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» tous les jours du beefteak, comment voulez
> vous qa*(m n'engmsse pas ?.. . — Je compte » beaucoup sur Farrivée du père de Frédéric, » il a été au pavilloa , il a tu soeur Anne ^ » cela va changer, jfea suis certain... — Ah !
> TOUS croyez que nous n'aurons plus de beef- D teak? — Vraiment, M. Hénard, vous n'étiez )) pas né pour vivre en France; il vous fallait 1 aller habiter en Suisse, où Ton mange toute » la journée. — Monsieur, je suis né pour vivre,
> n'importe où ; et quand vous faisiez le baron 1 Potoski , vous saviez fort bien faire sauter ii notre caisseavec vos dîners de trois services... 1 et je ne dirai pas de vous : Quantum mu- 1 taiuê ab illo^ parce qoe je vous ai remarqué
> hier à table Monsieur a mangé tout le
» thon , et je n'en ai plus trouvé quand j'ai
D voulu y revenir. — Le thon est très-lourd ,
2> M. Héuard, cela ne vous vautrien. — Mon-
» sieur, je vous prie de ne plus vous mêler de
» ma santé et de me laisser du thon à la pre-
1 miére occasion. Vous verrez qu'à mon âge
> je ne pourrai pas me donner une indigestion )) si çà me fait plaisir. »
ANNEt 191
Pendant que , dans la maison , chacun se liire à ses conjectures , le comte traverse le jardin, et entre dans le pavillon. Sœur Anne habite le premier étage, il est déjà nuit lorsque M. de Montreville se dispose à lui apprendre ce qu'il yeut feire. Il s'arrête un moment avant de monter auprès de la jeune femme qui lui a sauvé la vie. « Pauvre enfant, se dit- » il j je vais FafiBiger!... il faut l'éloigner de ^ Frédéric. . . Ten séparer pour toujours. . . mais )) c'est un devoir que je dois remplir , et son » ame est trop pure pour ne point sentir qu'il » faut rendre le repos , la vie à celle qui la )) sauvée , ainsi que son fils , des horreurs du » besoin , et qui s'est plue à la combler de )) bienfaits, "h
Le vieillard pénètre dans l'appartement de la jeune muette ; à la vue du comte , sœur Anne se lève et court au-devant de lui ; on lit dans ses yeux le respect, l'amour qu'elle ressent •pour lui. M. de Montre ville en est attendri ; il la considère quelques minutes en silence; mais il sent qu'il doit se hâter de l'instruire afin qu'elle soit prête le lendemain au point du jour.
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u Mon enfant, lui dit-il, je vous Fai dit ce » matin , vous ne pouvez , vous ne devez pas )) rester plus long-temps en ces lieux , votre » présence y serait mortelle pour celUe qui )) vous y a reçue ; Constance chérit son époux, )> voudriez-vous lui ravir à jamais le repos , 1 le bonheur. . . Elle cache les tourmens qu'elle )) éprouve ; mais j'ai lu dans le fond de son » cœur... Vous ne voudriez pas conduire au 9 tombeau celle qui vous a conservé votre » fils! »
Sœur Anne, par un geste expressif, annonce qu'elle est prête à se sacrifier pour Constance.
c Eh bien! reprend le comte, il faut partir, » il faut fuir ces lieux... les fuir dès demain, » au point du jour... sans voir votre bien&i- » trice... Je me charge de lui témoigner tout )) ce que votre cœiu* vous inspire pour elle... » vous ne devez revoir personne de cette mai- » son, cela est inutile ; il en est une surtout. .• )) mais je n'ai pas besoin de vous faire sesaûr » qu'il faut , au contraire , éviter avec soin de )) la rencontrer... »
Sieur Anne est altérée par ce discours. Partir si brusquemeilt , sans y être préparée ; s'éloigner sans le voir, et pour jamais... Elle sent son courage l'abandonner , deux ruisseaux de larmes coulent de ses yeux.
Le comte s'approche d'elle, il lui prend la main : « Pauvre petite , lui dit-il , ce départ y> subit vous afflige. . . mais il le faut; dans une )) semblable position, chaque instant de retard » est un crime. Je vous arrache de ces lieux. . . » mais j'ai le droit d'être séyère... Du courage , » pauvre enfant... c'est le père de Frédéric, )> que vous avez sauvé du fer des brigaods , )) c'est lui qui vous demande de vous sacri- » fier encore pour le repos de son fils. »
Ces mots font sur la jeune mère tout l'efiFet que le comte en attendait; en apprenant qu'il est le père de son amant, elle tombe à ses genoux , et ses mains élevées vers lui semblent implorer son pardon.
« Relevez- vous... relevez-vous, » dit le comte en déposant un baiser sur son front; « in- )) fortunée!... ah! que ne puis-je vous rendre » le bonheur ! ... du moins une existence aisée
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)) sera désormais voire partage, et le sort deTO- » tre fils est assuré. Je vais vous conduire dans » une ferme que je vous donne ; une jolie )) maisonnette en dépend, vous y demeurerez, » je vous entourerai de gens fidèles qui vous )) aimeront tendrement. Là, vous élèverez vo- » tre fils, j'irai souvent partager votre retraite, )) et, avant peu, je Tespère, le calme, la paix » seront rentrés dans votre cœur.
Sœur Anne écoule le comte, elle est prête à lui obéir; elle n'espère plus goûter le bonheur, mais elle semble lui dire : « Disposez de moi, » JQSuis prête à suivre vos moindres volontés.
c Ainsi donc à demain ! dit lecomte; au point » du jour je viendrai vous prendre,je veux que » nous partions avant que personne soit levé » dans la maison; une bonne voiture nousat » tendra à la porte du jardin. Faites tous vos )) préparatifs pour vous et votre fils... ils ne )) sauraient être longs, vous trouverez dans vo- > tre nouvelle demeure tout ce dontvousaurez )) besoin. Au revoir , chère enfant, du cou- )) rage.... au point du jour je serai près de • vous.»
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Le comte est éloigné, sœur Anne est seule. . • son fils dort, il est nuit, et c'est la dernière qu'elle doit passer auprès de Frédéric... il faut partir... le fuir pour toujours. Cette pensée Faccable... elle est immobile sur une chaise présduberceau de son enfant... une seulepensée l'occupe. .. il feiut s'éloigner de celui qu'elle désirait tant retrouver, de celui qu'elle idolâtre^ qui , dans le bosquet, a paru Taimer encore Il faut le fuir, mais le repos, la vie
de sa bienfaitrice exigent ce terrrible sacrifice.
Les dernières heures qui lui restent à passer dans la maison semblent s'écouler avec plus de rapidité ! Toute à ses pensées, elle ne s'est pas encore occupée des apprêts de son départ ! . . . Minuit sonne à l'horloge du village et la jeune muette est encore sur sa chaise , près du berceau de son fils , dans la situation où le comte l'a laissée.
Le triste son delà cloche la tire de sa rêverie, elle se lève, fait un léger paquet de quelques bardes ; ses apprêts sont bientôt terminés ; il reste encore plusieurs heures de nuit. Cherche-
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ra-l-elle le repos?.. .non , elle saitque ce serait en vain !... Mais quelle pensée fait battre
son cœur?... tout dort dans la maison si
elle profitait de ces derniers instants qui lui restent pour se rapprocher de lui; elle ne ^eut pas le Toir, elle sait que ce serait manquer à la promesse qu ellea faite au comte et à ce qu'elle doit à sa bienfaitrice. Mais sans que Frédéric le sache elle peut aller lui dire un dernier adieu , elle sait où sont les fenêtres de son appartement, elle yerraie séjour où il repose;., il lui semble qu'elle partira- moins malheureuse, et que, dans son sommeil, Frédéric entendra ses adieux.
Sœur Anne ne balance plus : elle place sur un siège les paquets qu'elle Tient de faire, puis pose dans la cheminée la lumière qui éclaire son appartement. Son fils dort d'un sommeil profond, elle le regarde... elle verse des larmes sur son berceau , elle pense qu'elle va bientôt l'éloigner de son père.
Aucun bruit ne se fait entendre , elle sort doucement du pavillon , la nuit est obscure.. . mais elle connaît le jardin , ses pieds effleurent