‹ Socialistes anglaisChapitre 16 sur 36 · V. — R«*forme parlementaire · texte numérisé non relu

V. — R«*forme parlementaire

26° Attribution à chaque homme adulte d'un vote unique.

270 Répartition nouvelle des sièges, de façon à ce que chaque vote ait la même valeur.

2S0 Attribution du droit électoral aux femmes comme aux hommes.

290 Admission des femmes à siéger à la Chambre des commîmes et aux conseils de comté.

3o° Ballottage pour les élections générales et autres.

3i° Paiement sur la caisse de l'Etat de tous les membres du Parlement et de leurs frais électoraux.

32° Parlements triennaux.

330 Fixation d'un même jour pour toutes les élections parlementaires.

340 Généralisation du Home Rule.

Signature dti candidat...

Adresse... »

Quand aucun des candidats en présence ne veut faire de concessions aux socialistes, le mot d'ordre des Fabiens est qu'il faut voter quand même. C'est ce qui ressort du prospectus suivant répandu à des milliers d'exemplaires avant l'élection de 1892 :

« Votez ! votez ! votez ! Voici un prospectus électoral ; mais ce l'est pas une réclame de parti. Nous ne vous demandons pas de roter pour tel ou tel candidat particulier, mais seulement d'user ie votre vote d'une manière ou d'une autre. Le droit de réforme a îté gagné pour vous, non par les grands hommes politiques dont les noms sont attachés aux lois de réforme de i832, de 1867 et de 1884, mais par l'agitation persistante de pauvres travailleurs qui 3nt sacrifié tous leurs loisirs et n'ont pas reculé devant l'emprisonnement et parfois pis encore, afin de vous donner une part au gouvernement de votre pays. Aujourd'hui vous avez la chance ie vous servir de ce qui a été si chèrement acquis. Vous n'avez pas d'excuse pour vous abstenir de voter... Même s'il n'y a pas de candidat digne qu'on vote pour lui, il y en a au moins un qui mérite qu'on vote contre lui... En tout cas il y en a toujours un meilleur et un pire. »

Les déclarations de la Fabian Society, au sujet de la tactique à adopter par les socialistes en matière électorale, sont catégoriques assurément; toutefois, il ne faudrait pas croire que l'attitude actuelle des Fabiens en politique leur ait été inspirée par des principes immuables, ni que cette base d'opérations ait été arrêtée comme devant, à tout jamais, faire partie intégrante de leur plan. Les Fabiens le proclament : rien ne doit être moins invariable qu'une tactique : celle-ci doit constamment pouvoir s'adapter aux circonstances du moment :

« La tactique électorale de la Fab;a?i Society se modifiera, écrit M. Shaw, chaque fois que les rangs socialistes s'augmenteront d'un millier de nouveaux membres... Remarquons seulement que l'augmentation doit être réelle. L'arrivée en masse d'hommes de paille, animés d'un enthousiasme de courte durée et nous abandonnant trois semaines après leur admission, ne servirait qu'à nous illusionner sur notre propre force... En politique comme au jeu de poker, le W«^ n'est à conseiller que pendant la première

ii8 SOCIALISTES ANGLAIS.

période du jeu... Dans l'avenir, la force du parti socialiste résidera dans le nombre de ses membres, car cette force sera subordonnée à la puissance politique que nous pourrons acquérir. Aussi longtemps que, dans les poils, nos hommes se compteront par dizaines, nous devrons continuer à ramper, à peiner (to crawl and dnidge), à organiser des conférences, tant bien que mal; lorsqu'on comptera nos partisans par centaines, nous pénétrerons toutes les organisations et nous les forcerons à traiter avec nous; quand il y en aura des dizaines de mille, nous nous mettrons en ligne comme parti indépendant; et lorsqu'un jour, enfin, nous les compterons par centaines de mille, — et nous y arriverons, par un effort persévérant, — alors nous attellerons notre char à la trombe et nous dirigerons la tempête. »

La fin de cette citation nous donne la clef de la tactique Fabienne. L'attitude actuelle des Fabiens en politique, l'alliance avec les libéraux, nous apparaît donc comme une ligne de conduite provisoire, comme une étape ou un acheminement vers une situation en tous points désirable : l'organisation des socialistes en parti politique indépendant, ayant son existence distincte tant du groupe libéral que du groupe conservateur. L'alliance libérale n'a donc été constituée qu'en vue de propager le socialisme et pour remédier à l'absence d'un parti socialiste indépendant bien organisé; et, comme cela ressort du F abiafi M attifes to de 1892, cette attitude n'a été adoptée que faute de mieux :

« Le procédé qui consiste à inonder de socialistes et de radicaux les associations libérales peut, si l'on s'en sert adroitement, hâter considérablement les réformes politiques; ce n'est là toutefois qu'un moyen bien défectueux si on le compare à l'action directe qu'aurait un véritable parti ouvrier, alimenté par les souscriptions de la classe ouvrière et ne dépendant plus en rien de l'appui

des libéraux et des conservateurs. C'est à la honte de la classe ouvrière que nous constatons l'absence d'un tel parti... »

Plus loin, le manifeste expose les conditions qui doivent être réunies pour que la désignation d'un Lahor candidate par un parti indépendant soit chose avantageuse :

« Il faut : 1° que le candidat ait la chance de l'emporter; 2° qu'il résulte du nombre de ceux qui ont pris part au poil précédant l'élection, que la cause du travail sera respectée dans le district; en ce cas il ne faudrait pas hésiter à diviser les votes de l'un des autres partis en présence ; 3o que les candidats conservateurs et libéraux soient également arriérés en fait de questions ouvrières... Tout cela est encore subordonné à cette condition, que le candidat ouvrier soit un homme d'une honnêteté indiscutable, de telle sorte que jamais la cause du travail ne puisse être discréditée par sa faute, et aussi un homme d'une capacité suffisante pour qu'il ne puisse faire tomber sur cette cause le ridicule. Il n'est pas indispensablement requis d'un candidat conservateur ou libéral qu'il manifeste des aptitudes particulières. S'il est prudent et se conforme aux instructions de son parti, il ne compromettra ni lui-même ni ses amis politiques. Mais un candidat du travail, qu'il siège au Parlement ou qu'il prépare son élection, devra souvent agir d'après ses propres inspirations; et toute faute qu'il commettra sera relevée aussitôt comme une preuve de l'infériorité des représentants du travail en général... La Fabian Society attache aussi une grande importance à ce que les candidats du travail soient, le plus possible, des ouvriers, dans tous les districts électoraux qui possèdent un parti indépendant du travail(i)... Enfin, il est à peine nécessaire de répéter ici que nous entendons par ces mots : parti indépendant du travail, une organisation du travail assez puissante pour assurer elle-même le succès de ses candidats sans le concours des libéraux ou des conservateurs. »

En ces dernières années, le principe de l'action politique indépendante a fait beaucoup de chemin parmi les Fabiens. Un certain nombre

(i) non pas une section de ï Indepeudent Labour Party.

d'entre eux se demandent déjà s'il leur est avantageux de continuer plus longtemps l'alliance avec les radicaux et les libéraux, aujourd'hui minorité désorganisée. Ils commencent à trouver que leurs alliés les ont payés de promesses plus que d'autre chose et ne valent plus guère la peine qu'on les « pénètre » . Quelques-uns voudraient même réaliser de suite l'idée d'un parti indépendant, et nous voyons actuellement une minorité toujours croissante de Fabiens se tourner vers V Independent Labour Party.

Cette tendance est surtout remarquable dans les Fahiaii Societies locales. Les rapports annuels de la société, en iSgS et 1896, constatent que bien des groupes de province n'ont plus d'existence que sur le papier ou se sont éteints complètement, tandis que leurs membres ont établi, sur les ruines de la branch Fabienne, des sections de la Social- Democratic Fédération ou de Y hidependent Labour Party.

D'autres organisations locales n'ont gardé de la Fabian Society que le nom, tout en continuant d'entretenir des rapports cordiaux avec le groupe central : telle est la. Liverpool Fabian Society. Cette société, la plus nombreuse après celle de Londres (elle compte aujourd'hui une centaine de membres environ), a présenté au Congrès Socialiste International de 1896 un rapport sur la tactique Fabienne, conçu en ces termes :

« La Société Fabienne de Liverpool se rallie, d'une façon

générale, à l'attitude prise par la Société Fabienne de Londres, mais elle est d'avis que la façon dont cette dernière a exposé devant le Congrès la tactique électorale Fabienne ne peut s'appliquer à l'ensemble des Fabiens. Voilà pourquoi la Société Fabienne de Liverpool a résolu d'exposer brièvement sa propre tactique électorale, qui est aussi celle de la plupart des Fabiens résidant hors de Londres.

)) La Société Fabienne de Liverpool ne présente pas de candidats Fabiens, mais prend une part active à toutes les élections. Elle se joint à Ylndependent Labour Party, à la Social-Democratic Fédération et aux Trade-Unions, en vue d'assurer l'élection de candidats socialistes dans tous les conseils ayant une part au gouvernement; elle contribue à organiser et à unifier ces éléments d'un parti politique socialiste jeune encore, mais grandissant; elle appuie invariablement tous les candidats socialistes; elle déconseille le choix de candidats peu recommandables et ne pouvant inspirer confiance aux ouvriers; mais, une fois le candidat accepté par le parti, la société travaille loyalement à son élection. La Société Fabienne de Liverpool s'efforce donc d'établir une organisation politique socialiste. Elle croit plus à l'efficacité de ce procédé qu'aux avantages problématiques et peu durables de l'élection du moins mauvais de deux candidats non socialistes.

» Quand aucun candidat socialiste n'est mis sur les rangs, la Société Fabienne de Liverpool tâche d'obtenir des concessions d'un des candidats en présence, en retour de son appui, w

Il semble donc que la Fabian Society, déçue dans ses avances du côté des libéraux, séparée en deux fractions, dont l'une est réduite à l'inaction par la force des choses, tandis que l'autre se tourne vers l'action politique indépendante, — il semble que la Fabian Society redevienne ce qu'elle était à ses débuts, un groupe d'études. L'année 1895, avec la défaite des libéraux, porta le grand coup à l'influence politique des Fabiens; cette année fut témoin aussi d'une recrudescence de

travaux intellectuels de la part des principaux membres de la société : c'est alors qu'a été fondée, sous la présidence effective de M. Sydney Webb, l'Ecole des sciences économiques et politiques de Londres (The London School of Economies and Political sciences).

La société est aujourd'hui plus que jamais engagée dans cette voie d'études et de propagande, et ses dernières déclarations concernant l'action politique ne paraissent pas devoir la ramener, d'ici à quelque temps, dans le courant de la vie politique active.

Page 1