‹ Soeur Anne (volume 4)Chapitre 18 sur 246 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

d*ùne rare intelligence, avait déjà remporte'' plusieurs prix. Cependant son éducation n'était point terminée; mais son père , craignant qu'à cet âge il ne formât quelque liaison pernicieuse , et pressé du désir de l'avoir près de lui, afin de l'accoutumer à la plus stricte obéissance , le retira du collège et lui donna un précepteur.

Le précepteur que le comte mit près de son fils, et avec lequel nous ferons plus tard ample connaissance , n'était ni un savant ni un homme d'esprit ; bien au contraire. Mais il était entièrement soumis à M. le comte, et n'aurait pas mené promener son élève sans en avoir préalablement demandé la permission à M. de Moutreville ; c'est pourquoi, malgré le peu d'étendue de son génie , il avait été placé près de Frédéric.

Le comte chérissait son fds , mais il eût été désespéré de lui laisser voir

toute sa tendresse; il aurait cru perdre de sa dignité et de ses droits au respect de Frédéric , s'il lui avait parlé avec la bonté d'un ami. Un père n est-il donc pas le premier ami que nous donne la nature;'? et le respect qne l'on lui porte devrait^ bannir la confiance et l'intimité ?

Frédéric aimait son père , mais il tremblait devant lui. Accoutumé dès l'enfance à ne point lui répliquer , à exécuter ces moindres volontés avec promptitude, il avait conservé en grandissant cette habitude d'obéissance passive, etcetle timidité qui, en sa présence, ne lui permettait pas de laisser franchement parler son cœur.

Cependant , il faut rendre justice au comte de Monlreville ; il n'abusait point de son pouvoir sur son fils. Lorsqu'il eut dix-huit ans , trouvant son éducation terminée, il renvoya le précepteur de Frédéric , et , faisaut venir le jeune

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