‹ Soeur Anne (volume 3)Chapitre 23 sur 38 · IV · texte numérisé non relu

IV

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sœur Anne, il lui sourit, lui passe la main sous le menton , et murmure entre ses dents : c Ce » soir, ma belle, je te dirai deux mots. » II £aut que l'infortunée reçoive ces horribles caresses !. . . Ce n'est pas sans effort qu'elle retient son indignation ; mais il est parti , il suit ses compagnons en recommandant à Christine de veiller sur la jeune femme. '

Quand sœur Anne est seule avec la compagne des voleurs , il faut qu'elle supporte l'humeur de cette mégère , qui , jalouse de sa présence , cherche à s'en venger en accablant la jeune fille de mauvais traitemens , trop sûre que celle-ci ne pourra pas s'en plaindre. Elle se rit de ses larmes , de ses prières , et la pauvre petite sent qu'il £siudra mourir si elle ne peut bientôt se sauver de cet horrible séjour.

A la nuit, les quatre brigands reviennent, ils mangent un morceau, puis reprennent leurs armes, Leroux seul ne les imite pas. « £h » bien , est-ce que tu ne te prépares pas à venir » en course avec nous? » lui disent ses compagnons. « — Non, non... pas encore... j'irai » vous rejoindre. . . mais ce soir je suis bien aise

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» de dire deux motâ à ma petite muette. »

En disant cela, un affreux sourire brillait dans les yeux du bandit, qui les reportait à chaque minute sur sœur Anne.

« Ah! bon, j'entends! dit Pierre; nous te » passons cela pour aujourd'hui, mais il ne faut 9 pas que Famour &sse oublier le devoir. — Et D s'il passait quelquel)onne chaise de poste, dit )) Jacques , nous ne serions pas en état d'atta- » quer... — Bah!... il ne va pas justement vous » en venir ce soir ; d'ailleurs je vous dis que je y> vous rejoindrai!... — Bon, bon, nous nous » passerons bien de lui, dit Franck, et sll » vient quelque bonne prise ce sera pour nous » et il n'en aura rien. — C'est trop juste, ca- » marades. »

Les voleurs s'éloignent, regardant en riant la jeune muette, qui ne devine pas encore le danger qui la menace, ni ce que signifie le sourire des brigands. Cependant, en voyant que Leroux ne suitpas ses compagnons, ellesesentfrémir et ses yeux se portent sur Christine , comme si elle espérait un appui dans cette femme, mais celleci, après l'avoir regardée aussi d'un air moqueur

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ainsi que Leroux, rentre dans la seconde pièccy dont elle ferme avec force la porte sur elle.

Sœur Anne a fait un mouvement pour suivre la compagnedes valeurs; mais, lorsqu'elleen voit l'impossibilité, elle retombe sur la paillesur laquelle elle était assise, un tremblement coayulsif l'agite... elle est seule avec le brigand.

Leroux s'assied devant la cheminée , dont il attise le feu, puis il allume une pipe, et fume pendant quelques momens, ne s'interrompant que pour boire et pour regarder sœur Anne.

Celle-ci est tremblante dans le coin de la pièce où elle est assise , afin d'être le plus loin possible du voleur, qui jette sur elle des regards enflammés, en s'écriantde temps à autre : a Fort )) bien, mille tonnerres !... des yeuxniperbes

> de belle dents. . . . elle sera mieux encore dans » quelques mois, mais c'est égal..» Et ces ni-

> gauds, qui ne voyaient pas cela... Oh! oh!

» je ne vous la céderai pas, camarades!

» nous n'avons pas souvent de tellesprises... b

Ces paroles ^joutait à l'efiroi de la pauvre muette; il redouble encore lorsc|ue Leroux, qui n'est pas resté uniquement pour fumer et bdre.

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liii fait signe de s'approcher de lui , elle feint de ne pas le comprendre et baisse les yeux.

Alors le voleur se lève et s'avance vers elle. ... La jeune fille respire à peine!... Le brigand se jette près d'elle sur la paille ; elle veut se lever et s'éloigner de lui... mais il la retient avec force , en passant son bras autour de sa taille , f t approche de sa tête son horrible figure. . . La pauvre petite met sa ^ain devant ses yeux pour ne point voir ceux du bandit.

c Eh, eh! on dirait qu'elle tremble, » dit Leroux en laissant échapper quelques éclats d'une joie féroce, < vraiment^ ma chère, il ne 9) tevapasdefairelacrueUe...onvoitbien que )) tu ne l'as pas toujours été!... »

£n disant ces mots, il s'approche davantage^ voulant prendre un baiser sur les lèvres de la jeune fille; mais celle-ci, retrouvant son courage, le repousse avec force, et, profitant de sa surprise, se lève ^vivement et va se placer à l'autre bout de la chambre , mettant devant elle la table sur laquelle soupent les voleurs.

Leroux la regarde avec étonnement, mais il se contrante de sourire de nouveau en disant :

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« Ahf tu fais la méchante!... c'est vraiment » drôle !..£st-ceque tu penserais me résister?»

Le Toleur ge lève , marche vers sœur Anne^ d'un coup de pied envoie la table à Tautreboat de la chambre; puis saisissant la jeune muette^ qui se débat en vain , il l'enlève dans ses bras et la reporte sur la paille qu'elle vient de quitter. Sœur Anne rassemble tout son courage , toutes ses forces pour résister au brigand qui veut triompher d'elle, et qui, après avoir ri de la défense qu'elle lui oppose, devient enfin furieux de la résistance opiniâtre qu'il trouve dans cette jeune femme. Cette lutte horrible dure depuis long-temps, mais l'infortunée sent ses forces diminuer... Les larmes, les sanglots l'étouffent, elle va devenir la proie du scélérat qui la presse... lorsque tout-à-coup on frappe à coups redoublés à la porte de la cabane.

(( Au diable ceux qui viennent maintenant f » s'écrie le voleur; les camarades le font exprès; )) mais je ne leur ouvrirai pas. »

Dans ce moment une voix étrangère se fait entendre et prononce ces mots : (( Ouvrez, de grâce. » Sauvez-moi, vousserezbienrécompensés... »

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Cette -voix n'est pas celle d'aucun des compagnons de Leroux. Le Yoleur demeure interdit, n écoute avec effroi, tandis que sœur Anne se jette à genoux et remercie le ciel qui vient de la sauver.

Christine sort vivement de l'autre pièce et court à Leroux d'un air inquiet : (( On frappe, » entends-tu ! c'est une voix étrangère. . . — Eh » oui ! morbleu , je Tentends bien ... Va regar - 9 der par la fenêtre , tâche de voir si c'est un » homme seul. » Christioe va et revient bientôt en disant : t Oui , il est seul. — En ce cas , » buvrons , dit Leroux; mais de la prudence en » attendant le retour de nos amis. »

Après avoir replacé la table au milieu de la chambre , Leroux reprend sa pipe , va s'asseoir devant le feu , et Christine ou\Te la porte de la masure à la personne qui vient de frapper.

L'étranger qui entre dans la chaumière est un homme âgé, dont la mise annonce l'aisance et les manières un rang distingué; mais il est sans chapeau , ses vètemens sont en désordre , et la pâleur de son visage annonce l'effroi qui l'agite ; il se précipite dans l'intérieur de la ca-

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bane et ne semble respirer que lorsqu'il en Toit la porte se refermer sur lui.

« Pardon... pardon, braves gens, > dit-il en s'adressant à Leroux et à Christine , < je tous

> ai dérangés, j'ai troublé Yotre repos sans )) doute!... mais en m accordant un asile vous )) me sauvez la vie..

)) — Comment donc cela , Monsieur? dît » Leroux d'un air d'intérêt. — Je viens d'èlre )) attaqué, mes amis... là-bas sur la route qui

> traverse la forêt ; j'étais dans ma voiture avec » mon domestique , le postillon fouettait les )) chevaux... Tout-à-coup des brigrands sortent » de la forêt , et , s'élançant à la tête des che— )) vaux, tirent, à bout portant, sur le postillon ; ^) le malheureux est tombé mort!... La voiture » s'arrête , ils m'en font descendre , ainsi que )) mon demestique, et l'un des voleurs y monte » pour la visiter; c'est pendant ce temps que, )) profitant d'un moment où ces misérables » n'avaient pas les yeux sur moi , je me suis )) enfoncé dans la forêt , choisissant toujours )) les sentiers les plus épais... enfin je suis

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» parvenu jusqu'ici ; la lumière que j'ai vue » m'a guidé et j'ai frappé à yotre porte...

» — Vous avez fort bien fait, Monsieur, »

dit Leroui en regardant Christine d'un air significatif. «Asseye/-TOus là devant le feu;re- )) mettez- vous , chauffez^vous. . .

» — Ah ! vous êtes trop bon , » dit le voyageur en allant s asseoir devant la cheminée , D mais mon malheureux domestique!., qu'en )) auront-ils &it!. sera-t-ildonc aussi leur vic- » time ?... — Oh ! ce n'est pas présutnable !... )) Après l'avoir volé, ils Tauront laissé libre... » Us n'ont tué le postillon que pour le forcer à )) s'arrêter... Oh! je connais cela... on vole si » souvent dans cette maudite forêt!... — Je » n'aurais pas dû prendre celte route... ce n'é- » tait pas mon chemin!... Mais j'ai voulu con- » naître ce pays !... — Et ces coquins, vous » ont^ils volé , vous , Monsieur ? — Non , grâce )) au ciel; ils allaient le faire, sans doute ^ » quand je n^e suis sauvé. .. J'ai du moins con- » serve mon porte*feuille et ma bourse... — » Cest, ma foi , fort heureux , > dit Leroux en regardant de nouveau Christine. «Allons, Mon-

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> sieur, il faut prendre yotre parti et tâcher d ou- » blier cet éTénement... Nous tous traiterons » de notre mieux , car il ne faut pas songer à » sortir d'ici avant le jour ; ce serait fort im- » prudent !. .. — Ce n'est pas non plus mon in- » tention, et si vous me permettez de rester... )) — Comment donc ! mais avec grand plaî- » sir!... Allons, Christine, alerte^ prépare le j) souper de notre hôte. »

Pendant toute cette conversation , sœur Anne n a pas cessé d'examiner l'étranger, dont la figure , quoique sévère , lui inspire de l'intérêt et du respect. Elle frémit en songeant que cet homme n'a échappé à un péril que pour tomber dans un autre. Connaissant maintenant toute la scélératesse des habitans de la masure , elle tremble pour les jours du voyageur; et ses regards, constamment attachés sur lui, semblent vouloir lui faire connaître les dangers qui l'environnent.

Mais l'étranger n'a pas encore vu la jeune fille qui est assise à terre dans un coin de la chambre; à peine remis de l'émotion qu'il vient d'éprouver , il se rapproche du feu et ne

Jette que rarement quelques regards autour de lui.

({ C'est Traiment fort heureux que les voleurs )) ne vous aient pas poursuivi , » dit Leroux en offrant au voyageur un verre de vin. « — Mais ce qui , je crois , m'a sauvé, c'est que dans ce (( moment j'ai entendu un grand bruit de che- »vaux... — Ah! vous avez entendu un bruit » de chevaux? » demande Leroux avec inquiétude, u — Oui... je l'ai cru, du moins... J'é- » tais si troublé... C'étaient peut-être d'autres » brigrands ou la maréchaussée qui doit être à » leur poursuite... — Mais... en effets cela » pourrait bien être... — J'ai fait la guerre )) autrefois , mais j'avoue que je n'aime pas la )) rencontre des voleurs : contre de tels misera- » blés la valeur est souvent inutile... D'ailï leurs, je n'avais pas d'armes sur moi... — » Ah! vous n'avez pas d'armes?... — Non, )) mes pistolets étaient dans la voiture, mais ils )) ne m'ont pas laissé le temps de les pren- » pre...»

Leroux parait réfléchir. Depuis que l'étranger lui a dit qu'il avait cru entendre sur la

route un grand bruit de chevaux , il n'est plus aussi tranquille.

« Vous êtes bûcheron, sans doute, dit le )) Toyageur. — Oui , Monsieur, je suis bû-

> cheron... et Toilà ma femme, » dit Leroux en montrant Christine qui dressait le souper sur la table, t — Et voua n'aTei pas peur , au )) milieu de cette forêt? — Ah ! de quoi tou- » lez-Tous que nous ayons peur , nous autres ! . . . 9 — Nous ne sommes pas assez riches pour » tenter les voleurs !... Allons , Christine, dé- » pêche-toi... Monsieur aura besoin de se re- » poser quand il aura soupe. — Oh ! ne la

> pressez pas tant. ))

L'étranger, qui est plus calme , commence à regarder avec plus d'attention autour de lui , et, en examinant la pièce où il est^ il aperçoit enfin sœur Anne, assise sur un tas de paille, et dont les yeux sont fixés sur les siens avec une expression qui ne permettait pas de ne point la remarquer.

Le voyageur, surpris, considère quelque temps avec intérêt les traits pâles et flétris de

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la jeune muette , et semble étonné de là façon singulière dont elle le regarde.

« Quelle est cette jeune fille? • dit-^ilen s'adressant à Christine ; « je ne l'avais pas encore » aperçue. — Cà!...oli!cen*e8tpasgrànd'choseî répondla grande femme d'uij ton sec. t ---Estpce • que ce n'est pajs votre enfent?— NonjBTon-^ » sieur , dit Eeroux , c'est ime malheureuse » sourde-muette que j'ai trouvée dans la fo^ » rêt , et que nous avons recueillie par charité...

> elle est sut le point d'être mère. . . j'en ai eu » pitié. -*— Gela TOUS fait honneur, Monsieur ^

> cette infortunée! si jeune!... avec des traits » si doux... vous n'avez pu savoir d où elle ve-* » nait,ni le nom de ses parens ?... -^ Que » diable voulez-vous qu'on sache d'une femme » muette et sourde ! ... Au reste , peu m'im*^ D porte l elle est aussi , je crois , presque im- » bécitle, mais je la garderai ici. ))

En entendant ces mots, sœur Anne se lève et s'avance doucement vers l'étranger, qu'elle regarde toujours avec un air d'intérêt mêlé de compassion. « Eh bien ! que fait-^lle donc P » dit Leroux , la pauvre fille a vraiment perdu

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