‹ Soir d'automneChapitre 4 sur 4 · LA MUSE · texte numérisé non relu

LA MUSE

O pauvro cœur martyr, pauvre cœur de poëte, C'est le cri des hauts lieux, c’est l'appel idéal ! Tu veux donner l'essor à ton âme inquiète, Tu veux voir l'infini comme le vit Fébal,

Y courir, y plongor, ot cumino une comèto, Promenant partout ton ardeur; Marchor toujours, voler sans cosse à lu conquete Des cieux ot de la profondour,

Tu lèvre rosto close à l'abrouvoir immonde ; Tu rotiros ton cœur de la tourbe du mondo, Et ton rogard ost las de la clarté du jour.

Ton bras est fatigué de retourner la sonde, Tu songes au rivage où la vordure abonde Au sourire clément d'un benu soloil d'amour.

Enfant, quand la forêt aux jours pâles d'automne Balance lentemont son sommet ompourpré, Qu'elle laisse flottor son mantoan qui rayonno Au vont qui le déploio ot le ploio à son gré ;

Lorsque le chêne éclate en célestes murmuros

Qui vont se pordre au loin sous les ddmos mouvants, Qu'on écouto, penché, sous les brunes ramuros

Cos tristes voix d'amour qui pleurent dans les vents ; Lorsque, comme uno reine à la mort condamnéo,

La nature 86 fait belle. pour,son trépas,

Et qu'on la voit encor touchanie et résignée S’efforcer de sourire aux choses d’ici-bas ;

mo 17 —

Le vont soudain s'élève ! et partout dans la plaine Volent par tourbillons les larges fouilles d'or ;

La pourpre so déchire on lambeaux st se traine, Lo fouillage s'envole en poussière du chène— Puis tout a disparu de co brillant décor.

Los murmures confus ne se font plus cutendre ;

Lo silonce descend trisie comme l'oubli ; [dre, Plus de rayons plongeants, plus de voix douce et ten- Mais à la branche noire on voit tristement pendre Un pauvre nid brisé d'où les oiscaux ont fui.

C'est ainsi que ton âme, enfant, se faisait belle De la couronne d'or de ses illusions.

La nature t'offrait une fète éternelle,

Et ton cœur ressemblait à la mer de Cybèle Quand sur ses flots vermeils passent les aleyons.

Comme oux les doux peusers, la tendre rêverie Se venaient reposer sur ta jeune âme en fleur, Et tout écho des bois, toute voix attendrio Ressortait plus sonore en passant par ton cœur,

Comme une fleur dont la corolle est pleine,

Attendant que s’élève un soufile dans la plaine

Qui la fasse pencher pour verser son odeur;

Ainsi tu n’attendais d’un être qui réspire

Qu’an signe de la main pour'accorder ta lyre Et chanter ton bonheur.

Dans tos veines lu vie, en ondes magnifiques, Cireulant librement, courait avec ardeur ;

La gloire to disait ses paroles magiques

Qui font monter au front les ivresses du cœur,

L'aurore te plongeait dans une longue extaso ;

Tu trouvais trop étroit le champ de l'avenir ;

Et ton cœur était plein jusqu'au bord comme un vase D'où coulent des parfums qu'il ne peut contenir,

Pais tu te fatiguas de ces faveurs suprèmes ;

Tes yeux baissés erraient sur le bord du chemin, Tes rêves s’enfuyaient décolorés et blèmes,

Et tu laissas un jour choir ton luth de ta main.

Tu ne remontes plus aux hauteurs de la joie ; Jamais l'enthousiasme, ainsi que sur sa proie, Vainqueur, ne font sur toi pour t’'emporter au cicl. Les flottantes ardeurs de ton cœur sans constance Poursuivent au hasard un rêve de démence,

Et tu laisses mourir la flamme sur l'autel,

Mais sache-le, Poëte, on m'appelle la Grâce ; Je sais toucher les cœurs et ne les force pas. A la porte parfois je frappe, et puis je passe, Et trop souvent le vent efface Jusqu'au vestiso de mes pas.

Quelquofois, cependant, avec sollicitudo Je veille auprès du poëte rêvour ; Je lo suis dans la solitude Où je parlo mieux à son cœur,

Quand je le vois fléchir sous un poids qui l'écraso, Qu'un désir infini revient lo tourmentor,

Qu'il sent courir en lui comme un feu qui l’embrase, Préludant de ma voix je lui dis de chanter,

La musique toujours pacific et console,

Elle repose l'âme et l'émout à la fois ;

Sur son aile souvent la tristesse s'envole,

Et l'on croit au bonheur en entendant sa voix,

Mais un jour près de lui le Maitre me rappelle,

M'approchant du poëte et sur lui m’inelinant,

Je revêts d’un rayon de la gloire immortelle

Son front tantôt pâli qui brûle maintenant ; Et la pauvre muse infidèle,

À la brise d’en haut déployant sa grande aile, Laisse son poëte en pleurant.

Mu ne veux pas chanter l’eternelle nature Parcequ'une clameur couvre sa faible voix ?

Tu ne veux pas mêler ton triste et doux murmure Au refrain des lacs bleus, à l’écho des grands bois ?

Tu no veux admirer qu'une image enchéo

Au dorniot ropli de ton cœur, Prossor sur ta poitrine uno fouille ürrachée Qu'à ta porte uno nuit conduisit le malihour ?

Ft parceque ton cœur « soif de sacrifice,

Ta veux toujours puisor dans col amor calice Dos cspoirs immolés ?

Boire en socret les larmes solitaires,

Et remucr les dépouilles trop chères Des rèvos cnvolés ?

Déduignaut l'univers; augusto sanctuaire Où Dicu t’avait mis pour prier;

Riant de l'autel où, victime volontaire, Tu devrais te sacrifier ;

Raillant les murs croulants du temple séculaire Dont tu devrais êtro un pilier,

Tu ris de la ruine et ton âme sommeéille ; Et sans voir la plaine vormeille Où le Seigneur va se lover,

A tout propos d'espoir tu détournes l’orcille : Tu veux dormir, tu veux rêver,

J'ai dit quel ost mon nom: je m'appelle la Grâce. Je console un moment, puis je remonte à Dieu,

Et copoudant, lu tompèle s'umanso La-bus à l'horison on fou !

Et cepondant il faut que l'épreuve so fusso,

ÎL faut quo la donlour ot to nouo ct t'enluco,

11 faudra tôt on tard que ton aiglo t'ombrasse, Et je sorai Join dans nn antro licu,

Si tu L'éveilles à cotte houre Do ton rève de volupté, Où ton ange qui souffre ot pleure Dans son ciel sera remonté, Dis moi, qui soutiendra ton âme ?

Qui saura L'abrouvor d'ospoir ?

Qui vorsora l'huile à la flamme, Qui lavora les taches du miroir ?

Qui te rendra ta lyre d'harmonie Qui se sera briséo on chantant les faux dicux ? Qui baiscra ton front aux heures d’insomnic, Et quelle autre pourra donner à-ton génie Et l’éclat de la foudre et la splendeur des cicux ?

Réveille-toi, Lyre! le clairon sonne!

Les archanges chantent on chœur !

Des quatre coins la voix court ct résonne, Et la terre créée ontonne Le grand hymne du Créateur.

Le Soigrneur ost jaloux du dieu dos corybautes,

Jaloux dos faux autels et jaloux du néant.

Il veut, à cœur muet, qu’à sa gloire tu chantes,

Que touto corde vibre au divin instrument. ‘

Il ost jaloux de l'or, jaloux des dieux d'argile

Qui dérobent sa gloire ot l’adoration ;

Il appelle la mor ot le rosoau fragile,

La colline ot la nuo, et l'ombre ct le rayon,

Tout ce qui souffre ou lait, bondit, voltige, oscillo, Au chant de la création !

La voix du monde est horrible ot blasphème ?

Poëte, alors, plus haut! fais résonner plus fort Ta lyre qui s'endort !

Couvre de tos accents le cri de l’anathème,

Etouffe lours clameurs dans un sublime accord,

£t que l'hymne de vie alterne au chant de mort!

° Si leur voix te jette l’injure, Si leur rage te mord au flanc, Chante ! laisse couler cetto sainte blessure Afin qu'ils lavent leur souillure Dans les flots chastes de ton sang.

O sois tout charité, tout parfum, tout prière !

Laisse blémir encor lour cynisme hardi ;

Sois beau commo un rosier sous sa flour printannière, Comme une vigne d'Engaddi.

ue CORRE

de LS

Qu'importo si le vout soutllo quand ta main sème, Et disporsoe le grain dans l'air ?

Qu'importe si l'angoisse a fait sur ton front Lblème Peser sa lourde main de fer ?

Qu'importe si parfois tu ploures sur la vie, Si ton cœur manque d'air dans sa froide prison ? Si ton nom est en butte à la haine et l'envie,

Si l'arbre a passé floraison ?

Les larmes sont la divine rosée Qui rend jeune ot fécond l’immobile désert.

Le parfum se répand d'une plante brisée, Sous le flot en fureur la perle est déposée : Pour venir au repos il faut avoir souffert.

11 faut avoir tendu, pâle, ses mains tremblantes En appelant tout bas lo rêve tant aimé,

Il faut avoir baigné dans des larmes brülantos Son cœur qui rajeunit plus tendre et parfamé ;

IT faut avoir subi dos angoisses sans nombro,

S’êtro senti broyer sous la main du malheur; Comm il faut au couchant la nue épaisse ct sombre Que lo soleil colore ct revêt de splendeur.

Tious-toi toujours tourné du côté de l'aurore : C'est de là que nous vient l'espérance, ct l'amour.

Vois-tu commo déjà l'horison se coloro ?

Il n'ost si longno nuit que no suive lo jour.

Il n'ost si dure peine ici-bas qu'on ne puisse S'en dépouillor un jour ainsi quo d'nn mantoau. Pour l'homme la douleur est nn sillon propice : La mort continuera l'œuvre germinairice, Et tu vorras plus tard flourir le sacrifice

De l'autre côté dun tomboan.

Et riche de tos plours, plus fort de ta souflrance,

Pour le dernier sommoil tu pourras t'endormir ;

Tu fermoras lus youx pour micux voir l'espérance, Et cesser de mourir.

«te =, is

Toute chose a son terme ; Tout incurt, mais non pas sans retour.

Et la fleur qui tombe, renferme La graine qui se brise et germe

Pour refleurir un jour.

Tout se courbo et se peuche, Mais pour so relever, Un soufile rcdresse la branche ; Un jour ton âme libre et blanche Elle aussi pourra s'envoler,

Québec, 10 février 1881.

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