CHAPITRE VI
» un homme ordinaire, mon cher Du- » bourg, dit Frédéric ; il y a tant de » personnes qui n'ont de Ja philoso- » phie que dans le bonheur , comme » ces poltrons qui vantent leur courage » lorsque le danger est passé. — Ger- » tainement , dit Ménard , je ne suis » point ambitieux et je sais me sou- » mettre aux circonstances ; mais je » trouve qu'il faut une grande force » d'àme pour renoncer sans peine à » une bonne table et à un bon lit.... , » et quand je parle d'un bon lit , je » n'entends pas un lit haut !... »
Cependant Dubourg s'aperçoit à l'issue du déjeuner que c'est M. Ménard qui paie la dépense. « Est-ce que tu » n'as pas la bourse de voyage? dit-il » bas à Frédéric. — Non , c'est à d Ménard que mon père a remis nos «fonds... — Diable! mais c'est fort d gênant...; quand il verra que je ne » paye jamais , que penserat-il ? —
l68 SOEUR ANNE.
» Pourquoi , quand tu t'es volé , as- » lu ajouté que tu avais encore quinze » mille francs dans ton porte-feuille?... » — Ah ! pourquoi, pourquoi !.. parce » que j'ai voulu faire le seigneur... et » ne pas laisser supposer à ton com- » pagnon que tu payerais pour moi.
» — Je n'ose demander les fonds à » Ménard.... , je craindrais de le bles- »ser... — Sois tranquille..., je me » charge de les lui faire donner volon- » tairement... — Comment ?... — Tu » le verras. — Quand tu tiendras la » caisse , ne va pas trop faire le sei- » gneur , songe que nous n'avons que » cela pour long-temps ! — Est-ce que » tu me crois encore étourdi et joueur » comme à Paris? .... non , mon cher » Frédéric , je suis trop content de a voyager avec toi pour faire des folies, » je te répète que je serai Mentor .se- » coud. — Oui , ton histoire dans L'é- » table est un très-joli commence-