‹ Sociologie: La structure générale des sociétés (volume 2)Chapitre 2 sur 22 · CHAPITRE PREMIER Prolégomènes et Définitions · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER Prolégomènes et Définitions

Dans le premier volume de mon Introduction à la Sociologie, publié en 1886, j'ai procédé à Tanalyse et à la classification des Eléments constitutifs des sociétés; dans le deuxième, publié en 1889, j'ai abordé Tétude des fonctions et organes sociaux considérés isolément. Il nous reste à étudier les sociétés dans leur structure générale et ensuite dans leur vie générale ou d'ensemble. Structure et vie correspondent aux dénominations de Statique et Dynamique adoptées notamment par A. Comte. On comprendra dans la suite pourquoi nous préférons les j)remières expressions aux secondes. Bien des années se sont écoulées entre la présente publication et celle des deux volumes précédents ; elles ont été à peu prés entièrement consacrées à des recherches inductives dont certaines ont été publiées et dont les autres font l'objet des -^ le^'ons ininterromj)ues d'Economie sociale, d'histoire d'éco-

le nomie sociale et de sociologie que j'ai données à l'Université

|v^ Nouvelle de Bruxelles; pendant cette période déjà assez

^ longue, j'ai constamment élaboré le présent travail qui, con-

^ formément à la méthode positive, n'est donc que la sjTithèse

yo philosophique de mes patientes observations antérieures résu-

^ mées elles-mêmes dans les le<;ons toujours nouvelles au nombre

^ total d'environ dix-huit cents que j'ai données de 1889 à 1906.

Je compte publier successivement ces données concrètes de

niar sociologie abstraite dont mes travaux sur les impôts, le rachat des charbonnages, le régime représentatif, l'évolution des croyances et des doctrines dans les anciennes civilisations de rEgj-pte, du Pérou, du Mexique, de l'Inde, de la Chine, le Crédit Commercial, la Monnaie, le Crédit et les Banques, etc., sont des fragments. J'insiste uniquement sur ce point pour rappeler, au besoin, que, fidèle à la méthode positive, l'œuvre actuelle repose essentiellement sur l'observation la plus vaste qu'il m'a été possible d'embrasser en dehors des nombreux matériaux fournis par les savants spécialistes dont j'ai suivi attentivement les travaux. Dans ces troisième et quatrième volumes de Sociologie abstraite, la documentation n'interviendra plus dès lors qu'à titre exemplatif et exi)licatif et nullement démonstratif, à peu près comme dans le Transformisme socUil, fragment détaché de la dernière partie de mon ixMivre consacrée à la Vie des Sociétés,

Dans \si Structure générale pas plus que dans les Eléments et Fonctions et organes sociaux et que dans Transformisme social et Lois sociologiques, nous n'avons la prétention, comme A. Comte et H. Spencer, de constituer une sociologie abstraite dans son intégralité; une telle tentative dépasserait actuellement la capacité individuelle du sociologiste et la maturité correspondante et préliminaire des sciences sociales particulières; nous aurons surtout en vue, comme précédemment, d'indiquer les méthodes et le plan qui, dans l'avenir, pourront sans doute ccmduire à la constitution de cette sociologie. Nous tracerons cependant, dans la mesure possible, quelques traits de nature à en faire comprendre les principaux linéaments.

Après le grand effort synthétique, mais prématuré, de QuETELET, de Comte, de Spencer, l'œuvre me semble devoir être reprise avec le concours plus complet des sciences sociales particulières, notamment de l'économie politique, de la morale et du Droit qui sont en voie de transformation (i).

1 1 Je comptais consacrer un premier chapitre de Touvrage actuel à IVxposé théorique et critique de la statique de Queteu^t, de Comte et de Spencer, exposé qui a fait l'objet de trois années de coursa l'Université Nouvelle, mais ce chapitre est devenu lui-même un vohune considérable que j'espère publier prochainement comme complément et commentaire de celui-ci.

Dbjis Matérialisme hisioriqiiej j'ai déjà signalé le danger auquel, avec ses points de vue particuliers et notamment exclusivement psychiques, nous expose une certaine littérature sociologique contemporaine, très brillante, utile même, mais unilatérale et dès lors dénuée précisément de la considération d'ensemble qui est et doit rester précisément le point de vue sociologique. Cette infériorité actuelle n'est, du reste, que relative ; elle prépare un progrès futur et tient précisément à ce jdiénomène également naturel que les fondateurs de la sociologie, à rexception peut-être de Quetelet, avaient entrepris de créer la synthèse sociale, alors que les sciences sociales étaient encore insuffisamment développées, même les sciences directement antérieures à la sociologie telles que la biologie et la psychologie. Il en est résulté les intei'prétations biologiques, psychologiques et puis aussi matérialistes ou économiques postérieures, intei'prétations qui indiquent précisément la nécessité de reconstituer la sociologie d'ai)rès toutes les données de chacune de ces sciences; de même nous voyons une école soutenir que la question sociale est une question morale, une autre qu'elle est une question juridique, tandis que la masse même la considère encore surtout comme essentiellement politique.

La transition de l'étude des Eléments, des Fonctions et Organes sociaux, à celle de la Structure générale des Sociétés nécessite aussi quelques définitions et vues rétrospectives.

Nous avons défini la Sociologie : la philosophie générale des sciences sociales particulières.

Celles-ci sont :

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