CHAPITRE PREMIER
Que fait-elle là? — La danse du village.
Les villageois sont éloignés- mais Frédéric est resté pensif dans l'allée de saules que les derniers rayons du soleil n'éclairent plus que faiblement. Il regarde toujours la petite , qui ne le voit pas , parce que ne pouvant plus apercevoir la danse, elle a laissé tomber sa tête sur sa poitrine et ne regarde que l'eau du ruisseau qui coule à ses pieds. Que voulaient dire ces paysannes par
ces mots : « C'est sœur Anne, pauvre
» petite ; elle ne Jause pas ! » Le
ton de pitié qui accompagnait ces paroles a frappé Frédéric. Les villageoises semblaient plaindre l'aimable enfant , et trouver tout naturel qu'elle ne prît aucune part aux plaisirs de ses compagnes.
Quels chagrins... quelles causes peuvent éloigner celte jolie fille des lieux où l'on se livre à la joie? Quoiqu'une douce mélancolie règne sur ses traits cbarmans , elle ne semble pas agitée par une peine récente ; elle paraît au contraire calme, tranquille ; elle sourit au ruisseau qui murmure devant elle, et son âme paraît aussi pure que cette eau qui réfléchit son image.
11 semble que quelque chose de mystérieux enveloppe cette jeune fille, el Frédéric brûle de percer ce mystère.
Tout ce qui touche sœur Anne ne lui est déjà plus indifférent.