‹ Société d'économie sociale, session de 1872-73 [microforme]Chapitre 4 sur 9 · SOC. D’ÉC · texte numérisé non relu

SOC. D’ÉC

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avec leurs enfants et leurs femmes pour s'établir en Amérique, dans quelque fortin de bois bien pauvre, bien périlleux, stimulés par le désir de laisser à leurs enfants une vaste seigneurie et d’agraudir, dans les limites de leur Conquête, le domaine de la France. Je ne parle pas de personnages imaginaires ; lisez, par exemple, les mémoires de ce bel esprit qui, par humeur de voir le monde, suivit un jour M. de Poutrincourt, qui s’en allait fonder en Acadie un grand établissement. Lisez ce livre de Mars Lescabot ; il relate jour par jour les pensées et les actes de cette brave famille. Vous y verrez avec quelle verve entrainante ces gens-là faisaient pièce aux misères de chaque jour et combien la patrie occupait de place dans leur âme. Ce ne sont que Souvenirs pour la vieille France, invocations en son honneur : « O bel œil de l'univers, ancienne €nourrice des lettres et des armes, recours des aflligés, ferme

« appui de la religion Chrétienne, très-chère mère, ce serait vous

« faire tort de parler de nos L'AVAUx en ce nouveau monde (récit

« qui vous époinçonnera), sans invoquer votre nom et sans parler « à vous, etc., etc, » Telles Sont les émotions d'une foi n mais jeune et chaleureuse. Cet csprit d'entreprise qui, sous Louis XIII et sous Colbert encore, animait la noblesse et lui montrait toujours pour but de ses efforts la grandeur du pays, cette verdeur s’alanguit vers le milieu du règne de Louis XIV, alors qu’au lieu de laisser la noblesse au milieu de ses domaines, il l'attire à Versailles pour l'abaisser et la corrompre, Elle se donne alors aux plaisirs légers, à la vie insouciante, aux idées superficielles. Elle perd cet esprit français qui, sous un air de gaieté matoise, cache la prudence et la finesse avisée, pour prendre ce mélange de gouaillerie et d'irréflexion qui constitue aujourd’hui l'esprit parisien, ce qui est bien différent de l'esprit français. De Ja noblesse la Contagion passe à la bourgeoisie, et de cette dernière où toute sa laideur éclate; car dans la noblesse cel e vait au moins par un ton d'élégance ner, [Il y mêle un accent de vu justifier ce mot que : les pires

l'aristocratie.

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an peuple, sprit se releque le peuple ne peut lui don- Igarité grossière bien Capable de aristocrates sont les imitateurs de

J'ai dit enfin que peut-être un jour la vieille colonie nous appa=

aîtrait comme un refuge. S'il devaiten être ainsi, ne nous attendons

pas à retrouver chez elle tout l'ancien caractère français. Elle a subi, dans la pratique des petits usages de la vie, l'influence des peuples Conquérants qui l’enveloppent. De là se sont glissées en elle quantité d'habitudes amphibies qui nous étonnent dans le premier moment el nous empêchent, dès l'abord, de la bien reconnaitre. C’est le malaise dont nous sommes saisis quand, après un long temps, nous retournons dans.un pays où nous avons vécu. Un Français me disait à Montréal : « J'étais parti en Amérique, pour faire fortune. Ma fortune faite, le mal du pays m'a pris ct je suis revenu en France. Mais, voilà qu’au village j'ai trouvé tout changé. Ce n'étaient plus les mêmes visages, ni le même parler, ni les mêmes préoccupations; tout le monde y faisait de la politique. J'ai dit alors : Retournons à Montréal, et j'y reste. » Nous aussi nous trouverions bien changés ces frères que nous avons quittés depuis deux cents ans. Nous mêmes nous nous sommes beaucoup modifiés depuis lors; mais du moirs ont-ils gardé les fonds essentiels, tout ce qui caractérise les races : la langue, les lois et les traditions.

M, Le Play, secrétaire général. — Je suis d'autant plus touché de cel excellent rapport que l'esprit de son auteur a su se dégager de toute partialité : le bien et le mal y Sont exactement définis. C'est ainsi qu'il a discerné avec une vérité d'observation parfaite les deux causes par lesquelles s'est altéré le caractère de la famille canadienne : d’abord, le morcellement exagéré de la terre produit par la condensation qu’a imposée aux vaincus l'espèce d’investissement établi par les colonies des vainqueurs ; — ensuite, la vie d'aventure, favorisée par le voisinage d’un territoire libre et non défriché.

Nous ne retrouverions done pas dans la famille Canadienne l'ancienne famille française, la famille des grandes époques, celle du xve et du xvi siècles, et de Ja première moitié du xvir, Sans s’effacer entièrement, cette noble image s’est graduellement ‘Jtérée ; nous n’avons plus qu'un souvenir confus de ce modèle qui devra attacher nos yeux, si, pour sortir de l'abime où nous sommes tombés, nous voulons retremper nos forces. Peut-être serait-il possible de rendre à ce modèle son relief, sa physionomie, en réunissant dans nême tableau les traits que M. Rameau a si heureusement relevés dans les traditions des premiers colons du

. DE Canada, et ceux qu'un de mes savants collègues et amis, M. Ch. de Ribbe, a décrits dans un travail prêt à paraître : les Familles modèles en France. Dans la pensée de tirer de ce rapprochement une matière d'un grand intérêt pour nos études, je prierai mes deux collègues de vouloir ben permettre que je les mette en rapport. Nous préparerons ainsi les éléments d’une conférence où nous retrouverons, telle qu’elle était, l'ancienne famille française, (Vif assentiment.)

La séance est close à trois heures et demie,

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