‹ Soeur Anne (volume 4)Chapitre 37 sur 246 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

» ne pas devoir être fâché de l'avoir » pour compagnon de voyage. M. Mé- » nard n'est point un pédant qui blâ- » mera vos plaisirs , c'est un homme » qui vous aime, mais qui saura, je l'es- » père , empêcher le fils du comte de » Montreville d'oublier ce qu'il se doit. » — Mais , mon père... — C'est assez; je » vais mander M. Ménard. S'il accepte, » comme je le pense , dès demain vous v pourrez vous mettre en route. »

Frédéric s'éloigne. 11 n'est pas fort content du choix de son père , quoiqu'il sache que M. Ménard est un fort bon homme ; mais il aurait préféré voyager avec Dubourg , dont la gaîté intarissable s'accorde fort bien avec son caractère sentimental ; ce qui paraît d'abord singulier et ce qui est pourtant très-commun : les petits hommes aiment les grandes femmes , et les petites femmes les beaux hommes. Les bavards aiment les gens

taciturnes ; les gourmands ne dînent bien qu'avec ceux qui ne le sont pas ; les forts s'allient aux faibles ; les hommes de génie recherchent les femmes qui s'occupent de leur ménage; les femmes - auteurs ont rarement pour mari des hommes d'esprit; les gens à prétention ne peuvent vivre qu'avec ceux qui n'en ont point ; les fripons ne recherchent que les honnêtes gens ; les femmes les plus tendres aiment souvent les hommes les plus foux , et le plus volage sera aimé par la plus fidèle. Enfin les libertins courent après l'innocence, et l'innocence se laisse souvent séduire par les mauvais sujets.

Les extrêmes se touchent , les contrastes se rapprochent , et c'est dans l'opposition des lumières et des ombres qu'un peintre trouve ses plus beaux effets.

« Eh bien ! >-> dit Dubourg , en apercevant Frédéric qui vient le trouver au

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