CHAPITRE VI. ' L
ïl respire plus librement en voyant partir Dubourg ; bientôt il entend les pas des chevaux qui emmènent ses deux compagnons. Alors , aussi content que Craies qui s'écria : « Je suis libre ! » après avoir jeté tout son argent à la mer, Frédéric se croyant plus libre désormais de se livrer à son amour pour la jeune muette, depuis qu'il s'est débarrassé de Dubourg et de Ménard, retourne à grands pas vers la chaumière. Frédéric ne voit que le présent; il ne raisonne pas!... mais il n'a que vingt- un ans, et il est passionnément amoureux.
Sœur Anne était tremblante dans le jardin; la vieille Marguerite reposait, et la petite pouvait, sans contrainte, se livrer aux sentimens qui l'animaient. La présence de ces deux hommes qui connaissaient Frédéric la jetait dans une inquiétude que chaque minute rendait plus vive. Vivre sans son ami
î4o SOEUR ANNE.
lui semblait maintenant impossible.
L'amour était l'existence pour cette ame de feu qui, dans le fond des bois, n'avait pas appris à maîtriser ses passions. Son cœur aimant avait volé audevant de celui qui lui avait dit : « Je t'aime. » Mais en se donnante lui, c'était pour toujours que sœur Anne s'engageait. Frédéric lui avait fait connaître le bonheur ; il avait ranimé son ame flétrie par le malheur; en voyant qu'elle peut plaire, une femme renaît à la vie. Que serait-elle à seize ans , s'il fallait renoncer à cet espoir ? Frédéric était tout pour elle; et jusqu'à ce moment l'amour lui avait semble' le bonheur sur la terre... mais il n'est pas de bonheur durable, surtout en amour.
A peine quelques jours de félicité viennent de s'écouler, et déjà la pauvre petite éprouve les peines que ce sentiment traîne à sa suite!...
Enlin Frédéric reparaît... elle ne