‹ Soeur Anne (volume 3)Chapitre 6 sur 38 · OB0B · texte numérisé non relu

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disant : « Ah! jami, nofhomme, que nous » étions donc bétes d'avoir peur de c'monsieur , » il est fait comme tout le moode , vois-tu, et » il a de Fesprit plus gros que toi ! »

Dubourg est fort bien traité par les villageois, et il trouve Irës-commode dépasser quelque temps au milieu de ces bonnes gens , qui veulent, par leurs soins, lui faire oublier sa mésavenure. Il paie son écot en contant le soir des histoires à la veillée. Pour les paysans , c'est un trésor qu'un homme qui parle pendant des heures entières de choses intéressantes, effrayantes, et par conséquent amusantes. Dubourg est ce trésor-là , et quand H. Latouche est présent à ces récils , il y mêle quelques mot» de latin; alors celui-ci, qui ne le comprend pas, se retourne vers les villageois en disant : c Tout cela est vrai, mes enfans, il vient de )) nous le jurer en allemand. >

Mais au bout de quinze jours Dnboui^, las de conter le soir des histoires aux paysans , et le matin des fleurettes à leurs femmes , songe à quitter le village afin de savoir des nouvelles de ses compagnons. Datoujoursintacts, dans sa

pocbe^ les oeai francs qu'il a gagné» en faisant Hippolyte ; avec cda il pe»t se mettre en route sans être obligé de se déguiser en grosse bête. Malgré tout ce que peut faire Claudine pour le Retenir encore , il est décidé à partir. Il remercie le maire, Latouc^ et tous les habîtansde Fendroit de Tàccueil qu'il a reçu chez eux. U remercie plus partiéulîérement Bertrand , et surtout sa femme; puis , tenant à la main un gros bâton noueux , qui s'accorde aycc sa veste , et un grand chapeau rabattu , qui remplace sa perruque, il se met en route , en se disant : )) Ceux qui m'ont vu faire le seigneur ne me y reconnaîtront pas , c'est! précisément ce que » je dédre. »

Cependant Dubourg juge prudent de n»

point pstssCT par Vorcppe , oà 8 pourrait rencontrer M. FlevidQr , on quelqu'un faisant paN tîe de sa troupe. H ne veut pas noh pins traverser Grenoble , où M. Ihirosey pourrait encore Tattendre , et les yeux (Tun créancier son* dif^ fieiles à tromper. C'est du côté ^ Vizille qu'il se dirige j c'est là qu'il espère trouver encore RédSriû y ou du moins apprendre de ses nouvelles.

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Il marche gaiement , cbantant tout le long du chemin , et mangeant sur Therbe des provisions dont Claudine a rempli ses podbies , car les femmes pensent à tout.... Dubourg bénit la prévoyance de madame Bertrand et se dit :

« Gomment pourrais-je m'attrister, quand j'ai » eu cent fois la preuve que des êtres aimables » s'intéressaient à mon sort, fiuvons à la santé )) de Claudine , de madame Chambertin , de )) Goton, de la petite Delphine... et de tant » d'autres , qui m'ont fait passer des heures » agréables et qui me laisseront de si doux sou- » venirs. »

Il boit de Feau d'un ruisseau , mais il s'accommode de tout, d'ailleurs il a de largent et pourrait avoir du vin, c'est une raison pour que l'eau lui semble moins mauvaise. A la fin du jour il approche de Yizille et se dit : .(( Si M« le )) comte a appris, par lUénard, les amourettes )) de Frédéric , il aura été le chercher dans }e » bois, et je ne l'y trouverai plus^ mais j'y trou- » verai la jolie blonde, et elle me dira ce qui » est arrivé. »

Dubourg ne sait pas que la pauvre petite OQ

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peut rien lui dire. 11 trayerse la vallée, entre dans le bois; cherche, appelle, ne rencontre personne, et aperçoit enfin la chaumière. Il

entre.... le jardin est désert il pénètre dans

la maisonnette.... il ne trouve que la vieille Marguerite qui sommeille dans son grand fauteuil.

Dubourg quitte la cabane, étonné de ne point voir la jeune fille, il craint que l'histoire qu'il a forgée à Ménard ne se soit IrouTée vraie, et que Frédéric n'ait emmené sa petite. Il va se rendre au village pour tâcher de savoir des nouvelles de sœur Anne, lorsqu'on traversant un sentier du bois il l'aperçoit qui regagne lentement sa demeure .

La démarche de la jeune fille est si triste^ sur tous ses traits se peint une douleur si profonde, que Dubourg en est attendri. II la contemple quelques instans et se dit : u Pauvre » petite, il est parli... et ne t'a pas emmenée ! » ne vaudrait-il pas mieux pour toi qu'il ne fût » jamais venu ! »

Dans ce moment sœur Anne entend marcher près d'elle, elle aperçoit quelqu'un.... elle

tsoiirt avec la promptitude de Féclair... Arri- Tée devant Doboufg, elle s'arrête; ses traits, qu'animait l'espérance^ reprennent de nouveau tous les signes de la douleur, elle secoue tristement la tête : ce n'est pas lui!...

Mais Dubourg parle... elle reconnaît sa voix... elle le regarde avec plus d'attention, et bientôt la joie vient encore ranimer son ccBur. C'est un ami de Frédéric , c'est celui qui est venu une fois le chercher ^ et sans doute il lui annonce son retour. Elle s'approche de lui, se» yeux l'interrogent , elle attend avec impatience qu'il s'explique, et Dubourg étonné lui demande alors ce qu'est devenu Frédéric.

Le nom de Frédéric la fait tressaillir... elle indique la route qu'il a prise. .. compte sur ses doigts les jours qui se sont écoulés depuis son départ et semble lui demander s'il ne le ramène pas.

Ces signes font enfin comprendre à Dubourg le triste état de sœur Anne , et il ne cherdie plus qu'à la consoler , mais pour elle il n'y a point de consolation , point de bonheur sans Frédéric.

Alllll. il

« Pauyre fille, dit Diibourg, il avait bien » raiiion de m'assurer qu elle ne ressemblait à » aucune de celles qu'il a connues!... Mais la )) laisser dans ce bois... ah! c'est fort mal! » tant de grâces , de charmes, yUte dans une » cabane, c'est un meurtre!... J'ai rraiment » envie de l'emmener à Paiis. . .

« — Pourquoi ne TaTei-Yous pas suivi? lui » dit-il; qui vous retient dans ce bois? Venet > avec moi, mou enfant, nous retrouverons » Frédéric ; ou si nous ne le trouvons pas , il y » en a mille autres qui seront trop heureux de » le remplacer. )>

Sœur Anne le regarde avec étonnement; elle semble ne pas le comprendre; mais lorqu'il &it un geste pour l'emmener, elle s'éloigne vivement de lui, et, désignant sa cabane , lui fait entendre qu'il y a là quelqu'un qu'elle ne peut pas quitter. Âh ! sans Marguerite , avec quel empressement elle suivrait Dnbourg ! car elle , croit qu'il la conduirait sur-le-champ dans les bras de son amaut. Mais abandonner celle qui a pris soin de son enfance, qui lui a tenu lieu de mère, l'abandonner alors que la pauvre

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