II
accompagnait ces paroles a frappe' Fréde'ric. Les villageoises semblaient plaindre l'aimable enfant, et trouver tout naturel qu'elle ne prît aucune part aux plaisirs de ses compagnes.
Quels cbagrins... quelles causes peuvent e'ioigner cette jolie fîlle des lieux où l'on se livre à la joie? Quoiqu'une douce mélancolie règne sur ses traits cbarmans , elle ne semble pas agitée par une peine re'cente ; elle paraît au contraire calme , tranquille ; elle sourit au ruisseau qui murmure devant elle , et son ame paraît aussi pure que cette eau qui re'flëchit son image.
Il semble que quelque chose de myste'rieux enveloppe cette jeune fille, et Fre'déric brûle de percer ce mystère. Tout ce qui touche sœur Anne ne lui est déjà plus indiffèrent.
Il s'avance bien doucement... il est tout près d'elle , et elle n'a pas levé les yeux. u Eh quoi ! )> lui dit Frédéric d'une voix émue, »( vous n'imitez pas vos compagnes... » On danse à quelques pas de vous...
î» et vous restez seule dans cet endroit » e'carté ! >>
A la voix de Frédéric, la jeune fille a tourné la tête et fait un mouvement d'effroi ; mais bientôt, rassurée par le ton doux de celui qui lui parle , elle se calme , et se contente de se lever et de quitter les bords du ruisseau.
« Auriez- vous quelque peine , quelque » chagrin profond?... Si jeune!... con- » naîtriez-vous déjà le malheur? Ah! s'il :> était en mon pouvoir d'alléger vos souf- » frances, que je me trouverais heureux!..»
La jeune fille jette sur Frédéric un regard où se peignaient à la fois la tristesse et la reconnaissance. Elle fixe un moment ses beaux yeux sur les siens , puis , lui faisant une gracieuse révérence , elle se dispose à s'éloigner... Il la retient doucement par la main. Elle semble étonnée... effrayée même ; elle retire sa main de celle du jeune homme qui la pressait déjà.
« Vous vous éloignez , dit Frédéric , vous » partez, et sans me répondre!... sans » daigner me dire un mot... »
Les yeux de la jeune fille deviennent plus expressifs, un sentiment de douleur indicible semble alors les animer ; bientôt des larmes les remplissent et coulent sur ses joues à peine colore'es.
«t Grand Dieu! vous pleurez!... en se- » rais-je la cause!... » s'e'crie Fréde'ric , en saisissant de nouveau la main de la pauvre enfant ; celle-ci semble lui faire signe que ce n'est pas sa faute. Un le'ger sourire perce . sous ses larmes; mais dégageant de nouveau sa main , elle gagne l'épaisseur du bois , et aussi le'gère que la biche , disparaît bientôt aux regards de Frédéric.
Il a fait quelques pas pour la suivre... mais déjà il fait nuit, et il ne voit plus de quel côté elle a pris. Il revient sur les bords du ruisseau et s'arrête à la place qu'elle occupait.
Frédéric ne peut encore se rendre comjîte de ce qu'il éprouve ; mais il a pour cette jeune fille un sentiment bien plus tendre, bien plus vif, et cependant bien plus doux que tous ceux qu'il a éprouvés jusqu'alors.