‹ Soeur AnneChapitre 4 sur 26 · II · texte numérisé non relu

II

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rent d'abord une fille , la petite Anne., de'jà jolie comme sa mère... d'ailleurs vous l'avez vue, monsieur.

Quatre ans après , ils eurent un autre enfant 5 ce fut un garçon , et les parens en furent bien contens , et la petite fille ne quittait plus un instant son jeune frère. Mais bientôt les pauvres gens e'prouvèrent tout plein de malheurs : un orage dévasta leur cliamp... ils perdirent leur re'colte; la pauvre Clotilde devint malade ! Alors son mari, pour secourir sa femme et ses enfans, ne vit pas d'autre parti à prendre que de s'engager. Il se vendit , donna tout l'argent à Clotilde , et partit en lui disant : «t Veille )> bien sur nos pauvres enfans. »

La douleur de voir son mari s'e'loigner rendit long-temps Clotilde incapable de rien faire , et , pendant ce temps , la petite Anne donnait tousses soins à son jeune frère, qu'elle aimait de toute son ame ; sa mère lui répe'tait souvent : u Veille bien sur ton )> frère... he'las! peut-être bientôt n'aura-t-il î> que toi pour appui ! 1»

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Une année s'e'coula. Le mari de Clotilde lui e'crivait d'abord fi-e'quemment; mais tout d'un coup les lettres cessèrent, et l'on s'e'tait battu... car , dans ce temps-là , on se battait souvent !

Le mari de la pauvre Clotilde avait été tué. On en reçut la nouvelle dans le pays , mais personne n'eut le courage de la lui annoncer , et Clotilde attendait encore des nouvelles de son époux , lorsque depuis long-temps il avait cessé d'exister!

La pauvre femme se rendait chaque jour sur le haut d'une montagne d'où l'on découvrait bien loin la route de la ville ; c'était par-là qu'elle espérait voir revenir son mari. Souvent elle passait des journées entières assise au pied d'un arbre , les yeux tournés vers ce chemin sur lequel elle avait aperçu son bien-aimé pour la dernière fois.

Quand on voyait Clotilde là , on essayait de la consoler : on lui parlait de ses enfans, mais elle répondait tristement : « Anne est î) auprès de son frère , elle ne le quitte

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» pas , elle sera pour lui une seconde » mère. >

En effet , la jeune fille qui n'avait encore que sept ans , e'tonnait déjà tout le village par son intelligence et sa tendresse pour son frère. Le pauvre petit ne voyait qu'elle une grande partie de la journe'e , mais il ne manquait de rien. Sa sœur Anne le soignait , le berçait , le caressait , s'étudiait à pre'venir ses moindres désirs ; aussi, le nom de sœur Anne fut le premier que l'enfant balbutia ; et ce nom , tout le monde le lui donnait alors dans le village , en la citant comme un modèle de tendresse fraternelle : il lui est reste' depuis.

Un jour, Clotilde e'tait , suivant sa coutume , sortie pour se rendre à sa place habituelle , et sœur Anne était seule avec son frère dans sa chaumière. A l'heure où leur mère revenait ordinairement, les enfans ne la revirent pas. Le petit garçon continuait de jouer auprès de sa sœur , mais de'jà celle-ci regardait avec inquiétude dans la campagne et répétait à chaque instant : u maman ne revient pas! »

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La nuit parut , et Clotilde n'était pas de retour. Si Anne avait e'té seule , elle aurait couru dans le village , dans les environs , s'informer de sa mère ; mais quitter son frère!... cela lui était impossible, c'était un trésor qu'on lui avait confié , elle ne concevait pas la pensée de s'en séparer un instant.

La pauvre enfant se décide à coucher son frère qui , âgé alors de trois ans , avait besoin de repos , et à veiller à côté de son lit en attendant le retour de leur mère. Le temps s'écoulait; chaque minute redoublait la peine de la jeune fille ; sa poitrine se gonflait ; de grosses larmes tombaient de ses yeux , et elle répétait encore : «. maman ne î> revient pas... ô mon Dieu! nous auraitî> elle abandonnés !»

Pour redoubler sa souflrance, un orage affreux éclate sur le village. Le tonnerre gronde avec fracas; sœur Anne en avait très-peur, elle se fourrait la tête sur le berceau de son petit frère et appelait sa mère à son secours.

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