LA SARBACANE
^e friser 9 0c fraiser 9 se farDcr le tJisage ^ €t si c^cst pour un graiiUç faire un maquerclage : Moilà tout le bonljcur T)e ccuj: qui tous les jours â>'engagcnt follement a la suite îjcs cours.
Claude ue TKELLO^ , le Portrait de la Cour.
L'histoire , c'est la vérité nue et entière; voici dans toute leur hideur les mignons du roi très chrétien Henri III.
François d'Epinay ^ dit le brave Saint-Luc , fut stigmatisé du titre de mignon avant qu'il se régénérât à l'école de Henri IV, sous les dra= peaux duquel il fut tué au siège d'Amiens , en 1597. Il paraîtrait cependant^ d'après le ca= ractère même de Saint-Luc, que son dévoue=>
Jiient pour la monarchie ne s'étendit jamais jusqu'à certaines privautés.
La Confession de Sancj^ rapporte que Je roi voulut obtenir par force ce qu'il ne lui eût pas accordé de bonne grâcej il pria donc Saint-Luc de ramasser des livres au fond d'un grand coffre, dont le couvercle refermé et maintenu par Camille et le grand-prieur , livra le patient à sa merci : cela s'appelait dans le langage des mignons , prendre le lièvre au collet.
En i58o, Quélus et Maugiron avaient été tués en duel; d'Eniragues, leur adversaire, s'é= tait enfui en Belgique; Saint-Mégrin avait péri assassiné; plusieurs autres mignons avaient fait aussi une fin malheureuse, sans que leur place fût moins ambitionnée. D'O , Caumont et Arques, frère du fameux duc de Joyeuse , partageaient alors la faveur du roi , qui pourtant ne se con= solait pas des refus de Saint-Luc , qu'il avait marié par vengeance, en i578, à Jeanne Cossé= Brissac , la plus laide , la plus contrefaite et la plus spirituelle femme de la C»ur à cette époque ' .
' Ce quatrain satirique qui courut alors sur elle est exagéré.
Brissac aime tant Tarlifice , Tant (lu dedans que du dehors , Qu'ôlez-lui le faux el le vice , ^'ous lui ôtez l'ame du corps.
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Saint- Luc, cepeiitlant, n'accepta pas cette alliance comme une disgrâce.
Un jour Henri III se promenait avec Arques et Caumont dans la petite galerie du Louvre at= tenante à son appartement , il leur montrait gravement le contenu d'un in-quarto riche= meut relié eu parchemin vierge aux armes de France.
Henri III , d'une taille moyenne et un peu courbée, avait dans le regard et le sourire quel= que chose de rabelaisien , à la franchise près. Il portait des moustaches avec la royale et des boucles d'oreilles; son costume, qui ne différait de celui de ses courtisans que par le luxe des étoffes, était composé d'un pourpoint de satin à corsage serré, de grègues ou hauts-de-chausses, tailladés , bouffants autour des reins , d'un man= teau court à l'espagnole, en velours, et d'une petite toque surmontée de plumes de couleur. Henri avait adopté outre cela diverses modes qui lui donnaient l'apparence d'une femme , mêiùe d'une courtisane; il se couvrait le visage d'un masque et de senteurs propres à conserver la fraîcheur du teint; il mettait des gants pré= parés pour adoucir et blanchir la peau des
mains. Le livre des Hermaphrodites , pam=« phlet du temps, rapporte sur ce prince et ses mignons nombre de détails inouïs , qui ne passeraient plus dans la civilisation ac= tuell».
Le roi, voyant entrer Saint-Luc, qui s'in= clina profondément , dit tout bas quelques mots à l'oreille de ses favoris , lesquels eurent belle à faire pour ne pas éclater de rire.
« Votre Majesté a bien passé la nuit , com= mença Saint-Luc — ?
— » Il tenait à toi , dit le roi , en soupirant , qu'elle fut meilleure , mon cher filsj j'en veux à madame ta femme d'accaparer tous tes bons moments
— » Madame d'Epinay, interrompit Caumont avec impudence, à quand donc ne sera-t-elîe ni bossue , ni déplaisante... ? »
Saint-Luc le regarda fixement avec mépris , la main sur la garde de son épée , mais il ne répondit pas.
« Saint-Luc, continua Arques de Joyeuse avec légèreté , par la messe! c'est affi'ont de voir si gentil cavalier que tu es embéguiné des ju= pons de madame ta femme, laquelle de tout
son esprit n'aurait de quoi faire feu qui flambe au lit conjugal.
— » Messieurs , interrompit Saint-Luc ému de colère , assez sur ce propos mal séant en pré= sence de Sa Majesté. Ailleurs, si bon vous sem= ble, et je vous prouverai que je joue mieux de l'épée que de la langue.
— » Viens, Saint-Luc, dit le roi en rentraî= nant dans l'embrasure d'une croisée , tandis que Arques et Caumont ne perdaient pas un seul de leurs mouvements ; considère , je te prie , ce beau missel amoureux que j'ai fait composer et écrire par mon poète Philippe Desportes , abbé deTyron. »
Ce volume, rempli de sentences, maximes, litanies, devises , vers latins et français touchant le mignoîiage , était orné d'une multitude de figures de saints , dorées et enluminées , que Henri III faisait couper dans les anciens ma= nuscrits et qu'il appelait du nom de ses favoris. Saint-Luc rougit de honte et d'indignation en remarquant à l'ouverture du livre la pourtrai= ture de son homonyme l'évangéliste, surmontée des armoiries de la maison d'Epinay , et du vers soi-disant bucoliqne de Virgile:
formosum pustor Cor) don arJebut AL'vi )i
« Sire , s'écria-t-il d'une voix étouffée , ne châtierez-vous pas les calomniateurs? Qui sont ceux-là qui oht soif de mon déshonneur? j'en mourrai de-vergogne. »
Sur ce il se retira non sans avoir salué le roi et lancé un regard expressif à Caumont, qui lui rendit un geste indécent.
« Henri , dit Arques avec familiarité , ce se= rait œuvre charitable que d'amener ce rebelle à nos institutions. Il est beau de corps et de visage!
— » Oh ! non , reprit Caumont , il a les che= veux roux et mal parfumés j les bras longs et jambes torses.
— » Pourtant, s'écria le roi, j'accepterais dix jours de purgatoire après ma mort, afin qu'il entrât de gré ou de force au cabinet de nos ébats. Je l'aime de passion , mes petits ! »
Saint-Luc , de retour à son hôtel , triste et rêveur, raconta à sa femme l'injure nouvelle de Sa Majesté , et cette scandaleuse aventure leur servit de texte pour passer en revue les dé= bordements et les orgies que la voix publique attribuait à ce monarque débauché. Madame d'Epinay , pieuse sans cagoterie , appuya beau= coup sur le bruit qui courait alors , que Henri III dans son château de Vincennes renouvelait les
bacchanales et les lupercales de la vénérable antiquité, en vouant un culte honteux à des dieux païens allégoriques. Saint-Luc , qui avait la religion fanatique et superstitieuse de son siècle, s'étonna , au récit de ces mystères impu= diques, que le ciel n'eût pas encore consumé la seconde Sodôme ; ce que lui dit sagement sa femme acheva de lui inspirer un courageux pro= jet qui ne corrigea le roi qu'à moitié : c'était beaucoup.
« Mon ami , lui fit observer madame d'Epinay, Sa Majesté, malgré tant de gros péchés, a peur d'être damnée en l'autre vie, et il m'est avis qu'une apparition, fantôme, esprit ou ange, l'ôterait sans peine du bourbier d'impuretés , d'autant qu'il a tête faible et cœur de femme.
— » Madame, répliqua Saint-Luc, je pro= fiterai de cette imagination , et vive Dieu ! pour la perte des mignons et le salut du roi , il n'est rien que je ne fasse à mes risques et périls. Je vois déjà quels moyens il me faut aviser. Bon= soir, ma chère damej cette nuit je serai de garde au Louvre, près de la chambre du roi j demain vous en saurez des nouvelles. »
Saint-Luc, bien décidé à se venger des favoris en même temps qu'il espérait mettre Henri III
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hors (le pâ{];c, quitta sa femme, qui lui promit de (lire messes et prières à son intention , et secrëte= ment alla chez un forgeron , qui lui fit à rins= tant une grande griffe de fer, qu'il emporta au Louvre sous son manteau. Il se faisait tard , et le roi, retiré dans son oratoire tout décoré de peintures lubriques^ menait avec Arques et Caumont une si joyeuse vie , que leurs rires et leurs chants s'entendaient de bien loin. Saint- Luc ne perdit pas de temps, et pendant que la griffe rougissait au feu, il perça habilement le mur qui séparait la chambre du roi de celle où il devait passer la nuit. Le trou qu'il fit, dé= guisé d'un côté par la tapisserie de la tenture, et de l'autre par les courtines du lit de Henri , servit à y introduire une sarbacane d'airain ; puis tenant en main la griffe embrasée, il se cacha dans l'enfoncement d'un petit degré obscur qui conduisait au cabinet des mignons. A l'appel d'une sonnette argentine, Duhalde, pre= mier valet de chambre du roi , accourut ; mais lorsqu'il montait l'escalier-, Saint-Luc, renfor= çant sa voix, lui cria d'en bas :
« Duhalde , va-t-en dire à ton maître que s'il ne quitte le vice et n'amende sa vie devant trois jours d'ici, l'ire de Dieu est prochaine de torab e
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sur lui 3 pour témoigner de la vérité de mon dire, tu en garderas cette marque de vrai feu d'enfer. »
Ce disant, il lui saisit le bras de la griffe ar= dente, en dépit de ses cris et de ses signes de croix de la main gauche; Saint-Luc, après ce beau chef-d'œuvre, ouvrit la fenêtre, jeta la griffe dans les fossés du Louvre, et se recoucha sur son lit où il resta coi et aux écoutes.
« Sire , Sire, répétait Duhalde effrayé, mon= trant son pourpoint brûlé et quatre blessures en forme de griffe vers le coude de son bras droit, un diable noir, ensoufré, armé de queue, cornes et dents, s'est montré à moi , disant qu'il chauf= fait pour vous une chaudière et un gril, si vous ne cessiez tel genre de vie... Voyez cette brii= lure!
— » C'est avertissement céleste, dit Arques en se signant, mais était-ce démon ou ange?
— » Parle pape! dit à son tour Caumont, véritables bourdes d'huguenots ! J'y pense, par le sang-Dieu! n'est-ce point quelque assassin qui en veut à Sa Majesté? En tel cas , je serais pour lui pire que diable. »
Caumont, Arques et Duhalde descendirent pour faire partout une exacte recherche, tandis
que Ilcnii III , prosterné à genoux près du théa= trc de ses crimes , oubliant de réparer le désor= dre de ses vêtements, se frappait la poitrine, poussait de bruyants soupirs , versait des larmes amères, et retournait la tête à tout moment pour voir si messire Satan ne viendrait pas le visiter.
«Mes petits, criait-il à ses favoris, ne me laissez seul pour l'amour de Dieu ; je suis con= trit et repentant, ô mon bon seigneur Dieu! et pourvu que je ne meure encore , je fonderai trois couvents et je rétablirai la Saint-Barthélémy. )>
Cependant les autres eurent beau chercher ; ils ne trouvèrent ni ange ni diable, mais bien Saint-Luc faisant le dormeur, qui montra beau= coup d'humeur qu'on l'éveillât. Il feignit un grand ébahissement lorsqu'on lui conta de point en point ce qu'il savait déjà mieux que personne. Les perquisitions terminées sans effet, Henri III, tout malade de la frayeur qu'il avait eue, se voulut coucher j mais il ordonna à Arques de veiller la nuit avec Saint-Luc , ce qui contraria singulièrement ce dernier. Le roi fut long-temps à s'endormir , et Arques , sur l'ame de qui n'a= vait pas glissé l'aventure du soir, fit part à Saint= Luc de ses appréhensions.
« En vérité, disait-il j le rci avec lui nous
damne tous comme calvinistes; maintenant j'ai regret de mes complaisances, et pour beaucoup je voudrais que Sa Majesté ne nous empêchât de gagner paradis,
— » Railles-tu? répliqua Saint-Luc qui le vit avec plaisir dans ces dispositions d'amende= mentj si tu jurais seulement de ne me point trahir, je rendrais en moins de rien le roi notre sire bon chrétien et mieux encore.
— » Railles-tu à ton tour? Non, il m'a avoué qu'il se passerait plutôt du boire et du manger. , . J'ai idée que Dieu ne serait pas de trop pour mener à bien ce pécheur endurci. Quant à moi, j'abandonne à d'autres ma charge de mignon et vais me faire capucin.
— » Arques, ne me fais pas regretter ma confiance; c'est moi qui jouais le diable lequel a mis mal le pauvre Duhalde; voici la fin de la comédie. «
A ces mots il montra à ce confident forcé la supercherie qu'il avait inventée pour donner au roi des conseils efficaces. Arques, étonné d'a= bord, se laissa entraîner sans peine à servir les plans de Saint-Luc, qui ne tarda pas à essayer cette espèce de porte-voix.
s< Henii Valois, dit-il en embouchant la sar=
bacane sonore qui renvoyait ses paroles plus cf=^ frayantes, peux-tu bien dormir, quand pour toi va sonner la trompe du jugement ?
— » Miserere mei, Domine! s'écria le roi en s'éveillant épouvanté comme au sortir d'un rêve affreux j ora pro nobis !
— » Valois, continua Saint-Liic qui en= tendit l'exclamation de Henri , encore trois jours de merci ! Si tu ne bois aux sources de la grâce, je te cite pour comparaître au tribunal de Dieu, et ce dans trois jours.
— » Qui me parle ainsi? répondit le roi dont les dents claquaient convulsivement^ n'estce pas mon très cher ange gardien?
— » Oui , vraiment , je suis un ange , mais un ange exterminateur qui porte glaive de feu et tue les méchants plus dru que le tonnerre.
— » Oh 1 oh 1 grâce pour Dieu , monseigneur l'ange, car j'ai bonne envie d'avoir absolution.
— » Donc renonce aux débauches et ordures qui font au ciel pleurer la Vierge 5 chasse tes mi= gnons, et situ peux, redeviens roi de France tout bellement. »
Ici Arques arrêta Saint-rLuc, et lui reprochant de mal servir leur intérêt commun , le pria de lui confier la sarbacane pour un moment , ce
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pendant que le roi , n'osant bouger clans son lit ni même appeler quelqu'un , marmottait entre ses dents :
(( Oui, par l'ame de mon père, je chasserai ces vilains qui me valent tant de souci. . .
— » Bien, interrompit Arques qui s'était eni= paré de la sarbacane, je suis aise de te voir si docile 5 c'en est assez pour plaire à Dieu , mais garde-toi de chasser ces pauvres gens qui ne se sont épargnés à ton égard ; au contraire , em= ploye-les d'autre sorte plus louable, et songe à leur octroyer , en réparation de tes méfaits , richesses, titres et honneurs.
— » J'en donne ma foi , disait le désolé Henri dont la raison s'affaiblissait , s'il plaît à Dieu , je les ferai évêques ou papes. . .
— )) Arques et Saint-Luc ont mérité ample gratitude de ta part ; mais punis ce traître Cau= mont qui ne croit pas à la messe, w
Les deux complices, craignant qu'un plus long entretien ne les trahît, firent disparaître ' les traces de l'ange et s'endormirent convaincus du succès de leur ruse. Pour Henri III , assiégé de terreur, de remords et de spectres , il atten= dit le jour sans pouvoir fermer l'œil. Les pre= mières claitésdu matin ramenaient à peine un
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peu de calme dans son esprit é^;\ré , lorsqu'un orage violent qui éclata sur Paris faillit le priver pour toujours de l'usage delà raison. Toutes ses facultés affaiblies par la scène de la nuit ne ré= sistèrent pas à de nouvelles émotions de terreur. Des éclairs, se croisant en tous sens, illuminaient le vitrage de sa chambre, et au milieu des vents et de la pluie , la foudre en éclats redoublés res= semblait aux accents de la colère céleste.
« O mon Dieu! disait le roi en se tordant les mains, prends pitié du plus grand pécheur qui ait jamais étél Sainte Vierge, je te voue une chapelle! Quelle horrible tempête! On croirait que le monde s'en va aller en poudre ! De pro= fundis /... Je pense ouïr les trompettes du grand jugement! Ce sont les diables et damnés qui jettent pareils bruits horrifiques ! j'en rendrai l'ame de peur! Oh! ah! Ave Maria... ! Paler nosterX.. quelle prière est bonne à cette heure?»
Soudain un coup de tonnerre, plus fort que les premiers , fit trembler le Louvre et roula long-temps d'écho en écho. Henri , dont l'effro i devenait du désespoir , se précipita hors de son lit et se cacha dessous, la tête dans ses mains , se plaignant comme s'il se sentait mourir. Puis réfléchissant qu'il n'était pas assez en sûreté
SOUS cet abri , à demi-nu et les cheveux hérissés , il traversa ses appartements avec des cris inar= ticulés , et courut se réfugier dans l'ombre des basses voûtes du château , où il voulut demeurer jusqu'à ce que l'orage fût entièrement passé.
Un silence imbécile succéda à ses transports bruyants , qui rappelaient la démence de Char= les VI ; enfin la foudre ne grondait plus depuis long-temps lorsque Henri consentit à remonter dans les salles d'en haut. Caumont se trouva sur son passage.
{( Loin d'ici, bethsamite! lui dit le roi ; phi= listin, amalécite, va-t-en, païen maudit! Pouah! tu sens l'enfer d'une lieue ! Fais-toi moine, et je te pardonne î »
Puis , lui ayant tourné le dos , il manda au= près de lui son prédicateur, M. Roze, évêque de Senlis , avec lequel il s'enferma dans son oratoire. Ils prièrent et se concertèrent ensemble. L'évêquCj bien qu'émerveillé de l'histoire du coup de griffe et de celle de l'ange, pour rassurer et faire sa cour à Henri , l'engagea seu= lement à mêler à ses débauches de pieuses cé= rémonics.
« Je jjrends tout sur moi , lui répétait-il eu palelinant, et je me fais votre caution auprès
de monseigneur l'ange. Revêtez l'habit de cor^^ délier lorsqu'il s'agira dépêcher, d'autant que ce saint costume purifie jusqu'au mal par rin= tention. Prenez clystères d'eau bénite, ce qui nettoie corps et ame à la fois ; portez chapelets et scapulaires ,• ayez , en cas de besoin , du bois de la vraie croix et des reliques; enfin à votre coucher, dites un Paiera rebours. Voilà excel= lents moyens de conjurer les démons et convo= quer les anges. »
Henri III , qui plus tard sanctifia ainsi ses in= famies, resta mélancolique tout le jour, ne dormit pas de la nuit , et le lendemain fit appe= 1er Arques eu sa chambre déjà pleine de châsses et d'ossements , comme le trésor de la Sainte- Chapelle. Arques, qui se repentait au fond de l'ame d'avoir troublé le repos de son maître en jouant si gros jv.a , n'était pas plus gai qu'il ne fallait. Le roi l'attira près d'une fenêtre ouverte sur le fossé du château.
(( Arques, mon loyal ami , lui dit-il, j'ai pro= mis au bon Dieu de récompenser toi et Saint- Luc j je suis maintenant d'humeur si chagrine , que de bon cœur je céderais ma couronne jjour une tonsure de prêtre ou un froc de pénitent...
— • » Sire, interrompit Arques, ne dites pas
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ces choses qui me tirent larmes des yeux -, et s'il se peut, régnez longuement et heureuse» ment...
■ — • » Par la Saint-Barthélémy! s'écria Henri les yeux fixés en bas de la fenêtre, que vois-je là? Si je n'avais l'absolution d'hier, je cuiderais rêver; regarde donc, Arques , cette griffe de fer qui ressort d'entre les pierres du fossé...
— » Je suis perdu î pensa le pauvre Arques , à qui le roi ordonna de faire chercher cette ma= lencontreuse griffe.
— » Vrai Dieu! dit Henri III lorsqu'il l'exa= mina de près, il y a des traîtres parmi nous !
— «Sire, pardon! répondit Arques qui ne redoutait rien tant qu'une disgrâce , je suis bien coupable envers Votre Majesté; mais par mes aveux prompts et entiers je mériterai, sinon merci, pitié et compassion. »
H raconta en détail, en se faisant blanc comme neige aux dépens de Saint-Luc , les inventions hardies de son complice , sur lequel se concen= tra bientôt toute la fureur du roi.
{( L'ange ;, disait ce dernier^ n'était donc autre qu'une sarbacane ! Cet insolent Saint-Luc a es= péré m'effi"ayer ainsi! A d'autres, sang-Dieu! je lui rendrai une plus belle peur dont il mourra
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haut et court. Silence , Arques , à ce prix est ta grâce. »
Henri III sur-le-champ commanda à Lan= cosme, qui avait huit compagnies de régiment à Brouage dont Saint-Luc était gouverneur , d'aller en toute hâte et en grand secret s'emparer de cette ville qu'il lui donnait en g6uverne= ment ; mais déguisant sa colère , il fit bon visage à Saint-Luc qu'il rencontra à la messe. Arques eut honte de sa trahison, et, malgré la menace du roi, il se vint mettre à genoux près de Saint- Luc, et lui dit à voix basse, feignant de prier Dieu dans ses Heures."
« Saint-Luc, on sait toutj Lancosme s'en va se saisir de Brouage j tâche de le devancer ou de fuir ailleurs, autrement tu es mort sans re= mède. »
Saint-Luc ne se le fit pas dire deux fois ; mais il sortit de l'église comme s'il eût saigné du nez , et piquant nuit et jour à crever dix chevaux , arriva assez tôt à Brouage pour en fermer les portes à Lancosme. Il y fut rejoint par sa femme que le roi essaya en vain de retenir prisonnière avec toutes ses richesses.
« Sire, écrivit Saint-Luc au roi, sauf le res= » pcct dû à Votre Majesté, si par vos ordres je
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» suis inquiété en mon gouvernement, je me fais " huguenot et ligueur à la damnation de mon » ame ; mais tout le mal n'en sera imputé qu'à » vous seul. »
Saint-Luc resta maître de Brouage jusqu'à la mort du roi ; Henri III eut toujours des mi= gnons , bien qu'il fit des processions et des mascarades j et deux ans après l'aventure de la sarbacane, Arques s'encapucina sous le nom de frère Ange, quitta, reprit le froc, et mourut duc de Joyeuse et capucin.