‹ SocrateChapitre 138 sur 201 · PLaT., Banquet, VII, 1x · texte numérisé non relu

PLaT., Banquet, VII, 1x

en est autrement de l'amitié. Fille de la Vénus céleste, elle est céleste elle-même et n’a que de nobles et généreuses inspirations. Les âmes qui s'aiment se complaisant l’une dans l’autre, se veulent de plus en plus belles, et travaillent sans relâche à se perfectionner mutuellement par la parole et par l’exemple. En outre, il se produit entre elles une sorte de rivalité purificatrice : elles aspirent sans cesse à se dépasser l’une l’autre dans leur course vers le meilleur. Et de Ià une culture incessante de la science, de la justice, du courage et de l'amour de la gloire; de là un affinement perpétuel de tout ce qui fait la grandeur de la nature humaine !. L'amitié est donc « belle et bonne »; elle est d’un prix incomparable. De plus, elle n’est pas éphémère de sa nature; elle ne passe point avec Le printemps de la vie. « Celui qui s'attache au corps plutôt qu'à l’âme ne . peut avoir un amour durable, puisqu'il aime une chose qui ne dure point. Dès que la fleur de la beauté qu'il aimait s’est flétrie, il s'envole ailleurs sans se souvenir de ,ses flatteries et de ses promesses. Il n'en est pas ainsi de l’amant d’une belle âme : il reste fidèle toute sa vie *; et ses chastes transports, loin de s’affaiblir, ne font qu'augmenter avec le temps; car l’âme, à la différence du corps, va se perfectionnant de plus en plus et devient par là mème de plus en plus aimable. Sa beauté et sa bonté ne dépendent point de

1. Xenopx., Banquet, VIII, 9 et sq.; — PLAT., Banquet, VII, var, 209; VIII, x1, 215.

2. Xexopu., Banquet, VII, 14; — PLAT., Banquet, VII, x, 213. :

la jeunesse; « c’est la vertu qui d'année en année les fait croître dans les hommes. »

Si Socrate a tant insisté sur l'amitié, ce n’est pas seulement parce que la noblesse et l'utilité d’un tel sentiment étaient de nature à frapper son attention ; 1l obéissait à un motif plus pressant et d'ordre tout pratique. Athènes, de son temps, était désolée par la pédérastie. Ce vice monstrueux s'étalait partout dans la cité de Cécrops; et partout 1l faisait les mêmes ravages, dépravant les Ames, ruinant les corps, déchatnant les passions les plus bestiales et tarissant peu à peu les sources de la vie. Le mal était si grand, il était si commun que les enfants ne sortaient jamais seuls dans la ville : ils allaient toujours accompagnés de leurs gouverneurs dont le principal devoir était d’écarter les amants?. Socrate, qui se proposait de sauver sa patrie en y ramenant la verlu, a senti le besoin de réagir contre un désordre à la fois si honteux et si dangereux Or, pour l’enrayer, il ne s'est pas contenté de le flétrir en toute occasion; il a essayé de substituer à la fougue des amants le culte des amis.

Socrate a également modifié la conception traditionnelle de la famille grecque; et la principale idée qu’il y a introduite, est celle de l'égalité naturelle de l’homme et de la femme.

Chez les Grecs, comme dans la plupart des sociétés

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