CHAPITRE VIII
coin de la salle, paraissant méditer quelque nouveau projet.
«Vraiment, c'est contrariant, »di( l'aubergiste, o j'avais fait faire une robe à » ma fille , pour la mener à la comé- » die... — Contrariant, dites-vous!...» reprend M. Floridor, en se démenant sur sa ebaise comme un possédé. «Mais » c'est désespérant !... Je donnerais cent' » francs pour pouvoir remplacer nies » deux acteurs , et cependant cent » francs c'est une somme... c'est une » recette pleine , mais c'est égal , je la » sacrifiées pour que mon spectacle » put ouvrir. »
Ces mots sont entendus de Dubourg , qui cependant se tient toujours à l'écart, et ne paraît pas faire attention à ce qu'on dit.
« Ah ! » dit un valet de l'auberge , « si
» je savais jouer la comédie !... Ça m'ar-
» rangerait ben de gagner cela. — J'a-
» vais engagé mes deux artistes pour
» un mois, moyennant soixante francs »'à chacun, dit M. Floridor, c'est un » peu cher, mais il faut bien payer le » talent. — Est-ec que vous ne pouvez » pas les remplacer?— Vt avec qui?...
» j'ai fait un tyran du perruquier , un » confident du compagnon menuisier, » qui a une voix superbe. J'ai décidé » Ja femme du garde champêtre à me » jouer les princesses, et j'ai fait une » ingénue de la veuve du tonnelier ; » c'est tout ce que j'ai pu trouver dans » la ville... mais ils vont bien, ils vont » comme des bijoux. Quant à moi, je » joue quand cela est nécessaire, mais » comme il faut aussi que je souffle , » je ne peux pas prendre des rôles de » longue haleine. J'avais déjà un petit » magasin de costumes très-bien four- » ni , trois habits espagnols, que ce » dernier danseur de corde a laissés en » paiement chez, le marchand de vin ; » une vieille robe d'avocat, pour faire