XENoPH., Mem., Il
chère, la volupté, l'avarice ou quelque autre penchant désordonné. On ne peut non plus avoir des amis, si les personnes auxquelles on s'adresse sont encore esclaves de leurs passions. Car l’amitié est un échange perpétuel de services qui a pour règle la sagesse : elle exige que ceux qui s'aiment se fassent du bien l’un à l’autre; elle veut que l’on sache se donner soi-même : elle vit de dévouement. Or de celui qui se laisse vaincre par ses appétits, on ne peut attendre qu'égoïsme. Il n'y a de dévouement que par cette maitrise de soi qui a son principe dans la science; il n’y a de dévouement que par la vertu. « Viens à nous, célèbre Ulysse, viens, honneur de la Grèce, » disaient autrefois les Sirènes; et « ce n’est qu'aux hommes de bien qu'elles adressaient de tels chants ». Ainsi de la vertu : elle est la Sirène de l'amitié!. | Fondée sur le bien, l'amitié est aussi et par là même, pour ceux qu'elle unit, une source croissante de biens. D'abord, elle multiplie en quelque sorte notre personnalité, en nous donnant d’autres nous-mêmes. « Un bon ami se substitue à son ami dans tout ce qui lui manque. » « Veut-il rendre service à quelqu'un, il est là pour lui prêter son appui. Si quelque crainte le trouble, il vient à son aide, partageant ses dépenses et ses démarches, employant de concert avec lui la persuasion ou la violence, le charmant toujours dans le bonheur, le relevant sans cesse dans l’adversité. Tout ce