LE FOUET
)darquop appert que ttes gtantis on tient compte: 3S[i.u?tn faisant mal 9 ils sont favorisés : ^ais les petits sans cesse méprisés il^^ontpour lo^er ciue la peine et la l)onte»
Framçois Habert , Fable du Lion, du Loup et de VAsne-
Clément Marot avait été forcé de sortir de France pour )a seconde fois ; il avait translaté en rimes françaises les psaumes de David. C'é=» tait une hérésie digne du dernier supplice. Il s'était retiré à Genève où Jean Cauvin dit Calvin (du nom latin Cahinus) son ami et son co-religionnaire achevait l'œuvre de la ré= forme. Le pouvoir de ce dernier était si grand au temporel comme au spirituel qu'on le dési=
gnait sous le nom de Pape de Genève. Marot qui avait servi au péril de sa vie la cause per= sécutée de Calvin , avait le droit de s'attendre à une existence tranquille et heureuse, dans une ville soumise au gouvernement de celui-ci j mais il signala encore son caractère immoral et cet esprit turbulent qui avait failli le mener au bûcher, malgré la protection de François 1^^, et celle de sa maîtresse Marguerite, reine de]\a= varre, éprise de belle passion pour l'homme le plus laid de la cour. Elle suivit en cela l'exemple de Diane de Poitiers , qui préluda à la conquête de Henri II, par ses amours avec le poète du Ouj et Nennj. Quant à Marot, enthousiaste et insouciant à la fois , il était incapable d'une liai= son un peu solide et d'un ouvrage de longue ha= leine. Il se laissa prendre à la réformation par le caprice de la nouveauté, et il l'aima comme il eût fait une femme j sans doute il aurait quitté l'une aussi facilement que l'autre, mais les prisons, procès, exil, vexations qu'on lui fit éprouver à ce sujet l'y attachèrent par contradiction. Au reste à cette époque, n'ayant encore que quarantesept ans , il avait déjà toutes les infirmités d'une vieillesse anticipée. La galanterie , ou plutôt la débauche, avait bonne part dans ce délabrement.
De gai, riant j pantagruélisant qu'il était, il devenait de jour en jour plus morose et plus bourru, ses cheveux neigeaient avant le temps, sa taille se rabougrissait , ses yeux s'éteignaient et son visage se ridait j seulement il demeurait passé maître en libertinage.
Il arriva à Genève, y fut reçu avec distinction, élut domicile chez un riche horloger, et sans beaucoup d'effort, il est vrai, séduisit la femme de son hôte.
C'était une belle Genevoise nommée Flam= mette. Thomas Bruslay, son mari, s'occupait moins de sa moitié que du prêche j en revanche celle-ci, plus d'affaires galantes que du reste. Elle traita bien Marot à cause des bijouxqu'ilpossé= dait, peut-être du fait de madame Marguerite , et qu'il donna volontiers pour quelques privautés au-delà du baiser^ que sais-je? Le mari trompé aimait franchement son hôte, à cause des psal= mes qu'il faisait presque sans y penser. Un vieux proverbe dit que cocuage est toujours content de lui-même, des autres aussi.
Mais il paraît que Marot, sans compter le mari, n'était pas le seul qui fût dans les bonnes grâces de la dame; sans doute qu'il croyait le contraire. Calvin, tout gourmé de rigidité, se délassait
quelquefois de cette morgue d'apparat et de position. Il avait épousé Idelette de Bure, veuve de Jean Serder, anabaptiste réfugié à Baie. Cette union avait été malheureuse ; la perte de sa fille unique ne fit que précéder celle de la mère, et plusieurs années laborieusement employées, le débarrassèrent à peine du fardeau des regrets. Flammette , par charité chrétienne , ne contri= bua pas peu à l'en délivrer; personne n'était dans la confidence, pas même le mari. L'adul= tère était puni de mort à Genève ; on pendait les deux criminels dos à dos , comme pour les séparer de vive force en les envoyant dans rau= tre monde.
Marot, qui ne recevait plus à l'étranger les pen« sions de valet de chambre du roi, de secrétaire de la reine de Navarre, et les sommes énormes qu'il prélevait sur la cour avec une épigramme ou une dédicace, en était réduit, pour vivre, à rimer le Pater nostcr et V Oraison dominicale. Avaitil quelque argent, il allait le perdre au jeu des tarots , sorte de cartes particulières dont on fait encore usage en Allemagne : la fortune semblait l'avoir abandonné de guerre lasse. Flammette voyait son amour diminuer en raison des res= sources pécuniaires de l'exilé. Enfin une brouille
acceptée de part et d'autre survint à la suite d'un refus fait par Marot, de sacrifiera la cupidité de cette damC;, le produit modique d'une édition de ses œuvres , imprimées à Lyon , par son con= frère en poésie, Etienne Dolet. Ils ne s'en tin= rent pas à des injures données et rendues; l'irascible et imprudent Marot jeta sa bile dans un huitain qui, passant de bouche en bouche avec commentaires , scandalisa bientôt la ville tout entière.