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CHAPITRE II

Le comte de Montreville. — Soirée du grand monde.

Le comte de Montreville était , à l'époque où nous commençons à faire sa connaissance, un homme de soixante ans. Issu d'une famille noble et riche , il avait servi, s'était marié, avait pris sa retraite, et avait su échapper aux orages de la révolution.

Le comte était un petit homme maigre , dont la figure froide et sévère imposait le respect ; il ne manquait point d'esprit et n'était point entiché d'une

foule de préjugés ridicules que quelques vieillards voudraient remettre à la mode , comme les pauiers et les perruques à boudins. M. de Montreville n'était point de ces gens qui veulent reculer lorsque tous les autres avancent ; il suivait l'impulsion des temps , et sage, au milieu de bien des fous, ne blâmait que ceux qui, par exagération , intérêt personnel ou incapacité, troublaient l'eau d'un fleuve que tous les efforts des hommes ne sauraient empêcher de couler.

Mais le comte avait été élevé sévèrement par sou père. Habitué de bonne heure à l'obéissance, il voulut trouver la même soumission dans son fds. A six ans , le jeune Frédéric perdit sa mère. Le comte ne voulut point se remarier ; il avait un héritier de son nom, cela lui suffisait. Il plaça Frédéric dans un des premiers collèges de la capitale. A quatorze ans, le jeune comte , doué

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