‹ Soirées à CorbeilChapitre 36 sur 59 · PAUL DE8VER8INS · texte numérisé non relu

PAUL DE8VER8INS

Pauvre femme! comme tu t'abuses!.... Tu me fais à ton image pour exiger de moi tes vertus; mais cette comparaison t'humilie, et tu n'es pas du limon de Paul. Je n'ai pas le secret de tes élans; je reste malgré toi le dernier des hommes.

MADAME HERVEV.

C'est n'est pas vrai, Paul ! et ton désespoir te calomnie. Pour avoir fléchi, je ne te crois pas tombé; la sainteté de ton àme éclate dans la violence de tes remords. Oh, je te le dis

LU BIVX HABIB.

avec orgueil! même lorsque je n'opposais plus à ton délire que les protestations de ma conscience, le seul accent delà franchise , dont Fécho retentissait dans ton cœur, suffisait pour te désarmer; et, lorsque tant d'autres blasphèment la vérité pour éblouir la raison de leur tristes victimes, toi, tu n*as jamais voulu ternir ton Henriette d'un mensonge. Jamais une lâche excuse n'est venue sur tes lèvres, même lorsque le feu de nos lèvres nous consumait, et le mal nous a toujours paru mal. Tu n'as pas voulu me donner le change par de fausses maximes; nos passions ont redouté cet avilissement. Nous sommes restés justes et implacables contre nous, au lieu de nous endormir dans Topprobre et de nous y plaire. Non, Paul ! nous ne pouvons pas nous mettre au niveau de ces gens qui nous entourent et dont les mœurs se révèlent à notre mépris comme un salutaire avertissement!... Paul, notre mépris ne ment pas ! Le sentiment qui nous anime ne saurait accepter l'ignominie de la comparaison. Notre honte serait leur joie, leur bonheur serait notre supplice. Entre la fraternité que je t'offre et la leur, choisis!...

PAUL DESYSEsiNS, éperdu, Henriette ! . • . Henriette ! . . .

MADAME HSRYEY, OVCC élan.

Et vois!... Je ne te parle que de nous. — Que serait-ce donc si je te parlais d'Adolphe ! — Paul, ne fait-on mourir que par le poison et le meurtre ?..• Avons-nous le droit de tuer notre meilleur ami dans son caractère public, et par les chagrins de sa vie privée?... Mais sais-tu bien, mon ami, que nous sommes sous les regards de tous; que le feu de la jeunesse éclate dans tes yeux et dans mon caractère ; que les révolutions de ton esprit et du mien s'expliquent par notre téte-à-téte étemel!... De quel œil voit-on ces mésintelligences inséparables des privilèges que nous nous donnons Fun sur l'autre de jour en jour? Les élémens d'un éclat funeste se rassemblent autour de nous , et nous ne sommes pas seuls à les braver. Avons -nous le droit d'exposer Adolphe à ce malheur?.... Ignorons-nous, mon ami, que les âmes affectueuses dépérissent des plaies qu'elles ne montrent pas et qui saignent en dedans? Combattons une passion par une autre. Soyons 1 12

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capables d'un sacriGce pour notre meillenr ami... — Qui nous dit qu'Adolphe, témoin pur et compatissant des combats où notre honneur est à Tëpreuve , et trop fier de son double choix pour aller au-devant du dernier soupçon, ne croie pas vis-à-vis de nous au seul mérite de la confiance? — Restons-en dignes, Paul ! et notre salut sera le sien. — Et pourquoi te le taire ! — Oh ! pour se trouver à même de comprendre tout ce qu'il y a de lâche et d'hostile dans ce monde, il faut être femme!... Sous le prétexte de ces familiarités d'esprit que l'impertinence commune autorise, des gens, associés par la haine, me criblent de traits dont la piqûre s'envenime ; car les mœurs de ces gens-là séjour^ nent au fond de chaque plaie. Tu ne sais pas quelle animosité noire chacun d'eux apporte dans cette guerre à coups d'épingles, comme s'ils voulaient me punir de garder la réserve et mon secret auprès d'eux, et de comprendre que , malgré la perte de ma propre estime, je me suis pas encore à leur niveau. — Paul, mon cher Paul ! il faut pourtant que je te le dise!.... Ces monstres empoisonnent jusqu'au plus grand bonheur de ma vie; ce-

Digiti

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lui d'être mère!... — Et cependant, Paul, si quelqu'un doit savoir jusqu'à quel point je suis irréprochable devant les hommes, c'est toi. — {Elie se laisse tomber entre les bras de Paul Desversins,) Oh \ sois mon frère et mon ami; rends-moi l'honneur et la paix, tu me le dois. Je ne quitte pas tes g;enoux, Paul, que tu ne me Taies promis par serment!... PAUL DESVERSINS, avcc la plus grande agitation.

Henriette ! tout ce que tu me dis est affreux ! ... Tu croîs à mon serment ?. . . Donnemoi donc la force d'y croire ! — Laisse-moi ! laisse-moi !... Je te jure tout ce que tu veux.

MADAME HERVET.

Oh ! mon Dieu, mon Dieu !.. je n'ai jamais désespère ! voilà ma récompense. . . ( Elle l'embrasse frénétiquement,) — Paul, mon digne ami, ne détourne pas les yeux ! Regarde-moi comme je te regarde ! ... Tu redeviendras près de nous ce que tu devais toujours être, gai, brillant, heureux !.... Tes travaux abandonnés, tu les reprendras. Ma fierté sera de me dire que ton inspiration s'est fortifiée dans cette épreuve oiî notre estime aura grandi.

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et je m'honorerai de tous tes triomphes. Que rinimité s'essaye après cela contre moi!... Je ne serais plus une femme coupable et désarmée par sa faute; je ne baisserai plus lâchement le front; ce feuillet de ma vie en sera la gloire. Oh, mon Paul ! c'est par les déchiremens que les affections profondes s'enracinent; de même que nos enfans, mon ami ! nous sont chers dès la première douleur qu'ils nous causent.

( Lénard escalade toat doucement le Imlcon. )

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