‹ Soeur Anne (volume 3)Chapitre 3 sur 38 · ARMI · texte numérisé non relu

ARMI

chait alors un procédé pour faire des confitures sans sucre, et on lui apprend leTénement qui met tout le yillage en lair.

Latouche écoute d un air gra^e, il se passe la main sur le menton, se fait plusieurs fois répéter les moindres détails, pasait réfléchir longtemps, et s'écrie enfin : c II faut aller Toir ce )) que c'est. »

Tout le monde répète : (( C'est juste, il à )) bien raison , allons voir cette bête. — Quand )) je l'aurai vue , dit Latouche , je vous dirai » sur-le-champ ce que c'est, et de quel règne » est l'animal; je dois m'y connaître, j'avais )) étudié pour être herboriste, et j'ai un cousin » qui a été sous-portier à Paris au Muséum » d'Histoire naturelle. »

On se dispose à se rendre chez Bertrand.

Chacun s'arme de ce qu'il trouve , les femmes même prennent ou des pioches ou des râteaux, parce que la bêle peut être dangereuse. Le maire se joint aux habitans, et Latouche, qui est le seul de l'endroit qui ait un fusil en état , car celui de Bertrand ne peut supporter que du sel 9 Latouche se charge de diriger l'ordre, la mar-

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che et toutes les opérations qui vont ayoir lieu.

On quitte le village; hommes, femmes, garçons et filles s'aTancent en dissertant sur cet événement. Mais plus on approche de la de— meure de Bertrand , moins on a enyie de causer, et bientôt, par suite de la terreur que l'on éprouve, le silence devient général. On aYance en colonne plus serrée , et chacun cherche à puiser du courage dans les regards de son voisin ou de sa voisine.

Latouche marche en avant, son fusil sur l'épaule, et faisant ses dispositions comme s'il s'agissait d'aller surprendre un poste d'ennemis. Gomme on approche de la haie du jardin , Bertrand jette un cri et se cache derrière une grosse pierre en s'écriant : « La yoilà!.... » Aussitôt tous les paysans font un mouvement rétrograde , et Latouche se précipite dans le centre du bataillon; mais enfin, n'entendant aucun bruit; on se rapproche, on cherche l'objet qui a effrayé Bertrand. . . C'était un chat rouge qui venait de passer par^dessous la haie.

c Morbleu, Bertrand, » dit alors Latouche, en se hâtant de sortir du centre , c savez- vous

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> que vouft ^es terr&lement peltnHi ! ... et (fue

9 c'est honteux y à Totre âge, démontrer si

» peu de cœur ! — Ah ! çà, c'est vrai, dit Qau*

)^ dûae , il n^est pas ferme du tout, et c'est ce

» que je lui reproche souveiit. — Pousser un

» cri h., répandre Falarme pour un chat!.».

» — D«m, monsieurLatouche.... jWoyais s'glisr

n ser queuque chose. .. et j'croyais... — Peut-

» être est-ce ausai pour une bagatelle qu'il met

H tout le TÎllage sens dessus dessous, et qu'il

» m'a dérangé de l'expérience chimique qœ

1» je cherchais. — Oh que non!... çà n'est pas

» une bagatelle !. . . yous verrez, bientôt que çà

:i «1 vaut la peine. .. nous vlà tout près du han-

» gar... voulezr>vaus passer par ceUe petite

» porte , vous y serez tout d'suîte?— Non pas...

& entrons par la maison, afin d'examiner l'ani-

> mal de loin, (f abord. »

On suit l'a? is de Latouche : on entre dans la maison de Bertrand , puis oa se rend dans le jardin. En af^procbant du hangar, les plus courageux pâlissent, phisieurs femmes n'osent plus avancer, et Latouche, qui ressemble à ces gens q# chantent peur cacher leur frayeur,

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donne des ordres de prudence de c6té et d'autre, mais trouve moyen de ne plus rester en avant.

c La voilà.... la voilà! » disent bientôt quelques villageois, et du doigt ils montrent aux autres Dubourg qui est toujours dans la même position , parce qu'il dort profondément. La terreur se peint sur tous les visages , mais la curiosité s'y joint; chacun allonge le cou ou se penche, ou s'appuie sur ^es voisins. Latouche a sur-Ie-cbamp ordonné une halte, et de tous côtés on entend ces mots : (( Ah! que c'est % vilain!... ah! que c'est laid!... ah! queu » tète ! ... ah ! queu corps ! ... on ne lui voit pas » d'yeux, disent les uns; ni de pattes, disent )) les autres... Chut!... — Chut!.. ditLatouche, » ne parlezpas tant, vous pourriez l'éveiller ! . . . » attendez que j'examine... Mes enfans, avez- » vous entendu parler de la £eimeusebète qui » désola le GévaudanP... — Non, non, disent » les villageois. — Eh bien! celle-ci m'a l'air » de lui ressembler beaucoup.. . on ne lui voit )> pas les pieds, parce qu'à l'instar des Turcs, » ce monstre les aura croisés sous lui. j» quant

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» à ses yeux... ils^sont : tournés Ters la paille, » ce qui est fort heureux pour nous , car les » yeux de ces animaux-là lancent souvent un > Tenin mortel. Plus je considère ce poil et D cette crinière... oui... c'est un lion marin qui )) nous sera yenu^par la Normandie... — Un »[lion marin, répétent*les paysans; est-ce mé- » chant? — Ah ! parbleu! cela mange un homme » comme une huître!.. — Ah! mon Dieu!..

)) comment £eiire!... comment le prendre?...

» — Mais, dit Claudine , il est peut-être mort.. . )) depuis ce matin il n a pas changé de posi- » tion . . . — Mort. . . ma foi. . . qui est-ce qui veut » s'en assurer ?. . — Si vous lui tiriez vot' coup » de fusil, dit le maire. — Tirer dessus... c'est )) beaucoup risquer... souvent la balle glisse sur » la peau de ces animaux... — Visez dans l'o- » reille... — Il faudrait la'ivoir pour cela. — » PFimporle, ^dit le' maire, il faut que nous » saisissions cet animal mort ou vif; ajustez-le )) bien, tirez, et nous allons , moi et les plus » braves , vous faire un rempart avec nos pio- » ches ;^et morgue, si la béte s'avance, nous la » recevions bien. »

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Le discours du maire ranime le courage des villageois; ils forment un ligne en levant leurs pioches, et sont prêts à frapper. Latouche, quoi€[u'il ne 8*en soucie guère , se décide à tirer. Il se place derrière la ligne, passant le canon de son fusil entre deux paysans. Il ajuste. .. il Tise pendant cinq minutes... il lâche la détente enfin... et le fusil rate; ce qui est fort heureux pour Dubourg , qui ne sait pas à quel danger il vient d'échapper.

Le maire se désole , Latouche ne veut plus recommencer, les paysans soiit toujours immobiles... lorsque tout-à-coup notre dormeur fait un mouvement , et se retourne en poussant un bâillement que Ton prend pour un rugissement. Aussitôt les plus braves lâchent leurs armes et reculent. On se foule , on se presse, on n'écoute pins que sa frayeur. Dans ce désordre , chacun pousse son voisin on sa voisine pour se frayer un passage; les garçons tombent sur les filles , les femmes entraînent les hommes; Latouche grimpe sur un arbre; le maire est renversé par Bertrand; les plus lestes sautent par-dessus la haie, les plus lourd» gKs-

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