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semble qu'il Faimerait encore davantage. Cette idée la transporte. . . Êtremère ! quel bonheur! ... et quel plaisir de pouvoir annoncer cela à Frédéric. La jeune fille court , saute dans le bois ; dans son délire elle fait mille folies. .. elle se regarde dans Feau du ruisseau, elle se mire dans la fontaine. .. elle est déjà fière d'être mère, elle voudrait que Ton pût s'en apercevoir en la regardant.
PauTre petite , dont toutes les actions prouvent la candeur , jouis avec délire du nouveau sentiment quinait dans ton ame... Celui-là, du moins, ne s affaiblira pas.
Mais le temps se passe; Frédéric ne revient pas. Sœur Anne a la certitude d*ètre mère , et elle ne peut annoncer ce bonheur à son amant; il fiiut donc toujours que la peine se mêle au plaisir ! celui de la jeune fille est empoisonné par Tinquictude qu'elle éprouve en ne voyant par revenir Tètre qu'elle adore; et chaque jour le vieux chêne est de nouveau témoin de ses soupirs et de ses pleurs.
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CHAFITBS n.
La grosse béto.
Nous ayons laissé Dubourg courant à travers champs, pour échapper à M. Floridor, au public et aux pommes de terre crues dont Phèdre avait reçu un échantillon; n'oublions pas que dans la promptitude de sa fuite il n'avait pas eu le temps de changer de costume, que sa tête était toujours enterrée sous l'énorme perruque à la Louis XIV, qui descendait en grosses bou*^ des sur son cou et sur ses épaules, et qu'il avait le corps enveloppé dans le manteau recouvert en poil de lapin.
Dubourg courait depuis une heure , traversant les routes^ sautant les fossés , marchant dans les blés, dans les terres labourées, fcan*
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chissant les haies, et tout cela sans trop savoir où il était ni ce qu'il faisait, car on doit se rappeler que c'est au milieu de la soirée qu'il s'est mis en course ; par conséquent il était nuit, et comme il pleuvait , la lune n'éclairait pas sa fuite.
Dubourg s'arrête enfin, il écoute... et n'entend rien qui lui indique que l'on coure sur ses traces. Le plus profond silence règne autour de lui, il cherche à se reconnaître, à s'orienter, à savoir où il est ; il ne craint plus d'être alirapé, et il sent qu'il a besoin de se reposer. On est alors en autonme, les soirées commencent à devenir fraîches , et notre coureur ne se soucie pas de passer la nuit en plein champ, exposé à recevoir la pluie sur le dos; à la vérité ia perruque lui tient lieu de chapeau et soa muh teau vaut mieux qu'un parapluie^ mai», à la longue , ces objets seront trempés et il ae troiH vera fort mal à son aise , il &11I done chercher un abri.
Il sent qu'il marche dans des plants de légumes, il avance... une haie assez haute lui barre le passage.... mais le naanteau protecteur
le garantit des piqûres, il enjambe... s'accroche un peu, laisse quelques poils de lapin et deux boucles de sa perruque après le taillis, et se trouve enfin de l'autre côté sans savoir s'il y sera mieux. Cependant plusieurs arbres, des pots de fleurs , du treillage, lui font présumer qu'il est dans un jardin. 11 marche toujours , les mains en avant, et sent enfin un pan de mur... puis se trouye sous un toit , puis se sent arrêté par des bottes de paille et de foin : il est 80US un hangar qui sert sans doute à mettre le fourrage.
« Parbleu , se dit Dubourg , j'ai trouvé ce
> qu'il me faut pour passer la nuit... je suis ici
> à l'abri de la pluie... étendons-nous sur ces
> bottes de paille, entortillons-nous dans mcm
> manteau, et dormons!... Demain nous pen- » serons à nos affaires. »
Dubourg est bientôt couché. Il se trouve fort bien sous le hangar , il bénit le hasard qui lui a fait trouver cet asile et s'endort profondément.
Le hangar sous lequel Dubourg est couché se trouve efiectivement au bout d'un jardin , mais ce jardin tient à une petite maisonnette
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assez gentille, habitéepar un culliyatebr nommé Bertrand, lequel a épousé il y a sept ans une jolie villageoise de son hameau , femme bien fraîche , bien alerte , qu'on n'appelait que la belleClaudine,etàlaquelle M. Bertrand a déjà &it deux gros enfans ; Claudine espère qu'il ne s'en tien drapas là.
Aux champs on se lève de bon matin. Au point du jour, Fanfan et Marie, ce sont les deux enfans du cultivateur, dont l'un a cinq ans et l'autre quatre , après avoir mangé la soupe au lait , descendent suivant leur habitude , jouer et courir dans le jardin. £n courant ils approchent du hangar , et que voient-ils sur la paille?... Figurez-vous Azor dans la Belle et la Bête , et vous aurez une idée de Diibourg^ dont la figure était entièrement cachée par une profusion de boucles d'un châtain-roux , qui retombaient jusque sur sa poitrine , tandis que tout son corps était couvert du manteau , qui , s'il ne jouait pas le tigre , jouait au moins un autre animal ; jugez alors de la frayeur de ces enfans en apercevant cette énorme masse.
La petite Marie laisse tomber une tartine de
beurre qu'elle tenait à la main , le petit garçon ouTre une grande bouche , qu'il ne peut plus refermer , parce que la frayeur Fa presque pé trifié. (( Ah ! ah ! mon frère, vois-tu?» dit enfin Marie, en se serrant contre lui, et lui montrant Tobjet bouché sur la paille. « Oh ! oh ! que » c'est vilain !.. » dit Fanfan en passant derrière sa sœur ; puis les deux enfans se sauventvers la maison poussant de grands cris , qui ne réveillent pas Dubourg, parce tpie les fatigues delà Teillelui ont procuré un sommeil très-profond. Bertrand venait d'embrasser sa Claudine, et il allait partir pour travailler à son champ , lorsque les deux enfans reviennent avec des figures bouleversées et jetant de grands cris.
«Quoi que vous avez donc? dit le papa , par-
> lez donc, polissons.... » Les enfans étaient si troublés , qu'il ne pouvaient s'exprimer. Enfin chacun crie en même temps : « Là-bas...
> sous la remise... une grosse bête toute poi- )) lue... sur la paille... une tête noire... du
> crin rouge... c'est pus grand que not'bouri-
> que.... oh! que c'est vilain!...
» — Gomprends-tu queuque chose à tout
)) çà? dit Bertrand à sa fiemme.— Ils ont parlé )) de grosse bête , not'homrae. — Morgue ! ig— » nia que nous dans la maison... par où donc » qu'aile serait entrée... c'est peut-être le tau- )) reau du voisin Gervais , ou bien l'âne de dame » Catherine... — Non, papa,.,, noiî, c'est » tout gris, tout rouge... oh! c'est effrayant... » — Diable, queuque çà veut donc dire ?
» — Çà a-t-il une queue? demande Claudine.
)) — Dam, maman, je n'ensavons rien, la bète » a l'air de dormir, et nous nous sommes sau-^ >> Tés bien vite. — Faut aller voirc'que c'est, » not'homme.... — Oui... oui... Faut aller » voir... ))
Mais Bertrand, qui n'est pas courageux, éprouve déjà un léger tremblement , et va , par prudence , chercher son fusil , qui est chargé avec du sel. Claudine prend un balai , les enfans des bâtons , et ils se dirigent vers le hangar. Les enfans marchent devant , parce que , tout en ayant peur , à cet âge on aime ce qui est extraordinaire, et le moindre événement est un plaisir. M. Bertrand marche à côté de sa femme , qui le pousse pour le faire avancer.
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Plus ils approchent du hangar, plus ils vont doucement , on a surtout recommandé aux en- &ns de ne point faire de bruit , parce qu'il vaut mieux voir la bêle endormie qu'éveillée.
Les voilà enfin prés du petit bâtiment , et les eiifans disent d'une voix altérée : « Tenez... » voyeirvous là-bas... » Bertrand et Claudine tendent le cou... ils aperçoivent l'objet efiPra* yant, ils n'osent plus avancer, le mari pâlit et se glisse près de sa femme qui &it signe aux eofims de ne pas approcher.
c Allons chercher du secours, dit enfin Ber^ » trand d'une voix entrecoupée. — Si tu tirais » dessus, not'homme... — Oui ! mon fusil qui )) n'est chargé que de sel ! çà ne la tuerait pas, )) mais çà la réveillerait, elle serait furieuse et )) sauterait sur nous... — Ah ! t'as raison ! faut > pas tirer. . . courons bien vite dans le village. . . )) Venez, mes enfans... Mon Dieu! pourvu » qu'elle ne s'éveille pas ! ... »
Bertrand est déjà en avant, il court comme si la bête le poursuivait. Il se rend au village, qui n'est qu'à une portée de fusil de sa maison, et il est bientôt rejointpar Claudine. Tous deux
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Tont conter partout ce qu'ils ont trouvé dans leur jardin. Gomme la peur grossit les objets , la bête qu'ils on Tue est, disent-ils , de la grosseur d'un taureau; et comme en passant de bouche en bouche les événemens yonl toujours en augmentant, parce que chacun enchérit sur ce qu'il a entendu , de taureau la béte devient un chameau, de chameau elle se change en lion^ de lion en éléphant , et on irait plus loin en— core si on connaissait un plus gros animal.
Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il y a une béte extraordinaire dans le jardin ^e Bertrand, et en un moment cette nouvelle a mis tout le village en émoi. On se rassemble, on se consulte, les femmes vont chercher leurs maris aux champs ; les mères font rentrer les petits enfans, en leur défendant de sortir. On se rend chez le maire , qui est un bon paysan comme ses administrés, et qui déclare ne pas se connaître en bêtes plus que les autres habitans de sa commune. Maisil y a dansl'endroitun nommé Latouche, qui a été à Paris commis de barrière, et qui fait le bel esprit, le malin, le goguenard et le savant. On va trouver Latouche, qui cher-