CHAPITRE I. I I
» Dès-lors je renonçai à la bureau- » cratie; je sentais dans mon cœur une » noble indépendance, un vif amour » de la liberté!... Je me mis donc à ne v » rien faire... état superbe et à la por- » tëe de tout le monde ; profession » charmante , quand elle est appuyée » d'inscriptions au grand-livre. Malheu- » reusement , je ne suis inscrit que sur » le grand- livre de mon tailleur , de » mon bottier et de mon traiteur. Je » suis orphelin ; mes parens ne m'ont » laissé que peu de chose, et ce peu de » chose ne pouvait durer long-temps , » surtout avec moi, qui ne suis ni avare, » ni économe , ni prévoyant, et qui ne » désire de l'argent que pour avoir le » plaisir de le dépenser. Mon père , » honnête breton , exerçait la méde- » cinej il aurait dû s'enrichir!... Pro- » bablement que de son temps il n'y » avait pas assez de fièvres , de rhumes » et de mauvais airs. Il ne m'a laissé
y qu'un nom fort respectable que , » malgré mes folies, je saurai toujours » faire respecter, parce qu'on peut être » mauvais sujet, mais honnête.
» Quand j'ai eu dépensé mou mo- » desle héritage, je me suis mis à phi- » iosopher : j'avais euvie d'écrire , » comme Sénèque , sur le mépris des » richesses!... Mais Sénèque avait une » fortune de quarante millions quand 3j il écrivait cela, il connaissait donc » mieux son sujet que moi , qui n'ai » pas le sou. Or, comme il faut tâcher » de ne parler que de ce que l'on con- » naît, je n'ai point parlé des richesses » que je ne connais pas.
» Heureusement il me reste dans le » foud de la Bretagne une vieille tante » qui ne s'est jamais mariée. La houue » femme n'a qu'une fortune assez médio- >-> cre, et pourtant elle n'a point aban- » donné son neveu!.. Il est vrai que je lui » ai écrit des lettres bien touchantes!..