INTRODUCTION
La Communauté des Sœurs aveugles de Saint- Paul y qui est encore presque ignorée, mérite cependant d'être connue.
L'étude des congrégations religieuses de notre époque, au point de vue psychologique et social, serait déjà très attachante, puisqu'elle ferait inventorier, analyser beaucoup des besoins du temps présent : aspirations des âmes qui se donnent, indigences matérielles ou morales bien diverses, certes, de ceux qui reçoivent. Mais l'intérêt ne s'accroît-il pas encore lorsqu'il s'agit de religieuses placées physiquement dans des conditions aussi spéciales que celles créées par la cécité?...
Dans cette Communauté, toutes les religieuses ne sont pas aveugles ou menacées de le devenir : non, il y a beaucoup de sœurs clairvoyantes;
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néanmoins la dénomination « Sœurs aveugles de Saint-Paul » a été donnée à la congrégation afin de bien marquer qu'elle est instituée pour les aveugles et que la cécité y est vraiment chez elle. Avant de pénétrer dans le couvent, avant de dire l'origine, le but, l'organisation, l'action charitable, l'avenir de cette congrégation, sans oublier d'examiner quelle peut bien être, chez les jeunes filles aveugles, la nature de la vocation religieuse et, chez les clairvoyantes, le genre d'abnégation qu'il faut pour vivre au sein de la cécité, il me semble indispensable de parler assez longuement, fort longuement même, de la femme aveugle. Il faut montrer les impressions qu'elle éprouve au contact des choses et des gens, chercher quel peut être son rôle au foyer: active, utile, peut-elle l'être?... peut-elle aimer et être aimée?... enfin, matériellement et moralement, quelle est sa part de vie dans la vie? Autant de questions qui, bien que préliminaires, exigent cependant de grands développements, étant donné combien peu l'on se rend compte des vraies conditions physiques et morales où se trouvent les aveugles. Dans la première partie de ce livre, j'ai donc essayé d'indiquer les impressions, la manière d'être, de
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sentir, d'agir de la femme aveugle; j'ai cité le plus possible des aveugles elles-mêmes, afin qu'on pût juger de la sincérité des impressions dont je parle. Afin de montrer que le « contact des aveugles avec la nature » n'est pas chimérique, puisque ces perceptions, ces impressions que je leur attribue, tel écrivain apprécié les a éprouvées, exprimées et, les exprimant, a été compris, j'ai largement cité aussi des écrivains de tous genres qui, sans qu'on y prenne garde, ont exprimé des impressions purement auditives ou tactiles. C'est donc très intentionnellement que, dans ce livre, j'ai multiplié les emprunts, sans ignorer les inconvénients qui en résultent. J'ajouterai que de jolies pages sont, il me semble, toujours agréables à retrouver, et si je devais à celles-ci qu'on lût jusqu'au bout ce volume, mon industrie, il faut l'avouer, ne serait point critiquable.
Tel qu'il est, ce modeste livre, malgré son défaut de cohésion (pour ne pas parler des autres), m'a semblé, par la nature du sujet, pouvoir intéresser les amateurs de psychologie et les amis des œuvres charitables.