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DE LA NATURE ET DE LA NECESSITE DES SACREMENTS

Qu'est-ce qu'un sacrement ? — Un sacrement est un signe sensible et efficace de la grâce, institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ pour nous sanctifier.

Qu'est-ce qu'un signe? — C'est ce qui indique une chose, comme la fumée est le signe du feu. — Y a-til beaucoup de signes dans le monde ? — Toutes les créatures sont des signes, puisque dans tous les objets il y a deux choses, la forme extérieure, qu'on peut appeler le signe, et la substance ou l'objet, c'està-dire la chose signifiée. — Les mots ne sont-ils pas aussi des signes ? — Oui, puisque chaque mot indique un objet ou une pensée. — Qu'appelle-t-on sensible ? — Ce qui tombe sous les sens, ce qui peut être vu, entendu, touché ou senti.

Quel est le signe dans le Baptême ? — C'est l'eau. — Et dans les autres sacrements ? — Le saint chrême et l'imposition des mains dans la Confirmation ; le pain et le vin dans l'Eucharistie ; les actes du pénitent et Tabsolution que donne le prêtre dans la Pénitence ; l'huile dans le sacrement de l'Extrême-Onction ; l'im-

position des mains dans le sacrement de l'Ordre, et enfin le consentement des éponx dans le sacrement de Mariage.

Pourquoi dites-vous qu'un sacrement est un signe sensible ? — Parce que le signe d'un sacrement fait connaître la grâce invisible que ce sacrement produit dans l'âme. Ainsi, de même que l'eau enlève les souillures du corps, la grâce efface les souillures de l'âme dans le Baptême ; la sainte Eucharistie soutient et fortifie l'âme qui en fait sa nourriture ; riuiile adoucit et fortifie les corps qu'elle imprègne, la grâce fortifie l'âme et adoucit les peines dans la Confirmation et l'Extrême-Onction.

Pourquoi dites-vous : efficace de la grâce ? — Parce que le sacrement contient et produit par lui-même la grâce quand il ne rencontre point d'obstacle. — Il n'y a donc pas de dispositions requises ? — Quoique le sacrement produise la grâce, il faut néanmoins certaines dispositions pour le recevoir. — La grâce est donc produite par les dispositions ? — Non ; les dispositions requises sont seulement des conditions nécessaires pour que le sacrement produise la grâce. Ainsi le rayon du soleil contient et produit la lumière : sil n'y a pas de fenêtre dans un appartement, jamais la lumière n'y pénétrera ; mais si l'on y pratique une fenêtre, la lumière y entrera. Ce n'est pas la fenêtre qui produit la lumière^ c'est le rayon ; mais la fenêtre est une condition nécessaire pour que la lumière pénètre dans la chambre.

Le pain et le vin communiquent la force ; cependant si l'estomac est mal disposé^ au lieu de fortifier le corps, la nourriture le rend malade : la vigueur de l'estomac est donc une condition nécessaire pour que la nourriture comnuuiique la force au corps. La parole ou récriture contient et produit en quelque façon la

pensée ; cependant il faut dans celui qui écoute des dispositions pour comprendre la pensée, quoique ces dispositions ne la produisent pas.

Pourquoi dites-vous : institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ? -- Parce que c'est Jésus-Christ qui a institué les sacrements de la loi nouvelle. — Les apôtres n'auraient-ils pu les établir ? — Non ; Dieu étant seul l'auteur et le distributeur de la grâce, il n'appartient qu'à lui seul de l'attacher à tel moyen qui lui plaît. — Pourquoi ajoutez-vous : pour nous sanctifier ?

— Parce que le dessein de Jésus-Christ, en instituant, les sacrements a voulu qu'ils fussent les canaux de ses grâces pour nous communiquer la vie surnaturel le et divine. — Ne pouvait-il pas répandre sa grâce dans les âmes par d'autres moyens ? — Assurément, puisqu'il est le maître de ses dons.

Pourquoi Jésus-Christ a-l-il institué les sacrements ?

— Pour plusieurs raisons : ^ parce que Dieu veut être adoré intérieurement et extérieurement ; 2° pour distinguer par des marques extérieures le peuple chrétien des nations infidèles ; 3° pour unir les fidèles dans un même corps de religion et les distinguer des hérétiques ; A'' pour humilier Thomme, en l'obligeant à s'abaisser jusqu'à la matière pour avoir la vie de l'âme et le punir ainsi de s'être élevé jusqu'à Dieu • 50 pour s'accommoder à la nature humaine qui, d'ordinaire, ne saurait s'élever aux choses spirituelles que par le moyen des objets sensibles et corporels.

Combien y a-t-il de vies dans le chrétien ? — Trois ; la vie du corps, la vie de l'âme raisonnable et la vie divine. —Que remarquez-voas dans chaque vie ? — Quatre objets principaux, le foyer dévie, les ministres de la vie, les éléments ou les signes sensibles qui communiquent la vie, et enfin le sujet qui reçoit la vie. — Où est le foyer de la vie du corps ? — Dans le sein de

la terre ; Dieu y a déposé des sucs qui nourrissent les plantes et les plantes alimentent les hommes et les animaux. — Quels sont les ministres de cette vie ? — Ce sont les cultivateurs, les vignerons, les jardiniers et, en un mot, tous ceux qui travaillent à Tentretien de la vie du corps. — Quels sont les éléments ou les signes sensibles qui communiquent la vie ? — Ce sont les substances alimentaires. — Quel est le sujet qui reçoit la vie ? — C'est l'homme lui-même.

Ouest le foyer de la vie de l'âme raisonnable? — Dans le sein de la société. Dieu y conserve les vérités nécessaires à la conservation de cette vie. — Quels sont les ministres ? — Ce sont les professeurs, les instituteurs et tous ceux qui enseignent. — Quels sont les éléments ou les signes sensibles qui communiquent cette vie ? — La parole et l'écriture. — Quel est le sujet ? — C'est nous-mêmes.

Où est le foyer de la vie divine ? — Dans le sein de Dieu. — Quels sont les ministres ? — Les évéques et les prêtres. — Quels sont les éléments ou les signes sensibles qui communiquent cette vie ? — Ce sont les sacrements. — Quel est le sujet? — C'est encore nous-mêmes.

Comment pouvons-nous croire que des signes matériels et sensibles nous communiquent la vie surnaturelle et divine ? — Dès lors que Dieu l'affirme, nous ne pouvons plus avoir le moindre doute. Il y a là quelque chose de mystérieux, mais il en est de même de la vie du corps. — Comment cela ? — Les substances alimentaires communiquent de la force. Mais comment ce qui est sans force peut-il communiquer des forces ? 11 faut donc admettre qu'il y a dans la matière un principe spirituel qui donne de la force.

N'en est-il pas de même de la vie de l'âme raisonnable ? — Oui ; la parole et récriture renferment la

pensée et la communiquent aux autres. La parole et récriture sont quelque chose de matériel, et la vérité est spirituelle. Les caractères imprimés dans un catéchisme renferment des vérités qui ne tombent pas sous les sens et les communiquent à tous ceux qui peuvent lire le livre. — Mais comment un signe matériel, comme la parole et l'écriture^ peut-il renfermer ou contenir quelque chose de spirituel ? — C'est un mystère semblable à celui des substances alimentaires.

— Est-çn obligé d'admettre ce mystère ? — Nécessairement, c'est un fait constant et universel, il n'y pas possibilité de le nier. De même, il faut admettre Tune de ces deux choses, ou que la nourriture renferme quelque chose d'immatériel qui devient un principe de force dans l'homme ; ou bien que la matière, ou ce qui est sans force, communique la force.

Combien, dans un sacrement, y a-t-il de choses à remarquer? — Deux, comme dans la nourriture et l'enseignement : un signe sensible et quelque chose d'invisible et d'immatériel , en rapport avec la vie qu'il faut entretenir ou communiquer. — Quelle est cette vie ? ~ La vie surnaturelle et divine. — De quoi se compose un sacrement? — D'un signe sensible et de la vie divine ou de la grâce.

L'expérience prouve que la nourriture communique ou entretient la vie du corps, que l'enseignement communique la vie de l'âme raisonnable, prouve-t-elle aussi que les sacrements communiquent la vie divine ?

— Oui, car il y a certaines vertus, telles que la charité évangélique, l'humilité, la pauvreté, qu'on ne rencontre que dans le sein de l'Église catholique. — Expliquez ceci par une comparaison :

—Deux cultivateurs exploitent le même sol, tous deux cultivent de la même manière ; cependant l'un met de l'engrais dans ses terres et l'autre n'en met pas. Le

premier récolte de très belles moissons, et le second ne recueille que des épis rares et maigres. — D'où vient cette différence ? — Il est évident que l'abondante récolte faite par le premier ne peut être attribuée qu'à l'engrais qu'il a répandu sur ses terres.

Ainsi les catholiques et les prolestants cultivent la même terre, le cœur humain. Or, dans l'Église catholique l'on voit fleurir les plus belles et les plus héroïques vertus ; par exemple, les ordres religieux qui se consacrent totalement à la sanctification des âmes ou au soulagement de toutes les misères humaines ; puis les prêtres qui vont évangéliser les infidèles et les sauvages : les hommes et les fem-mes du monde qui s'imposent de grands sacrifices pour concourir aux œuvres de piété et de bienfaisance. En dehors de l'Église cathoUque, vous ne trouvez rien de semblable. Cependant la seule différence qui existe entre les catholiques et les non catholiques, c'est que chez les premiers on reçoit souvent les sacrements, et chez les seconds presque jamais. Ce sont donc les sacrements qui produisent ces belles et admirables vertus. Les sacrements communiquent la vie divine comme elle s'est manifestée en Jésus-Christ.

En général, les sacrements sont-ils nécessaires pour aller au ciel ou pour posséder la vie divine ? — Sans aucun doute ; ils sont aussi nécessaires pour avoir ou conserver cette vie que la nourriture est nécessaire pour avoir et conserver la vie du corps et que l'instruction est nécessaire pour avoir la vie de l'âme raisonnable. — Pourquoi sont-ils nécessaires? —Pour la même raison : Ce sont des lois que Dieu a établies dans chaque ordre, et il faut les observer. — Pourquoi faut-il manger pour vivre ? — Parce que c'est une loi de la nature. — Pourquoi faut-il recourir à l'enseignement pour s'instruire ?— Pour la même raison. — Pourquoi

faut-il recourir aux sacrements pour avoir la grâce ?

— Parce que Dieu en a fait une loi dans l'ordre surnaturel.

Mais comment croire que de l'eau, de l'huile, du pain et du vin, etc., peuvent communiquer la vie divine ? — De la même manière que la nourriture ordinaire communique la vie du corps, et que l'instruction communique la vie de l'intelligence. Dans un cas comme dans l'autre, il y a un profond mystère que jamais les plus savants n'ont expliqué et n'expliqueront. De part et d'autre il y a les mêmes lois à observer, et si on les accepte dans l'ordre naturel, on a la même raison de les accomplir dans l'ordre surnaturel.

Comment est-ee que les sacrements nous sanctifient f — Les sacrements nous sanctifient en produisant ou en augmentant en nous la grâce sanctifiante.

Comment la nourriture produit-elle ou augmente-telle la vie du corps? — En lui communiquant les forces dont il a besoin pour vivre de la vie physique.

— Comment l'instruction donne-t-elle la vie de l'intelligence? — Parce qu'elle communique à l'âme la vérité qui est sa nourriture. — Comment les sacrements nous sanctifient-ils ? — En produisant ou en augmentant en nous la vie divine, comme la nourriture et l'instruction produisent ou augmentent en nous la vie du corps et la vie de l'âme raisonnable.

Comment se peut-il que les sacrements produisent ou augmentent en nous la grâce sanctifiante? — C'est que Dieu a attaché aux sacrements la vertu de produire ou d'augmenter en nous la grâce sanctifiante par les mérites de Jésus- Christ.

Comment se fait-il que les substances alimentaires produisent ou augmentent la vie du corps ? — Parce que Dieu leur a donné cette vertu. — Pourquoi les hommes ne se nourrissent-ils pas de terre ou de

pierres cuites ? — Parce que Dieu n'a pas donné à la terre et aux pierres la vertu de nourrir l'homme, mais seulement aux substances alimentaires.

Les sacrements produisent-ils ou augmentent- ils la grâce dans tous ceux qui les reçoivent? — Oui, les sacrements produisent ou augmentent la grâce dans tous ceux qui les reçoivent avec les dispositions nécessaires.

La nourriture produit-elle ou augmente-t-elle la vie du corps dans tous ceux qui mangent et qui boivent ? — Oui, s'ils prennent leur nourriture avec les dispositions nécessaires ; par exemple, avec un estomac bien disposé. — Qu'arrive-t-il, si l'estomac n'est pas bien disposé? — Une indigestion, une maladie et quelquefois la mort. — L'enseignement produit-il ou augmente-t-il la vie de l'âme raisonnable dans tous ceux qui le reçoivent ? — Oui, s'ils ont les dispositions requises; s'ils ont assez d'intelligence ou assez d'attention pour en profiter. — Que résulte-t-il de leurincapacité ou de leur paresse ? — L'enseignement leur devient nuisible.

Est-il étonnant que certaines dispositions soient requises pour que les sacrements produisent ou augmentent la grâce, ou la vie divine?— Il ne Test pas plus que lorsqu'il s'agit de la vie du corps et de la vie de l'âme raisonnable.

Pourquoi Dieu exige-t-il certaines dispositions pour la réception des sacrements ? — Pour ménager à l'homme le mérite et la gloire de concourir lui-même à se donner la vie. -- Quelle gloire y voyez-vous ? — La plus grande qu'on puisse imaginer. Car la plus grande gloire de Dieu vient de ce qu'il est l'auteur de sa vie; et c'est pour cela qu'il jouit d'un bonheur infiniment parfait. Or, en demandant à Thomme son concours lorsqu'il s'agit de produire ou d'augmenter

en lui la vie divine, Dieu le rend participant de sa gloire souveraine^ puisqu'il le rend comme l'auteur de sa propre vie, autant qu'une créature puisse l'être. — Pourquoi donc avons-nous tant de peine à nous mettre dans les dispositions nécessaires pour bien recevoir les sacrements ? — Parce que nous n'y voyons que travail et fatigue, sans comprendre que ce travail deviendra notre plus beau titre de gloire.

Qu'appelle-t-on la matière des sacrements? — C'est ce que l'on voit et que le ministre applique pour faire le sacrement ; ainsi l'eau dans le Baptême, l'huile et rimposition des mains dans la Confirmation, le pain et le vin de l'Eucharistie, etc. — Qu'appelle-t-on la forme des sacrements? — Ce sont les paroles que le ministre prononce en appliquant la matière. — L'Écriture fait-elle mention de ces deux choses essentielles des sacrements ? — Oui, saint Paul, parlant de l'Église, dit que Dieu la purifie par un bain d'eau dans une parole de vie, c'est-à-dire par le Baptême. — Où voyezvous la matière et la forme? — Ces mots : un bain d'eau expriment la matière, et ces autres mots, dans une parole de vie expriment la forme. — Pourquoi saint Paul appelle-t-il la forme une parole de vie ? — Pour mieux faire sentir que les paroles que prononce le ministre en conférant un sacrement communiquent la vie.

A quoi ressemblent la matière, la forme et le ministre du sacrement ? — La matière ressemble au limon dont Dieu se servit pour former le corps d'Adam, la forme à ce souffle de vie dont Dieu anima le corps d'Adam, et le ministre à Dieu même créant Adam. — Est-ce que la confection des sacrements est une création? — Oui, et infiniment plus merveilleuse que la première, puisque par la première, Dieu a communiqué seulement à l'homme la vie du corps et la vie de

l'âme raisonnable, tandis que par l'administration des sacrements il communique de sa propre vie, ou la vie divine. — De quoi un être tire-t-il sa perfection? — De sa forme ; plus elle est parfaite, plus l'être a de valeur,

— Quel nom les anciens donnaient-ils à l'âme ? — Ils rappelaient la forme de Vhomme, parce qu'en effet, lorsque l'âme se sépare du corps, celui-ci perd sa vie et sa forme ; il redevient boue et poussière.

De quoi donc résulte un sacrement ? — De l'application de la forme à la matière, de manière à former un tout. — Comment doit-on unir la forme à la matière ?

— Selon que la nature du sacrement le réclame ; ainsi pour baptiser, il faut prononcer les paroles en même temps qu'on verse l'eau ; car si l'on versait l'eau d'abord, et que seulement quelques temps après on dise : Je te baptise, etc. ; ces mots je te baptise, qui signifient, je te purijle ou je te lave, ne seraient plus vrais, puisque l'acte indiqué par les paroles serait accompli. Mais dans le sacrement de Pénitence, qui s'administre selon la nature d'un jugement et comme dans un tribunal, on peut instruire le procès longtemps avant de prononcer la sentence; il n'est pas nécessaire de donner l'absolution aussitôt après l'accusation des péchés. Ce qui n'empêche pas que les deux choses ne soient unies selon leur nature et de manière à ne former qu'un seul tout.

Peut-on changer la matière ou la forme des sacrements ? — Non, le sacrement serait nul ou n'existerait pas si le changement était essentiel ; mais s'il n'était qu'accidentel, il y aurait sacrement : seulement le ministre serait coupable devant Dieu.

Qui peut recevoir les sacrements? — Tous les hommes qui sont sur la terre ; mais tous ne peuvent pas recevoir tous les sacrements : ainsi une femme ne peut recevoir le sacrement de l'Ordre ; les enfants

ne peuvent recevoir le sacrement de Pénitence, ni ceux qui se portent bien, recevoir l'Extrême-Onction.

Qui peut être ministre des sacrements ? — Les hommes qui sont sur la terre. — Quelles conditions faut-il dans le ministre pour qu'il administre validement les sacrements? — !« Qu'il soit prêtre pour administrer les sacrements de Confirmation, d'Eucharistie, de Pénitence, de Mariage et d'Extrême-Onction ; qu'il soit évêque pour conférer le sacrement de l'Ordre. On sait que toute personne peut baptiser; 2° Il faut qu'il ait l'intention de faire ce que fait l'Église. — Mais com.me il n'est pas possible de s'assurer que le prêtre» en donnant l'absolution, a eu l'intention de faire ce que fait l'Église, comment le chrétien sera-t-il certain qu'il a reçu le sacrement de Pénitence ? — Il suffit qu'il ait vu et et entendu le confesseur lui donner l'absolution ; car dès qu'il la donne librement et dans les circonstances convenables, il a eu l'intention d'administrer un sacrement ; puisque tout homme qui fait librement et avec connaissance de cause une action a certainement l'intention de la faire. Un juge qui prononce librement et du haut de son tribunal l'acquittement d'un coupable, ne peut pas dire qu'il n'avait pas l'intention de prononcer un jugement.

La foi et la sainteté sont-elles requises pour conférer validement les sacrements? — Non ; les ministres ne les confèrent ni en leur nom, ni par leur propre vertu, mais au nom et par la vertu de Jésus-Christ, dont ils sont les instruments, et qui agit par eux sans aucun égard à leurs mérites ou à leurs démérites, et indépendamment de leurs dispositions. — Il importe donc peu que l'on reçoive les sacrements d'un ministre digne ou indigne? — Oui, pourvu qu'il ait l'intention de faire ce que fait l'Église et qu'il observe tout ce qui est nécessaire pour confectionner le sacrement. —

Pourquoi cela ? — Parce que c'est Jésus-Christ qui agit et communique la grâce par ce ministre. — Comment donc un ministre indigne peut-il communiquer la grâce, puisque nul ne peut donner ce qu'il n'a pas ? — Parce qu'il n'est qu'un instrument entre les mains de Dieu ; or, un instrument peut communiquer ce qu'il n'a pas par lui-même ; ainsi une plume communique la science ; un médecin malade rend la santé ; un canal de plomb communique une eau excellente aussi bien qu'un canal d'or; un ministre des finances, pauvre, distribue de grands trésors en les puisant dans la caisse du gouvernement ; un laboureur, qu'il ait ou non les mains propres, répand de la bonne semence en son champ. — Un mauvais arbre, a dit Jésus-Christ, ne peut porter que de mauvais fruits ? — Oui ; mais il parlait des œuvres que l'homme peut faire par lui-même et pour lui-même. Ainsi, un ministre indigne qui confère-les sacrements produit de mauvais fruits pour lui-même ; il se rend coupable d'un nouveau péché mortel. Mais le sacrement qu'il administre peut être utile à d'autres ; ainsi un ministre prévaricateur peut en même temps faire des œuvres très utiles à la société ; et un médecin libertin faire des cures admirables.

Pourquoi Dieu a-t-il voulu qu'un ministre indigne pût conférer validement les sacrements ? — Pour tranquilliser la conscience des chrétiens ; car si la validité des sacrements dépendait de la sainteté, personne ne saurait s'il a reçu le Baptême, la Confirmation, la Pénitence, l'Eucharistie, etc. En outre, Dieu aurait puni l'innocent pour le coupable, car le coupable, c'est le ministre indigne, et non l'enfant qu'on présente au Baptême ou à la Confirmation.

Un sacrement est donc un moyen que Dieu a établi pour nous communiquer la vie divine. Et encore que

Dieu puisse nous la donner par d'autres moyens, il convenait qu'il établît les sacrements, afin de manifester par ces signes extérieurs où était la véritable Église et d'établir entre tous les fidèles l'union et la concorde, l'égalité et la fraternité, en les obligeant à se soumettre tous aux mêmes lois , à s'asseoir à la même table, à recourir aux mêmes ministres, qui deviennent ainsi les pères spirituels des chrétiens, riches ou pauvres, savants ou ignorants. Admirez la bonté, la puissance, la justice et la sagesse de Dieu qui éclatent d'une manière si admirable dans les sacrements : sa bonté, en communiquant sa vie divine ; sa puissance, en confiant un pouvoir infini aux évêques et aux prêtres ; sa justice, en accordant des grâces selon la disposition de chacun, indépendamment des dispositions du ministre; sa sagesse, en communiquant la vie divine par des moyens semblables à ceux qu'il a établis pour la vie du corps et la vie de l'âme raisonnable. Il purifie et sanctifie toutes les créatures, l'eau, le pain, le vin, Thuile, etc., en s'en servant pour être les canaux des grâces qu'il communique aux fidèles, pour nous faire entendre qu'il veut sanctifier la nature entière. Quelle bonté infinie ! Quelle grande miséricorde ! Aimons-le, et sachons profiter des sacrements pour amasser des trésors dans le ciel.

Voulez-vous savoir ce que sont les honnêtes gens du monde qui ne fréquentent pas les sacrements ? Cicéron va vous le dire : « Où est le philosophe dont la \ie soit réglée comme elle devrait l'être ? où est le philosophe qui n'emploie plutôt sa science en vaine ostentation qu'à se corriger lui-même ? Y en a-t-il un seul qui prenne pour lui les préceptes qu'il donne aux autres ? Les uns sont si légers et si vains qu'il vaudrait mieux pour eux qu'ils n'eussent rien appris. Il y en a qui sont uniquement dominés par l'orgueil et l'ambition;

plusieurs sont de vils esclaves de la volupté; tous démentent honteusement leur profession par leur conduite. »

Épictète, s'adressant à un philosophe, lui dit : a Quelle est ta vie ? Après avoir bien dormi, tu te lèves quand il te plaît, tu bailles, tu t'amuses, tu te laves le visage ; après cela, ou tu prends quelque méchant livre pour t'aider à tuer le temps, ou tu écris quelque bagatelle pour te faire admirer. Tu sors ensuite, et tu vas faire des visites, te promener et te divertir, Dieu sait comment... Tu vas te coucher. Je ne révélerai point les mystères de ces ténèbres, il n'est que trop aisé de les deviner. Avec les mœurs d'un épicurien et d'un débauché, tu parles comme Zenon et comme Socrate : Mon ami, change de mœurs ou change de langage. Celui qui usurpe faussement le titre de citoyen Romain est sévèrement puni, et ceux qui usurpent le grand titre de philosophe le seront impunément ! »

Telles sont à peu près les mœurs des honnêtes gens de nos jours, surtout des jeunes gens qui ne s'approchent plus des sacrements.

DEUXIE3IE SOIREE.

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