LETTRE A L* AURORE
léturiennes sur le solide terrain de la lotie de classes, peu sympathique aux cerveaux légers qui caracolent autour du socialisme en marche ; les premiers, nous avons transformé le féminisme bourgeois en un sexualisme scientifique, rattachant lu question sexuelle à fa quesLion sociale ; les premiers, nous avons dénoncé le boulangisme, et laissé, à celte occasion, glisser dans l'eau lrouble des alliances bourgeoises nos camarades de la veille ;
Les premiers nous avons dénoncé et combattu l'antisémitisme, et il fut un temps, bien avant PalTaîre Dreyfus, où Drumont, Mores et Guérin ne trouvaient devant eux que Guesde et La Targue ;
Les premiers nous avons attaqué le nationalisme à la Barrés en lui opposant notre programme de national isa lion et d'internationalisation ;
Les premiers nous avons dénoncé la honteuse duperie de ['Alliance russe que vous combattez à IMmwe ;
Les premiers nous avons montré que l’affaire Dreyfus n’était qu'un épisode agonique de la désorganisation sociale et déclaré aux intellectuels, qui désertaient vaguement la bourgeoisie, que nous ne les accéderions dans nos rangs qu’après un stage el que la Dévolution n'a va il pas a s'éclairer de leurs feux de paille ;
Les premiers, nous avons montré aussi que ce qu’on Appelait si trmmphalemeu! rentrée du socialisme tin ministère ne pouvait être que Peu Irce du ministère dans le socialisme, et que, malgré le riant spectacle qu’offraient Pau Ire jour les nombreuses organisations écloses de la veille sous la rosée ministérielle, nous ne
confondrions jamais la défense socialiste avec la défense républicaine ;
Les premiers enfin nous rompons avec les socialises ralliés à la République bourgeoise, persuadés que loua les socialistes conscients comprendront avant peu que ce qu’on appelle Défense républicaine n'est que la défense de la domination bourgeoise et capitaliste contre ses ennemis du passé, et que nous restions, nous seuls et toujours, ses irréductibles ennemis du présent et de fa venir.
3*10 février 190J*
(Le Socialiste,)
NATION! SME
Le jour où I h bande des derniers Cartouche et l’armée des derniers Mandrin ont mis la main sur le nationalisme, elles oui joué un assez; méchant tour aux socialistes. Le colosse du socialisme a senti qu’un de ses pieds devenait d'argile el put craindre l’ataxie. Notre sectarisme bien connu depuis le Congrès de la salle Wagram avait toujours cru naïvement que l'in ter nationalisme consistait n inlemalîonfldiser des nations nationalisées, et qu’on ne pouvait être internationaliste entre nations qu’en étant en même temps « nationaliste » dans les nations. Quand nos programmes du Parti Ouvrier français cessent un moment de parler internationalisation, c’est pour réclamer la nationalisation de tout le patrimoine national accaparé par nos parasites. L’un ne va pas sans l’autre, el nous Pavons dit cent fois.
Mais à côté du nationalisme de nationalisation, on a vu renaître le nationalisme de nationalité. Quand
AL Barrés, un espril sagace, mais pas bien sérieux, a lancé la chose, le Socialiste a réclamé haute ment, contre l'équivoque, comme on l'a va il déjà fait dès 1895, contre la suffisance et l'insuffisance intellectuelle de ces esprits qui ne peuvent dépasser les étroites limites de leur individualisme que pour al te in dre celles de nationalité. Noire formule à nous était autrement large et saine,
« Le parti révolutionnaire, disions-nous, est le parti organisateur: à finlêrieur il organise par ta nationalisation, C'est-à-dire en socialisant tes intérêts individuels ; à l'extérieur, il organise par l'internationalisation, c’esL-à-dïre en socialisant les intérêts nationaux. » Et nous reprenions le vieux cri de; * Vive la'Nalion >j qui ferait trembler les nationalisles s'ils l'entendaient de nouveau.
u AL Barrés, écrivais-je ici en février 1897, a trouvé l'étiquette que les concentrateurs cherchent depuis un quart de siècle. C'est sur le terrain mUÎonolUle que pourra se faire la concentration antisocialiste. L'idée de patrie, même détachée des discours de distribution de prix, de comices agricoles, de tournées ministériel les et d’ordres du jour des régiments, — même abstraite de L'évocation sympathique des sociétés de gymnastes et de sports athlétiques, même à l'abri du rayonnement miraculeux des trois lettres L. IX P. que le grand coplite Déroulède a chipées à Joseph Balsamo, l idée de pairie reste un peu flou et absconse en elle-même, vu le triste usage qu'on en fait journellement. L'idée de nationalisme est plus précise, plus combative, plus stratégique
xatioxisme
ef plus vraie à fa fois, et nous serions infiniment réjouis de voir les an lisocîalistes porter la lutte sur ce terrain^ — par la bonne raison que le parti socialiste l’y a depuis longtemps portée lui-même. a
Puis l'Affaire est venue, et la doctrine nationalise, c'esl-à-dire la fédération de tous (es chantages politiques et autres qui assiègent la vieillesse de la République bourgeoise, la doctrine nationaliste a pris dans cette boue clérico-militaire nue trempe inespérée même de Il nier rial tonale noire, catholique et romaine qui Ta remuée. D’une taché de PEtût-Major, une simple trahison sans importance, ou a barbouillé tout l’Elat-Major, ça a tenu. Un beau tapage pour une minime affaire dans un pays où par l'esprit de discipline, r< cette force première des armées » on a vu et on verrait encore soixante-dixneuf le hommes, — les braves gens ! — se rendre à Peuvahisseur sur le signe auguste d'un maréchal de France, avec armes et drapeaux, d'un seul trait. Le temps de trouver un pauvre bouc émissaire, el l'on crut l'incident clos. Mais je cléricalisme tenait à tremper son arme, et il avait beau jeu avec les défenseurs de la justice et de la vérité qui, commeTrariaux, proclamaient que l'armée était la plus haute personnification de la patrie au moment où la plus haute personnification du l'armée était le général Billot ; ou qui,comme Démangé, faisaient du colonel Henry le type du loyal soldat.
Pour effacer fa tache de I 1 Etat-Major, on barbouilla tonte Farinée, comme pour effacer la honte de l'armée, on barbouilla, par l'amnîslfe, de la même infamie, toi* te la Nàlioru Nous voilà bien. C'est Cornély, le père des
krachs, qui a trouvé la formule île l’éponge; salissez le tout, on ne verra plus les taches!.*.
Aujourd'hui, le nationalisme, de toutes ces hontes hues, est devenu gros et gras. Si gros qu’il a fait peur à certains socialistes, qui se sont ralliés sans hésiter à la République bourgeoise, les plus avisés étant déjà k l'abri dans des ministères ou aux environs.
L’afïaire de la salle Wagraro nous a débarrassés de tous les rai liés, et le Parti Ouvrier français n'a [dus aujoutd huï qu’à serrer les rangs et les idées.
Nous ne pouvons pas abandonner la base de noire propagande et de notre programme, qui est avant tout, la nationalisation. Sans doute à beaucoup d’entre nous le cœur lèverait k l'idée de reprendre le mot de nationalisme là où l\ est tombé. Mais tous nous savons que nous ne pouvons laisser falsifier la moi lié au moins de notre doctrine. N'avons-nous pas l’inter nationalisme de la Congrégation, l'alliance internationale contre le socialisme, etc? Tous nos ennemis sont internationalistes eux aussi, cela nous empéohe-1-ü de Pâtre à notre façon? Si quelque Barrés do.plus grandes dimensions Lançait Tant (socialisme international comme on a lancé le national* devrions-nous nous laisser enlever notre étiquette internationaliste comme nous avons laissé prendre la T nationaliste ?
En fait, nous devrions reprendre le nationalisme et reporter noire elîort sur ce terrain, opposer le nationa- Usine de nationalisation au nationalisme de chantage et de nationalité, engager la lutte à la fois sur la chose et sur le mot. Ne pas craindre les mois et ne pas se
NÀTJÛMSME
soucier des individualités, c*est la première condition d'une campagne clairvoyante et libre.
Prenons au moins le natiom'sme et rinternationisme, nous y gagnerons deux syllabes et dix ans de lutte; nous jetterons une grande lucidité dans les idées des amis et des ennemis» une grande simplicité dans la propagande et dans le programme. Sur le terrain de la nationalisation, notre programme n'a pas d'équivoque à craindre ; hors de nous personne ne la désire, au contraire. Nationaliser te patrimoine national» y compris l'Etat, c’est toute notre révolution au-dedans do chaque nation et la condition immédiate de toute Internationa-» lisation.