IIII
à peine la terre. Semblable à une ombre légère elle fuit rapidement dans les allées qu'il lui faut parcourir, elle est enfin deyant la maison. C'est sur la droite, au premier, qu'est l'appartement de Frédéric, elle se met à genoux deyant ses fenêtres... elle tend ses bras vers lui.. . elle lui adresse ses derniers adieux ! . . .
Baignéede larmes, soutenant sa tête sur une de ses mains , mais ne pouvant détourner les yeux du séjour où elle sait qu'il habite , sœur Anne se livre à son désespoir, à son amour, à ses regrets... depuis long-temps elle est sortie du pavillon... le temps s'écoule... elle ne peut s'arracher de cette place... il faut pourtant la quitter.
L'infortunée foit un dernier effort... elle se lève... elle s'éloigne le cœur brisé... elle marche en chancelant dans les allées , elle peut à pdne étoufier ses sanglots... Tout-à-coup une lueur très-vive brille dans lejardin, sœur Anne lève les yeux... elle ne conçoit pas d'où peut provenir cette clarté... elle s'avance... la lumière devient pluséclatante. . . lobscurité delà nuit a fait place aune effrayante clarté.. .c'est
198 sotuE
le feu dont les flammes éclairent les détours du jardin. Â cette idée, saisie d'une terreur inattendue, sœurÂnnene marche plus.. i elle
court elle vole yers le parillon les
flammes sortent en tourbillons des fenêtres du premier.
Un cri affreux s'échappe du sein de la jeune mère , elle ne Yoit plus que son fils qu'elle a laissé dans cet appartement , son fils que les flammes vont dévorer ! . . .
Dans son désespoir elle a retrouvé ses forces... elle est au pavillon, une fumée épaisse remplit l'escalier. . . une mère ne connaît aucun
danger, il lui faut son enfant... elle monte
elle cherche... elle ne trouve plus laporte que la fumée lui dérobe et que ses mains tremblantes demandent en vain... enfin la flamme la
guide elle pénètre dans l'appartement
tout est en feu Un paquet de bardes avait
roulé jusques à la lumière, la flamme s'était rapidement communiquée à tous les objets.
Sœur Anne court au berceau que le feu allait
atteindre... elle tient son enfant elle veut
sortir. . . elle ne voit plus par quel côté il faut
AIINB. 109
se diriger... déjà les flammes Tentourent... ses jambes sont meurtries... elle yeut appeler, elle se sent mourir. . . en ce moment sa Toix , cédant à un nouvel effort de la nature, a rompu
les liens qui Tenchainaient L'infortunée
tombe en prononçant distinctement : a Frédé- )) rie , viens sauver ton fils !... »
Mais les flammes du pavillon ont été aperçues par les habitans de la maison, dont plusieurs ne pouvaient trouver le repos. Frédéric, effrayé, sort de son apartement en appelant de tous côtés. Chacun se lève, se hâte : «le feu )) est au pavillon , » tel est le cri général. On y court, mais Frédéric a devancé tout le monde; il a bravé la mort pour pénétrer jusqu'à sœur Anne, il entre dans l'appartement peu d'instans après qu'elle a perdu connaissance ; d'un bras il Tenléve , de l'autre il tient son fils... il traverse les flammes... il est dans le jardin... il les a sauvés tous deux.
A la nouvelle du danger, tout le monde a suivi Frédéric. Constance n'a pas été la dernière à voler sur les pas de son époux. C'est elle qui reçoit sœur Anne dans ses bras, qui lui prodi-
200 6(«Da
giie tous les secours , et la fait transporter éranouie dans son appartement Tout le monde entoure la jeune mère dont le corps porte les empreintes du feu ; maisson fils n'a point souffert , et on attend avec impatience qu'elle rouvre les yeux pour le lui présenter.
Enfin un soupir s'échappe de sa poitrine...
ses yeux renaissent à la lumière...*. Constance lui présente son enfant... «Mon fils!...» s'écrie sœur Anne en couvrant l'enfant de baisers.
Ces mots ont jeté tous les faabitans dans la plus grande surprise. Ik écoutent encore , ils regardent Somr Âone, ils doutent s'ils ont bien entendu...
a mon Dieu!... dit la jeune mère, ce » n'est point un songe... vous m avez rendu la » parole... Ah! Frédéric! je pourrai donc te )) dire combien je t aimais... combien je t'aime » encore... Ah! Madame, pardonnez-moi...
]» mais je sens que je ne jouirai pas long-temips » de cet organe qui m'est rendu. .. tout ce que )) j'ai souffert aujourd'hui a éteint mes forces... » je vais mourir... mais mon fils est sauvé... » ah !• . . ne me plaignez pas ! ... »
L'infortunée a fait un grand eflFort pour prononcer ces mots ; ses yeux s'éteignent , sa main se glace , déjà une pâleur eflFrayante couvre son visage. Frédéric est tombé à genoux devant elle; il baigne de ses larmes la main qu'elle lui abandonne. Le comte est abimé dans sa douleur ; Constance cherche , en lui montrant son filsjà la rappeler à la vie. Chacun prend part à cette scène déchirante , et celui qui n'avait jamais versé de pleurs , Dubourg , en soutenant la tète de sœur Anne, ne peut retenir ses sanglots.
« Pourquoi me pleurer ?. ..» dit sœur Anne en faisant un dernier effort; «je ne pouvais )) être heureuse... mais je meurs plus tran- » quille . . . Gardez mon fils . . . Madame. . . il est » si bien dans vos bras. .. vous serez sa mère. . . » Adieu, Frédéric. . . et vous. . . son père. .. Ah ! » pardonnez-moi de l'avoir tant aimé ! ... »
Sœur Anne jette un dernier regard sur Corïstance qui presse le petit Frédéric dans ses bras , et ferme les yeux en souriant à son fils.
Pm DU QUATRIÈME ET OEAIOER YOLUBIE.