Ferka;^.
Ceyzerieu, le 28 mai 1882.
LXTRODDCTIOX
S'il est uii sujet propre à intéresser les hommes Je notre pays et de notre temps, c'est incontestablement l'histoire des idées et des faits qui se sont produits en France durant ces quatre-vingts dernières années. Les choses nous frappent, en effet, d'autant plus qu'elles nous touchent de plus près; outre leur importance absolue qui tient à leur grandeur, elles ont une importance relative qui vient de leur proximité : comme l'ordre physique, l'ordre moral a sa perspective. Ajoutons que, les personnages histoi-i ques nous attachent en raison de la ressemblance qu'ils ont avec nous : aiusi le veut la grande loi de la sympathie qui a tant d'empire sur notre