‹ Soeur Anne (volume 4)Chapitre 2 sur 246 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Le monsieur qui se promenait ainsi, pouvait avoir trente ans; il était d'une taille moyenne, et plutôt gras que maigre. Sa figure n'était ni laide ni belle, ses yeux un peu ronds, étaient trop saillans, et son nez, sans être aplati, n'avait ni la noblesse du grec ni le séduisant de l'aquilin. Ce monsieur avait en revanche ce que l'on appelle de la physionomie, et possédait le talent de rendre ses traits mobiles et de leur donner l'expression du sentiment qu'il voulait paraître éprouver : talent aussi précieux dans le monde qu'au théâtre, car on joue partout la comédie , et il existe à la cour, à la ville, dans les palais, dans les salons, dans les boudoirs et même dans les antichambres, des gens de la première force dans l'art de peindre ce qu'ils n'éprouvent pas.

Le costume de notre promeneur n'était ni recherché ni mesquin. Sa mise était celle d'un homme qui va dans le

monde; mais non pour y faire voir la coupe de son habit ou la couleur de son pantalon. Enfin sa tournure répondait à sa mise; elle n'annonçait aucune prétention. Vous me direz peut-être que ce n'est pas quand on se promène aussi tard dans les rues de Paris, que l'on se donne un air penché ou une démarche légère; j'aurai l'honneur de vous répondre que je vous fais le portrait de l'homme tel qu'il est habituellement, et que je n'ai pas attendu jusqu'à ce moment pour faire sa connaissance.

Maintenant que vous pouvez vous faire une idée de ce personnage, vous désirez peut-être savoir ce qui l'occupe sur les boulevards et pourquoi il se promène si tard au lieu de rentrer se coucher? Pour le savoir, écoulons -le se parler à lui-même; tout en marchant, les deux mains dans ses poches , et d'un air aussi tranquille que s'il n'était que huit heures du soir.

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