Soeur Anne
IJepuis long-temps les spectacles avaient fini ; les cafés se fermaient ; les boutiques l'étaient déjà. Les passans devenaient plus rares ; les fiacres allaient pins vite; les réverbères brûlaient, et le gaz s'éteignait ; les rues de Paris allaient jouir, comme les habitans de cette capitale , de l'heure du repos.
Mais le repos ainsi que le beau temps n'est jamais géuéraî : quand on le goûte à Paris , souvent l'on se bat sur un i. i
autre point du globe ; et lorsque nous jouissons d'une température douée et agréable , à quelques cents lieues de nous, un orage détruit les moissons, ou une tempête submerge des vaisseaux.
Puisque la paix et le beau temps ne peuvent être universels , sachons en jouir quand nous les possédons, et ne nous inquiétons pas alors du temps qu'il fait chez nos voisins.
Un monsieur, qui probablement n'avait pas envie de dormir, se promenait dans les rues de Paris , devenues presque tranquilles. Depuis plus d'une heure il marchait sur les boulevards de la rue du Temple à la rue Poissonnière, et comme il n'avait pu mettre tout ce temps à faire ce trajet, il montait quelquefois les faubourgs , sans trop savoir quel chemin il prenait; mais bientôt il s'arrêtait, regardait autour de lui , marmottait entre ses dents: «Où diable vais-je par-là t...» puis redescendait sur les boulevards.