LES SERVICES QUE LA HOLDING REND A L'INDUSTRIE NATIONALE
Un des principaux intérêts qu'offre, pour un pays donné, la présence chez lui de nombreuses et puissantes holdings réside dans le fait que ces organismes sont particulièrement bien placés pour favoriser l’industrie nationale.
Ces holdings apportent en effet de nombreux profits à la ville, à la province, à Etat même où leur siège egt établi. C’est là que se font leurs dépenses administratives, de Ià que partent leurs commandes, et, naturellement, les usines les plus proches bénéficient d’une certaine préférence. Ce sont, par exemple, les fournitures que de grandes holdings mixtes américaines ont envoyées à l’étranger pour l'équipement des filiales qu’elles y avaient constituées, qui ont le
(9) Les Allemands qualifient volontiers les Holdings de Société-
toit (« Dachgesellschaft »).
(10) « Parent company », disent les Américains en parlant des
Holdings.
plus contribué à augmenter les exportations de matériel électrique des Etats-Unis (ces exportations sont passées, dans l’espace de 6 ans, de 110 millions de dollars en 1920 à plus de 140 en 1926).
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Mais la holding doit aussi être envisagée, d’un point de vue plus élevé encore, comme un organisme capable de réaliser, dans un pays donné, l’assainissement général de toute une industrie. À cet égard, la constitution toute récente de la « Société Générale de l'Industrie horlogère suisse » est trop particulièrement significative pour que nous ne nous y arrêtions pas (11).
L'industrie horlogère suisse occupe près de 60.000 ouvriers, dont environ 8.000 à domicile. Le personnel travaillant dans les fabriques d’horlogerie représente 12 % de l’ensemble des ouvriers de fabriques recensés dans les diverses industries du pays. Or l’horlo- -gerie souffre actuellement d’une crise engendrée non pas $eulement par le malaise économique qui se manifeste depuis plusieurs années dans le monde entier, mais aussi par des difficultés d’ordre interne ; il s’agit avant tout du manque de cohésion des différentes branches de cette industrie et de la concurrence désastreuse entre producteurs qui en est la conséquence.
La structure interne de l’industrie horlogère suisse est une affaire trop complexe pour que nous puissions
(1) Voir la « Journée Industrielle », n°° des 9 et 10 septembre 1931:
songer à l'expliquer dans tous ses détails. Il nous suffira de dire que, parmi les fabriques d’horlogerie, il en est — les manufactures — qui font la montre complètement, et d’autres — les établisseurs — qui se bornent à assembler les parties composantes qu’elles se procurent auprès de fabriques spécialisées, notamment les fabriques d’ébauches, d’assortiments, de balanciers, de spiraux, etc.
Pour mettre fin à l’avilissement des prix et des conditions de vente résultant de l’état anarchique dans lequel végétait la production horlogère, les industriels des différentes branches se groupèrent, au cours de ces huit dernières années, en trois grandes organisations : une fédération des fabricants d’horlogerie (manufactures et établisseurs), un trust des fabriques d’ébauches, et, enfin, une union de toutes les autres fabriques de parties détachées. Dès 1928, ces trois grands groupements se lièrent par un système complet de conventions, destiné avant tout à faire de l’industrie horlogère suisse une économie fermée, ne laissant, en théorie tout au moins, aucune place aux producteurs non organisés, c’est-à-dire non affiliés à l’un des groupements indiqués plus haut.
Toutefois, le faisceau des conventions, parfait en apparence, était en réalité loin d’être entièrement étanche : en fait, il présentait bien des lacunes et bien des fuites. Il faut dire aussi que l’un des buts poursuivis par les initiateurs du système conventionnel était d’endiguer l’exportation des parties détachées de montres, grâce à laquelle une industrie concurrente était en train de se créer de toutes pièces
dans divers pays, ce qui équivalait à un suicide lent, mais sûr, pour l’industrie suisse.
Les conventions conclues en 1928 étant arrivées à expiration le 31 mars 1931, il fallait les renouveler. On se rendit vite compte qu’un simple contrôle (avec sanctions), tel que celui qui avait fonctionné jusqu’alors, n’était pas suffisant, et que le seul remède efficace à la situation consistait à réunir les branches principales de la fabrication de la montre sous la forme d’une unique société de participation et de contrôle. |
Le caractéristique du système qui fut alors adopté consiste en ceci que le capital-actions de cette « Superholding >» — comme Pappellent les Suisses — (la « Société Générale de l'Industrie horlogère suisse ») est souscrit moitié par les banques intéressées à l’industrie horlogère et moitié par les groupements principaux de l’industrie horlogère elle-même ; Ia formule choisie permet donc un contrôle efficace et agissant de la production horlogère pour la sauvegarde des intérêts généraux de cette dernière, grâce au droit de regard que s’assurera la superholding dans les entreprises auxquelles elle participera financièrement.
Le capital-actions ne suffira cependant pas à la réalisation de la première étape de concentration, et c'est ici qu'interviendra très probablement l’aide financière de l'Etat, sous forme d’un prêt sans intérêts et peut-être aussi, en partie, d’une subvention à fonds perdus d’un montant égal ou même supérieur au capital-actions.
L'intervention de l'Etat, parfois considérée dans le
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monde industriel avec une certaine prévention, paraît se justifier ici pleinement, car l’œuvre de centralisation industrielle projetée nécessitera une immobilisation très grande de capitaux, en raison du rachat, sous une forme ou sous une autre, de certaines entreprises ; or, ce rachat sera, dans nombre de cas, réalisé dans des conditions tellement onéreuses que les capitaux investis ne pourraient être « rentés » si l’argent nécessaire était emprunté aux conditions habituelles. L’amortissement de la dette contractée vis-àvis de l'Etat se fera en plusieurs années par les organisations intéressées de l’industrie horlogère, qui se substitueront ainsi progressivement au prêteur primitif comme bailleurs de fonds. |
— En résumé, la holding envisagée sera un cadre dans lequel l'industrie horlogère suisse pourra travailler d’une manière plus rationnelle qu’elle n’avait pu le faire jusqu'alors au point de vue commercial. Ce sera également un organe régulateur de premier ordre. Ce sera, enfin, pour la classe ouvrière — bien que peut-être elle ne s’en rende pas parfaitement compte — le meilleur instrument de défense parmi ceux qu’elle pouvait souhaiter pour se préserver des suites de l'anarchie industrielle qui sévissait auparavant.
+ Enfin, si l’on envisage [es holdings non plus du
point de vue économique le plus général, maïs sous l'angle étroit de la finance, on voit encore que l’éta-