‹ SocrateChapitre 135 sur 201 · XENoPa., Mem., IV · texte numérisé non relu

XENoPa., Mem., IV

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ouvrage, il opine que « ce n’est point être envieux que de s'affliger de la prospérité de ses ennemis » ; il n'appelle de ce nom « que ceux qui s’attristent du bonheur de leurs amis »!. |

On peut dire, il est vrai, que dans les deux premiers passages, 1l s’agit seulement des ennemis de la cité (rzokéme). Mais les autres paraissent bien avoir un sens plus large : il est difficile de n’y pas voir la reproduction pure et simple d’une maxime qu'avaient fait naître de longs siècles de violences et que les Hellènes s'étaient habitués insensiblement à regarder comme une règle légitime de conduite.

D'autre part, on trouve dans le Criton un témoignage tout à fait différent. « C’est donc un devoir de n'être jamais injuste, dit Socrate dans ce dialogue? — Sans doute. — Par là même. c'est un devoir aussi, quoi qu’en dise le vulgaire, de ne l’être pas pour celui qui l’a été à notre égard. — C'est mon opinion. — Mais quoi! Est-il permis de faire du mal à quelqu'un ou ne * l’est-il pas? — Ce n est nullement permis, Socrate. — Et rendre le mal pour le mal, est-ce juste, comme le veut le peuple, ou injuste? — Tout à fait injuste. — Car faire du mal ou être injuste, cela revient au même, n'est-ce pas ? — Tu dis la vérité. — Ainsi, c'est une conclusion certaine : Il ne faut point rendre le mal pour le mal; il ne faut point nuire aux autres hommes, quoi que

1. XENOPH., Memn., 9, 8 : oBôvoy GE oxonüv ôtt ein Aümnv mév Tiva éEevpronev aûTov ÜvTa, OÙTE pÉVTOL Tv ÉTÉ QUAUV ATURIAIG OÙTE TV ER ÉpOpoy EÜTUYIQLS YLYVOMÉVNV.

nous puissions souffrir de leur part!. » Le Criton attribue donc nettement à Socrate l'idée d’une. justice qui s'applique aux ennemis comme aux amis, qui ne souffre pas d'exception. Or ce dialogue est de la période socratique des œuvres de Platon; de plus, il fait partie de l’apologie de Socrate. Et, par conséquent, on a quelque ‘droit de considérer comme historiques les idées principales qui en forment la trame.

Mais alors à quoi faut-il s'arrêter? Comment supprimer l'antinomie que fait surgir l'étude des textes ? La solution la plus raisonnable est de supposer que la pensée de Socrate s’est élargie avec le temps. On peut croire qu’à force de dialoguer, il a fini, sur ses derniers jours, par découvrir cette grande idée de la justice que Platon devait développer avec tant de force dans le Gorgias et dans la République. Socrate n'est-il pas mort avec cette noblesse d’âme qui fait tout pardonner? Et ses derniers moments n'ont-ils pas été ceux . d’un vrai juste? L

On a des données plus concordantes sur la manière dont Socrate comprenait l'amitié. |

Contrairement à l’amour qui a pour objet le corps, l'amitié ne s'établit qu'entre les âmes. De plus, c'est dans la vertu qu'elle a ses assises : « l'amitié est naturelle à l’homme »?; mais elle n’éclôt, elle ne s’épanouit qu'entre gens de bien. On ne peut avoir des amis, si l’on est soi-mème dominé par l’amour de la bonne

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