CHAPITRE III
» qu'avec la carte. — Je lui dirai que » j'ai fait le tour du monde. — Mais » il est flatté de se trouver avec des » personnes d'un certain rang. — Je » m'en donnerai un qui ne sera pas » mince. — Quel est donc ton pro- » jet? — Je te le répète, j'arrangerai «tout cela; va rejoindre ton père, » pars avec ton précepteur... ah! fais- » toi donner le plus d'argent possible, » parce que cela ne nuit jamais en » voyage; aie soin, seulement, de me a faire savoir l'heure de ton départ et » la route que tu prendras. »
Les deux jeunes gens se sont séparés ; Dubourg a indiqué à Frédéric l'endroit où il pourra lui faire savoir le moment de son départ , et l'a quitté sans vouloir lui donner d'autres détails sur son projet.
Laissons aller Frédéric et Dubourg, et sachons quel est ce M. Ménard, dont le jeune comte ne nous a donné qu'une
légère esquisse, et qu'il est nécessaire de connaître avant de voyager avec lui.
M. Ménard est un homme de cinquante ans, très-petit, très-gros et très-joufflu. Il a un double menton qui s'accorde assez bien avec un nez placé entre ses joues, comme un gros marron. Il a, comme M. Tartufe, les oreilles rouges et le teint fleuri. Son ventre commence à le gêner un peu, mais ses petites jambes, ornées de deux énormes mollets, paraissent de force à supporter encore une plus forte machine.
M. Ménard a passé presque toute sa vie à enseigner des jeunes gens; il en a conservé ces formes douces et bénignes qu'un précepteur du grand monde adopte toujours avec ses élèves. M. Ménard n'est point très-savant, mais il se fait gloire de ce qu'il sait, et n'est pas insensible aux éloircs. Son génie étroit s'est encore rétréci en ne s 'exerçant ja-