AUNE
Le pauvre Me'nard ne répond rien : il est confondu en apprenant que celui qu'il a cru un seigneur polonais n'a fait que se moquer de lui depuis qu'ils voyagent ensemble. Le comte de Montreville met fin aux propos de l'aubergiste en lui payant ce qu'il demande. Les voyageurs couchent à Grenoble , et l'intention du comte est de se rendre le lendemain avec Me'nard à l'endroit où celui-ci dit avoir laissé Fre'de'ric.
Mais le lendemain matin, à l'instant où le comte se disposait à partir, Me'nard fait un cri (Je joie en disant : « Le voilà , monsieur )» le comte.... La brebis retourne au bercail, » l'enfant revient près de son père. . . Tuons » le veau gras , voici votre fils ! »
C'était en effet Frédéric qui entrait à l'auberge, mais qui était bien loin de se douter qu'il allait y trouver son père.
Le comte descend vivement , suivi de Ménard , il s'approche de son fils , d'un air sévère, et le jeune homme baisse les yeux et paraît interdit en se trouvant devant lui.
«' Je vous retrouve enfin, monsieur, lai » dit le comte, j'ai su de vos nouvelles,... » j'ai vu votre compagnon de plaisir ; j'ai » appris que c'était dans un bois, dans un » misérable village que vous borniez le cours » de vos voyages, dans lesquels vous jugez » sans doute avoir acquis assez de connais- » sances ; mais je m'abstiendrai de vous » faire aucun reproche , j'en mériterais n moi-même pour vous avoir donne' un » compagnon tel que monsieur. Oublions » tout cela et partons. »
Ces derniers mots ont retenti jusqu'au cceur de Frédéric , qui avait supporté avec courage les reproches de son père ; il se trouble , paraît accablé , porte ses regards derrière lui , et balbutie quelques mots pour demander au comte un jour ou deux de retard, mais celui-ci feint de ne pas l'entendre et lui répète d'une voix sévère : «' Mon fils , je vous attends. ,»
La voiture est prête , comment faire?... comment désobéir à son père? Frédéric est tremblant... il hésite encore ,... mais le
comte va le prendre par la main et l'entraîne vers la voiture, sans qu'il ose résister. Il n'a pas eu le temps de la re'flexion , et déjà les chevaux l'emportent loin de Grenoble. Il avance sa tête pour regarder du côté de Vizille , il pousse un profond soupir... ses yeux se mouillent de larmes en songeant à sœur Anne , et il se dit à chaque instant : « Pauvre petite , que va- 5» t-elle penser? »