‹ Soirées de Walter Scott à Paris (volume 2)Chapitre 10 sur 17 · SOIRKHS · texte numérisé non relu

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que de gens cherchent sans trouver, et je trouve cela que je n'espérais, vu la bonne opinion que j'avais du mari. Cent fois merci de la préférence! One les Innocents ne rapportèrent tant d'heur ! Honteà qui le pouvait prendre quatorze années en çà! »

Il faisait jour , une porte masquée dans la tenture, s'ouvrit tout à coup, et le duc d'Orléans parut dans la chambre où reposaient les deux amants ; deux prêtres et plusieurs hommes d'armes entrèrent avec lui.

« Le diable m'emporte 1 dit-il , messieurs , voyez ce qui en est. Je vous interpelle , vous tous ici présent , comme témoins de l'adultère et vous somme de faire serment en temps et lieu de la vérité du fait. N'ayez peur , messire Oc= tavian , je vous dois un grand merci pour votre peine, et ma gratitude ne s'en tiendra là. Vous aurez un évêché , sur ma parole ! »

Octavian de Saint-Gelais s'était jeté hors du lit , et abaissant la couverture sur la tête de sa tremblante maîtresse , il menaça de son épée le premier qui oserait faire un pas.

« Je te jure , continuait le duc en riant , que je n'ai sujet que de te rendre amples actions de grâce , ainsi rengaine ta lame et sors d'ici , que

l'on dresse procès-verbal. Il serait bon (jue tu signasses... ?

— n Monseigneur , reprit noblement Octa= vian , faites d'abord retirer ces gens au nom de votre honneur, ensuite j'en passerai par où vous voudrez? Je sais mon devoir et suis gen= tilhomme.

— » Le diable t'emporte avec ton éloquence î crois-tu que j'agis sans réflexion , ou que j'i = gnore quelle belle se musse parmi les draps? C'est assez faire le chevalier, vide de céans, à moins que la farce ne te plaise.

— » Non monseigneur, reprit Octavian avec énergie, loin de moi semblable lâcheté j j'en jure les plaies de Jésus-Christ ! on ne m'ôtei a d'ici que mort, et peut-être quelqu'un rendra Tame avant moi. Au contraire ordonnez que chacun s'en aille et nous nous entendrons mieux. »

Louis d'Orléans vit bien qu'Octavian ne cé= derait qu'à la force, et pour éviter une scène sanglante, il pria ceux qui l'accompagnaient de. sortir dans la galerie voisine, et d'être prêts au premier signal.

— (( Maintenant, dit Octavian , quand il se vit seul avec le duc , arraisonnons en bonne

intelligence. Je VOUS fis outrage, monseigneur, et suis de naissance à le réparer, s'il vous plaît de m'octroyer le combat. Je m en vais quérir quel= que bonne lame, et là nous verrons à qui de= meurera l'avantage.

— » Es-tu dénué de raison , Saint-Gelais , de penser que j'expose ma vie et la tienne pour une franche catin ?

— » Par Mélusine ! monseigneur, déportezvous d'injurier par-devant moi celle qui en= court le blâme à mon sujet. Pensez qu'ici sous ma garde elle n'est plus votre femme ; possible qu'elle ne le soit point de chair. A quel point vous arrêtez-vous ?

— » Au divorce. C'est médiocre châtiment , et pour ma part je m'en contente. Le roi Louis XI m'imposa contre mon gré ce mariage stérile et maudit ; j'ai regret seulement que ce jour n'ait été quatorze ans plus tôt , je ne songerais présentement à épouser madame Anne de Bre= tagne.

— » ]Ne dites pas ces choses, je vous prie....

— » Au fait;, c'est temps perdu. Donc , de Lonne grâce , Octavian permettez que l'enquête soit dressée en les formes usitées et devant témoins.

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— » Non monseigneur, on peut s'en exemp= ter : avez - vous soif de votre honte et de la sienne ? Ce que vous savez rompt l'union , qui ne fut onc parachevée; cependant évadez un procès qui ne serait pas à votre honneur ; ac= cord des deux parties déliera ce qui est lié ; et ma.dame votre épouse, qui m'a pour caution, ne sera nullement contraire à ce qu'il vous plaira de résoudre. Madame, ajouta-t-il en s'adressaut à celle qu'on ne voyait pas , je vous adjure de répondre par serment à ma demande. Consen= tez à divorcer d'avec monseigneur d'Orléans, votre légitime époux?

— » Oui ! s'écria madame Jeanne, qui s'é= lança dans la chambre, et tomba évanouie aux pieds du duc d'Orléans. »

Octavian écarte les draps qui lui cachaient

celle qu'il avait prise pour la duchesse;

c'était Louise de Parthenay !

Neuf mois après naquit le célèbre poète Mellin ou Merlin de Saint-Gelais ; son père Octavian fut nommé la même année évêque d'Angoulême!

En 1491 , Jeanne obtint à force de sollicitations la translation de son mari en la grosse tour de Bourges, et enfin sa mise en liberté. Anne de Bretagne, par dépit et par politique se maria

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à cette époque avec Charles VIII , qui mourut en i49^- Le duc d'Orléans devenu Louis XII, pour épouser la veuve de son prédécesseur, ré= pudia sa première femme, en protestant qu'il ne l'avait jamais connue ni touchée. Jeanne, sans réclctmer contre la dispense du pape, reçue en Sorbonne et en parlement, passa le reste de sa vie à faire des fondations pieuses et des mira= clés. Sa canonisation est encore pendante à la cour de Rome.

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