CHAPITRE VIII. 2ob
» oui , mon ami , » répond Ménard, auquel un coup de coude a rappelé qu'il ne devait plus être question de baron.
Dubourg écoutait: ce que l'on disait autour de lui. Mais la conversation était peu intéressante ; les marchands pariaient commerce ; quelques gens de la ville faisaieut des nouvelles ; et dans tout cela, Dubourg ne voyait pas quelque nouveau Charnberlin à éblouir. Il se promenait à grands pas dans la salle, faisant souner quelques gros sous qui emplissaient son gousset, et s'arrètant par moment devant Ménard pour lui offrir une prise de tabac 5 et Ménard , malgré sa tristesse , ne regardait jamais que très-respectueusement la tabatière qu'on lui présentait.
Tout-à-coup un petit monsieur d'une cinquantaine d'années, en habit cannelle, culotte verte, bottesàla hussarde, et coiffé d'une casquette dont la visière pouvait servir de parapluie , entre dans
2o6 SOEUR ANNE.
la salle d'un air aiïairé , et parlant trèshaut.
« Us ne viendront pas!... ils ne peu- » veDt pas venir !.... et voilà ma repré- » sentalion manquée.... Je suis désolé!
» j'en perds l'esprit ! »
Le petit homme se jette sur une chaise , et les gens de la ville et de l'auberge l'entourent.
a Comment , monsieur Floridor , »
dit la maîtresse de l'auberge , a vos ac- » teurs vous manquent ? — Il me man- » que les plus utiles, les plus impor- » tans ; le jeune premier et le père » noble. Deux talens marquans qui au- » raient complété ma troupe ! Le jeune » premier venait de Cambrai , où il a » joué pendant vingt ans les Colin et les » Elleviou ; c'est un talent charmant , » consommé. Je l'ai vu , il y a un mois, » jouer Sargine ou l'Elève de l'Amour , » parce que, depuis quelques années , » il a pris aussi les ingénus et les amou-