‹ Soeur AnneChapitre 14 sur 26 · AN5E · texte numérisé non relu

AN5E

La nuit vient ; un énorme bol de punch est apporté , ainsi qu'une assiette surchargée de gâteaux. Ces messieurs se mettent au jeu en buvant, et boivent souvent pour ne pas s'endormir, ce qui au contraire les endort un peu plus vite. Après avoir bu chacun près d'un demi-bol, et avalé une demi-douzaine de tartes et de brioches , ils tombent la tête sur la table. Dubourg en disant : « Je suis capot ; » Ménard en ajoutant ; « Sur table, M. le baron, h

Ils s'éveillent au point du jour , fort mécontens de s'être endormis ; mais enfin Frédéric ne doit pas encore être sorti , et ils vont le voir. Dubourg crie , appelle , on ne répond pas ; il descend dans la cour et s'informe de son ami. «i II n'est pas rentré » cette nuit , répond le valet d'écurie. — M Pas rentré ! s'écrie Dubourg , tu en es » certain? — Oh! oui, monsieur! ni lui, ni 1) le cheval. — Diable, dit Dubourg, cela dei> vient inquiétant... ne pas revenir depuis M hier... c'est bien singulier. »

11 monte apprendre cette nouvelle à

M. Mënard ; et celui-ci, après avoir re'fle'chi un quart-d'heure , finit par dire : « Que )) pensez-vous de cela, M. le baron? — Eh ! 3> morbleu, c'est à vous que je le demande, 3> M. Méuard ! — Je n'ose rien préjuger , 3) M. le baron... voilà mon avis. — Il ressem- » ble beaucoup à celui de Bridoison. »

On passe la journe'e à attendre Fre'déric, qui ne revient pas. Dubourg est inquiet de son ami ; Me'nard tremble pour son élève, et l'aubergiste serait fort en peine de son cheval , s'il n'avait la voiture pour répondant.

Le lendemain, dès le point du jour, Dubourg se présente devant Ménard, le chapeau sur la tête , et dit : u Allons , il faut 3> retrouver Frédéric... — Trouvons-le, M. le )> baron. — Pour le trouver il faut le cher- )» cher. — C'est ce que je pensais , M. le 3) baron. — Cela ne vous empêchait pas de » rester fort tranquillement dans votre lit. n — J'attendais votre avis ultérieur. — Mon 3» avis est que nous nous mettions en route 3> sur-le-champ.Cejeune homme a une tour-

» nure et une figure assez remarquables » pour qu'on nous indique le chemin qu'il

» a pris ; il ne peut pas être perdu ! — Il

» faut l'espe'rer... car que me dirait M. le

» comte son père? — Levez-vous donc,

» et venez avec moi. »

Me'nard s'habille, de'jeûne et suit Dubourg , qui fait mettre des selles à deux vieux chevaux de labour , que l'aubergiste ne donne qu'en murmurant , parce que la dépense de ces messieurs commence à dépasser la valeur de leur voiture. Enfin ils sont montés à cheval ; Ménard prévient son compagnon qu'il ne va qu'au pas , et Dubourg lui répond que , lorsqu'on fait des perquisitions , ou ne va pas vite.

Ils s'informent , en sortant de l'auberge, de la route que prenait Frédéric , on la leur indique. Tout le long du chemin on a remarqué le jeune voyageur qui passait chaque matin , en faisant aller son cheval le plus grand train possible , et qui revenait le soir tout doucement Dubourg et son compagnon acquièrent bientôt la certi-

tude que c'est à Vizille que Fre'de'ric se rendait tous les jours.

«c Que va-t-il faire là? dit Dubourg. — » Il y aura trouvé quelque site inte'ressaut. » — Je crois plutôt que c'est une figure inté- 3» ressante. — Quoi , monsieur le baron , » vous penseriez?... — Oui, sans doute; » Frédéric n'est pas assez fou pour ne con- » tenipler que des arbres et des montagnes ; 5) il cherchait un cœur qui sympathisât » avec le sien , une ame aimante comme la )» sienne , enfin une femme qui lui plût ; » et qui sait s'il n'a pas trouvé quelque « jeune paysanne bien simple, bien naïve, î) qui lui a tourné la tête?... — Je gage, 3> moi , qu'il est encore allé admirer la 3» Chartreuse. — Monsieur Ménard , songez 3) que Frédéric n'a que vingt-et un ans. — 3> monsieur le baron , rappelez-vous que 3) les femmes l'ont déjà trompé, et qu'il est 3) parti de Paris pour les fuir! — Est-ce )) une raison pour ne plus les aimer? D'ail- » leurs , monsieur Ménard , quand on fuit » quelque chose , c'est qu'on sent bien

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