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sion serablerait regrettable, et que M. le Rapporteur voulût bien donner des explications par lesquelles le sujet serait clos dans cette séance.
M. Rameau défère à ceite proposition.
M. Blaise des Vosges demande quelques explications sur les pratiques de la vie privée et de la vie collective.
Un autre membre rappelle le passage récent d’une troupe de Canadiens à Paris. Il signale notamment un ccrps de 200 Canadiens qu'il a vusà Rome. Tous parlaient le français. M. le Rapporteur peut-il donner sur eux quelques détails ?
M. Rameau, — C’étaient des jeunes gens qui s'étaient engagés pour quelque temps comme zouaves pontificaux. Les journaux de leur pays avaient annoncé qu’on formait des corps de zouaves pour la défense du Saint-Père. Aussitôt s'était ouvert un bureau d’enrôlement, et toutes les familles du pays fournirent des Ccontingents successifs pour composer un corps. Cette campagne ne leur fut pas inutile. Sans parler de l'avantage moral qui s’attache toujours à la défense d’une grande cause, ils en rctirèrent un bénéfice matériel, celui de se dresser à l’art militaire. Les Anglais ont senti que leurs colonies de l’Amérique du Nord ne sont pas faciles à conserver. Pour enlever aux États-Unis tout prétexte d'ombrage, ils ont retiré leurs troupes de leurs possessions et ils ont dit aux habitants : « Gardez-vous. » La campagne de Rome, utile au point de vue moral, n'aura donc pas été moins utile pour les Canadièns au point de vue de la défense militaire.
Je passe aux pratiques de la vie collective, et j'ajoute quelques détails à ce que j'ai dit de l'éducation. Quand les Canadiens furent abandonnés à eux-mêmes, il ne leur restait d'autre protecteur que le clergé. I ne faillit pas à sa mission. Il se trouve encore des gens pour nous dire que le clergé est jaloux d'entretenir l'ignorance. Nous avons, nous, l’histoire du monde pour nous montrer avec évidence que le clergé ne marche qu'avec une école à ses côtés, et pour peu qu'on s'affranchisse des préjugés vulgaires, on reconnaïtra que le clergé, à quelque communion qu’il appartienne, a été un des plus puissants initiateurs de l'instruction dans les temps modernes. C’est ainsi qu’au Canada il propageait l'instruction secondaire avant que les Américains eussent seulement songé à
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fonder de simples écoles, on entretenait des Ccoliëges dans des localités qui ne comptaient pas 2,000 âmes. Il a même institué l’enseignement supérieur. Les Anglais avaient établi une Université à Montréal. Pour avoir un diplôme de droit ou de médecine, c'est à Montréal qu'il fallait aller. C'est alors que le séminaire de Québec à fondé à Québec une Université rivale, française et catholique, pour laquelle il a dépensé 9 millions, qui ne lui sont d'aucun rap port; les recettes annuelles sont dépassées par les frais. Le gouvernement de la colonie voulait lui fournir une subvention. Il a refusé, pour garder son indépendance. Du reste, cette fondation est.dirigée dans les voies les plus libérales. Chaque année, les élèves les plus méritants sont envoyés dans les Universités de l’Europe, pour assister aux cours des professeurs célèbres et se former eux-mêmes à bien enseigner. Ainsi l’action du clergé canadien est réellement admirable. Je ne ferai qu'une réserve aux éloges qu’il mérite, Il a donné, suivant moi, une impulsion excessive à l'enseignement secondaire. Un curé a-t-il quelques épargnes : c’est pour fonder un Collége. Il arrive de là qu'une disproportion s’établit entre l’activité intellectuelle des habitants et les aliments que lui offrent les ressources du pays. Ainsi grandit le nombre des déclassés, c’està-dire des malheureux et des mécontents.
L’instruction primaire n’est pas moins répandue, Elle n’était pas organisée avant l’arrivée des premiers colons. Dès le début de ]a colonie, elle s’étendit rapidement. C’est une sœur qui lui donna l'essor. La sœur Bourgeois, de la congrégation de la Croix, se mit en tête d'aller au Canada avec mission dy fonder de petites écoles. Elle persuada les Sulpiciens du succès qui lattendait, et partit, Vous dire ce qu’elle a supporté de traverses, de misères, de périls, pour réussir, étant seule, délaissée, perdue dans ce désert sauvage, le récit en est invraisemblable, Mais aussi que! succès! L'Écriture a dit : « Ceux qui sèment dans les larmes récolteront dans la joie. » Si jamais cette vérité se révéla dans une application frappante, c’est bien dans l’histoire de cette noble sœur, et de Ja congrégation qu’elle fonda. Elle a laissé de son passage une marque si profonde, qu'aujourd'hui les petites écoles sont tenues de tuus côtés par des religieuses de son ordre. Les instituteurs pour les garçons sont principalement recrutés daus deux écoles normales
parfaitement organisées à Montréal et à Québec; le développement de l'instruction primaire n’a rien à envier aux États-Unis : le principal mérite en revient à un homme éminent qui y préside depuis vingt ans, M. Chauveau, esprit plein d’élévation et de finesse, orateur éloquent, que son pays a choisi en ces derniers temps pour être le chef même du gouvernement local; c’est une des illustrations du Canada, et, je ne crains pas de le dire, une des illustrations de la grande famille française.
Les lois de l'instruction, au Canada, ont ce caractère propre d’être éminemment libérales: non-seulement chacun est libre d'établir l’école qui lui plaît, mais les subsides du gouvernement sont répartis proportionnellement eatre les écoles de toute croyance et de tout caractère. Aux États-Unis, au contraire, la loi n'est pas juste; il est vrai que dans la pratique on la tourne, en vertu de ce principe assez goûté là-bas, que les lois sont faites pour n'être pas exécutées. Il est dit : les écoles ne seront pas confessionnelles. Pour ne pas ‘toucher aux questions de dogmes, on serait donc amené à se taire sur la religion. Heureusement cette loi est corrigée par une autre, qui donne aux municipalités le droit d'agir comme elles veulent en matière d'enseignement. Alors, ou la municipalité est catholique et l’école est Catholique au détriment des sectes protestantes ; ou la municipalité est pro testante, et, par une fortune inverse, le catholicisme et les diverses sectes des États-Unis sont sacriliés au protestantisme. Il reste aux catholiques la ressource de fonder une école spéciale, mais corame ils sont tenus de payer leur quote-part à l’école de la muniCipalité, ils auront payé double prix. Les Éats-Unis tiennent en grande estime les colléges canadiens. Les protestants eux-mêmes y envoient leurs enfants. Je connais un prêtre, directeur d’un grand collége, M. “*; c’est lui qui l'a fondé. Je vous ai dit la tradition : il faut avoir fondé son collége. Si l'argent fait défaut, on s'arrange comme on peut, fallüt-il, comme il arrive souvent, faire trois classes à la fois. Quoi qu'il en soit, un Américain vient donc un jour trouver M. ***, Il visite le collége : « Fort bien! dit-il. Faut-il longtemps pour le cours d'étude? — Six ou sept ans. — C'est beaucoup; chez nous on met quatre ans. — Chez nous, dit M. ", il faut sept ans pour une éducation libérale et complète. —
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Eh bien ! répond l'Américain, mettons moitié et je paye le double. » M. "" eut quelque peine à lui faire Comprendre qu’il est des choses pour lesquelles l'argent ne Supplée pas le temps : le développement de l'esprit, par exemple.
Pour répondre aux questions qui me sont posées, j’ajouterai quelques mots sur les Coutumes de la famille. L'autorité paternelle y est l'objet d’un grand respec ; Pourtant il ne s’y maintient pas les traditions qui assurent, ailleurs, une Suprématie souveraine au chef de la famille-souche proprement dite. Cet affaiblissement de l'autorité du père vient de l'habitude qui, de tout temps, s'est imposée à lui de disséminer ses enfants.
IL n’est pas rare de voir au Canada des familles qui comptent 24 enfants. La dispersion devient la loi de ce petit monde, et dans la Séparation, les liens de respect et d'affection se relâchent. Les sentiments de famille Y Sont Moins vifs, il faut bien le dire, qu'ils ne le sont chez nous. Je sais à Quebec un homme fort distingué qui est issu de famille nombreuse ; un de ses frères est établi à Ja Nouvelle-Orléans, voilà vingt-cinq ans qu'il n’a de Correspondance avec lui, et le fait n’offre rien de singulier, Je parle d'une famille d'élite; que scrait-ce d’une maison vulgaire ?
Le fait est tout naturel Pour un Américain; pour un Français il est presque invraisemblable. C'est que, dans nos rapports de parenté, nous portons, Par Un excès contraire, la sensibilité jusqu'à la mièvrerie, surtout à Paris. C’est ur effroi pour une mère si son fils doit partir, un scandale si sa fille se marie loin de la maison. Il semble qu’il y ait un crime de lèse-famille, Sans vouloir critiquer ce qu'il y a de Sympathique dans cette délicatesse, j'en trouve l'excès préjudiciable. Il faut plus de fermeté dans les sentiments de famille. À voir Ce qui se passe au Canada, je me suis demandé si nous n’étions pas dans l'erreur sur ce sujet Comme sur tant d’autres, et si, parmi les petites causes qui, Pour occultes qu’elles scient, n'en modifient pas Moins profondément les Caractères et les mœurs, noS raffinements de sensibilité n'avaient Pas peu à peu miné en nous cet esprit de Spontanéité, cette ardeur d'expansion qui, jadis, engagea nos pères dans des entreprises si hardies et si ficondes. Nos idées sur ce point se sont à un tel degré modifiées, que nous avons peine à Comprendre aujourd’hui ‘ces gens de race qui partaient autrefois