NOTICE
J'ai rassemblé une bibliothèque choisie de la*ente mille volumes, dont je dresse moi-mèmet le catalogue, avec des notes et obseWations.
J'espëre \e finir , pour peu que je devienjie centenaire. Me^ livres^ tous reliée en maroquin et dorés sur tranche, sont rangés par ordre dé date y depuis l'origine de l'imprimerie. J^ no comprends ni le grec^ ni le latin, ni l'apabe, mais^je possède des ouvrages arabes^ latins et grecs. C'est un petit sacrifice à la vanité. Ainsi , j'ai acheté au poids de l'or un exemplaire du Spéculum salutis , imprimé sur bois en 1420^ par Laurent Coster, bourgeois de Harlem* J'é» prouve une sorte d'orgueil à me dire : « Voilà peut-être le premier livre qui ait été imprimé! r^ La science bibliographique est un peu celle de$ ignorants.
Pourtant mon esprit s'est rencontré apteàune étude qui fut long-^temps abandonnée aux Béné» dictins , je veux parler de la langue du moyen âge, dont je îais mes délices. Je m'y suis accli«-> maté au point que souvent je croirais volontiers être né avec elle. Est-ce caprice? je ne le pense pas , car avant de se plaire à cette langue morte et comme enfouie dans de gothiques manuscrits , il fapt apprendre à lire une écriture
sua MOH91BUR JACOB. 9
qui ue ressemble pas mal à des caractères sams-» krits. Mais on aime à.sedistinguer du vulgaire y et lé bon M. Lacurne de Sainté^Palayè y me ré« pétait souvent : « (Notre moyeo âge aurait pour nous là moitié moins d'attraits y s'il était plus coniia; knais. Dieu merci) c'est une mine qui ne san pas éfHiisée de lohg*-temps» a £t voilà que l'on cotnmenoe iflsdntenant à exploiter la mine.
Je L'avouerai à aa honte ^ je préffere Rabelaia iHûDmère,.et lès vieiix romans de Lanceht et du Aenarr^ mé semblent de l'Arioste » ou mieux edcom* Les teneoiiis de^ troubadôui^ serappro^ ehant souvent, de la Jadeur fleurie et galante de MMi les chevialiers' Dorak , Bertin y Pàrny y qui n'élaietitfifin moins, qu^ de l'anciebise chëvale* rièf mais enievUicbe^ kâ trouvères de la langue SbU,y '. trop, dédaignés qu'ils sont , me semblent de Srrais ^c^ètes dAw leurs lais y où la naïveté s'onit ^ rmâgiiiiatH?i0ir Rutebeuf n(i'agrée autunt qta!«ià dasslque du gmod siècle.
Afat^: je le di^^l ,à qui voudra ren^ndre> Ra«« bêlais pour moi.e^t taut> ,et jâ chéris jusqu'à ses défeu^i L'h^^itud^^ r^nd aveugle , et voilà bien des années que je le réli^y quoiqu'il soit 4out en* ûer d^us ma m émoiiïej c'est delà. passipn^ si vous voulez^ jdiaîis <è .l^Qitj^ple du .<;ardinal
lO NOTICE
Dubellay ^ j'ai un singulier mépris pour qui* conque n'a pas lu lé Livre.
Il est impossible que cet amour des anciens» n'empîëte pas sur celui des modernes ; j'estime^ j'admire même un auteur récent^ mais ayec telles restrictions qui me conviennent- J'ofppose toujours ceux-ci à ceux-là, Kabelais à tous; Froissard et Sfonstrelet à MM.^ertot et Ânque^^ til; Pierre Blanchet^ auteur de la Farce de /?/?ielùiy à Regnard ; Robert Wace, à M. le comtd de Tressan \ Clément Marot , à La Fontaine; ainsi des autres. A dire Vrai y les points de comparai* son me manquent souvent , et pour ne pas don* ner tort à mes vieux écrivains^ je suis forcé d'oublier quelques-uns des nouveaux. Molière et M. de Voltaire sont difficiles à détrôner; mais je me console en faisant entrer bon gré mal ^^ , dans mon pairti;^ Montaigne et le grand Corneille.
J'ai de précieux manuscrits sur vélin^ avec des lettres d'or et des miniatures d'un fini achevé. Je citerai y entre autres , uq in-4blio y contenant là Légende dorée de Vorâgîne, lequel a exigé dix ans de travail de la part du copiste ; et la vie d'un homme est si courte ! " '
En un moc , je suis aussi savant qu'on peut l'être sur cette matière y et si Alain Chartier ou
SUR MONSIEViV JACOB. it
Philippe de CoDumoes revenait au monde , je m'entretiendrais avec lui de manière à passer pour son contemporain. Dans ma longue car^b rik*e 9 j'aurais pu servir ma patrie y être utile à mes concitoyens, faire de belles^ ou plutôt de bonnes actions; mais non , j'ai mieux aimé ressusciter pour moi la vieille langue française. L'égoisme fait vivre : qui sait? avec d'autres goûta et d'autres occupations y aurais-*je traversé sain et sauf les guerres et lès massacres de la république ?
Ce n'est pas tout, la manie des autographes est venue un jour me.urprendre, h rich«»eperme€ les manies. Pas un de ces grands hommes ne s'est douté, en écrivant son nom, qu'on paierait un jour de grosses sommes une signature qui lui coûtait si peu 1 Je conserve des écritures d e tons les siëdes et de toutes les mains. On s'aper« çoit Hen quelquefois que le feux en matière d'autographe n'est pas puni par la loi. Mais n'est-ce pas la foi qui nous sauve? Néanmoins , je suis sûr de partager avec la bibliothèque de Montpellier , l'heureux hasard d'avoir de l'é* criture de Rabelais. C'est une espèce de satire inintelligible^ dans le genre des Fanfreluches aniù^tées du Gargantua.
On verra aîllQursi oommeiiit ma ciiribsîl4 d^ao^ tograpbes est enqudiqi;iQ sorieïa ioa.Q3e j)remièr« de Touvrage avuthenUque que j'ofiire au publia* Dieu &sîse qu'il me vaille une lettre de sîr Wakto Scott I çà m'aura été tout profit de me £iîre soa secrétaire de mon chef.
Je n'avais jamaia soagé à âtre auteur ^ >mats bien éditeur; je!prépapais enioon8équencie>mLe réimpression plus oomplète des Œuvros' 'de Charles d'Orléans, qui, pour avoir été' publié , n'a pas la réputation qu'il mérite ; je me prèpo» sais aussi de mettre aii jour des Mémoires originaux inédits isur. les galanteries des cours de Finance; mais je travaille si Lentement, que j-^ai grand'peur que mes projets meurent avec omm.
n iest possiUe encore que ee Jivre me dësen^ chante du métier d'éditeur. . >
Je n'ai rien à ajouter sur les événements prt-« vés de ma vie, où l'achat d^un Ëlzéyir et lé lec* ture d'un manuscrit sopt de grands événements^ Ma bibliothëqae ne laissait pas de place dans mon cœur et dans ma maison pour une lemme et pour des enfents. Ma gouvernante a coi^s^tattiment approuvé mon attachenient po»r le- céli« bat; mon malheur aurait dépendu <lumoinfdre désordre dans mes papiers cm daM m^ livi^tst^ou
sua MONSIEUR JACOB. l3
dans mes autographes. Dieu soit loué ! chaque chose est chez moi à sa place : je me tiens à la mienne.
Il me revient en idée que j'ai commencé une description de la maison que j'habite : les sculptures en bois qui forment la corniche avancée sur la rue^ sont assez étranges pour qu'on essaie de les expliquer. M. Tabbé Lebeuf prétendait qu'elles remontaient aux Romains; M. Piganioi de la Force disait qu'elles étaient Fouvrage des Juife ; M. Lacurne y voyait distioctement les attributs de la chevalerie; quant à moi, je persiste à soutenir , par des preuves certaines, que ces sculptures, de même que celles du portail de Notre-Dame , doivent se rapporter à la science hermétique ; laquelle croire de ces diverses opinions ?
En vérité, je me suis arrêté avec trop de complaisance sur le pauvre M. Jacob. Je termi« nerai en demandant à Dieu ou au diable quel»
ques jours d'existence encore, pour rester en extase devant mes autographes, coUationner mes manuscrits , imiter le vieux gaulois , et dire que M. Greuzé de Lesser , auteur d^Amadis et delà Table ronde , est un barbare !
SOIRi;JB8
DK
Ail. mois d'octobre 1826, sir Walter Scott fit un voyage à Paris, pour recueillir les matériaux de son étrange histoire de Napoléon ; il resta quinze jours dans la capitale > relancé , m*a-t-on dit , par les journaux , qui se souvenaient des Lettres de Paul s fôté par
lO SOIRÉES
quelques personnes qui ne voyaient en lui que le grand romancier ; sous la conduite de M. Gosselin, son éditeur, il visitait , le jour, nos bibliothèques et nos musées; le soir, nos théâtres et nos bureaux d'esprit. Je ne pense pas que nous le revojioqs Jamais.
J'appris son arrivée par mon fidèle Journal de Paris ^ qui ne laisserait point passer inaperçu, un enfant à deux têtes, ou bien un animal curieux ; je suis un abonné de la Ton» dation..t)epuis soixante in^, èa i!é|ité« , l'esprit du journal n'a pas changé.
 peine eus-je connaissance de cette nouvelle , vraie de point en point , que par amour pour les autographes^ je m'écriai : « Walter-
Scotl î » Ab I si j'avais, possédé «eul(çmept ce oon^ là écrit de la main de celui ,qui le^po.rle-^ je oe publierais. p9^ aujourd'hui ce. livre ! Q[>e: voulez-*vou5? pour comp^tpr ma collection > il me fallait de l'écriture du célèbre baronnet. Je formai tout d'abord mille projets plus
DE WAMTER SCOTT. 17
extravagants les uns que les aotras pour conquérir cette précieuse écrilure , mieux que s'il sefât agi de la toison d'or. Tantôt je songeais à envoyer au célèbr<i vovageuruné lettredebienvenue, une sorte de panégyrique , dans l'espoir d'obtenir une réponse ; tantôt, ayant ouï parler de son avidité mercantile , je m'encourageais à lui faire offrir, en échange de quelques lignes, une somme honnête , comme on dit , lors des concours d'acadénfiies de province. Quesais-je? j*aurais séduit ses domestiques y donné un dfner à quatre entrées , un bal avec des glaces » et cela pour deux traits de plume^ de cette plume qui a écrit tant de beaux ouvrages que je n'ai jamais lus , soixante în-oclavo^ je crois.
Un de mes vieux amis, qui fait dè;s traductions à tant la feuille , sous la raison : Defauconpret et G* , vint me visiter , comme si le ciel me l'adressait pour me tirer d'embarras. Ses premiei^ mois furent une enquête banale à l'égard de ma santé ^ qui n'a pas besoin de
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sangsues Di;,d'élixir de longue vie ; puis^ sans
transition , il se jeta sur Walter Scolt ; c'était
amplecurée à conversation. «Ce cheFde l'école
historique, disait-il^ àmoi^qui ouvrais des jeux
fixes d'étonnement , est reçu avec enthou»
siasme^ — On a imaginé de faire une spuscrip»
tion pour l'héberger chez Grignon, à 20 francs
par tête. — Il raconte des merveilles de lord
Wellington , et se moque très agréablement
du petit Corse. — ^C'est un grand homme,à l'œil
fauve et louche , un peu boiteux comme lord
Bjron^ ce qui ne lui va pas mal du tout. —
Du reste gardant un stricte incognito , de
sorte qu'au spectacle ou à la promenade, tout
le monde le reconnaît et le suit. »
En un mot, mon ami, plein de son sujet , n'omit pas un détail relatif à son idole. On eût dit qu'il parlait du chapeau de Bonaparte. Il n'oublia point de me répéter que sir Walter Scott venait exprès à .Paris pour prendre des notes : ent quin;i^e jours ^Irai^eu^Werait de quoi
DE WALTfeR. SCOTT. I9
composer, d'une part, une hisloireen dix-huit volumes , et un roman en* quatre. Ce n'est pas ainsi , murmurai- je tout bas , que Froissard et Rabelais faisaient des livres.
Ici j'arrêtai mon narrateur et je lui demarrdai brusquement le mojen de me procurer l'autographe tant désiré. Ma question parut l'embarrasser ; Walter Scott avait un secrétaire, et n'écrivait jamais lui-même. « Il sait du moins signer son nom ! » m'écriai-je, retombant dans mes réminiscences du mojen âge , où maint valeureux chevalier ne savait que tracer une croix avec la poignée de son épée* Mon ami rougit de colère à cette outrageante exclaniation, puis se hasarda à sourire, et j'en fis autant. J'avais été trop loin.
« Mon cher Jacob, me dit-il, demain sir Walter Scott doit passer la soirée chezmadame de M***, toute la haute lillérature y sera : je vous conduirai volontiers dans cette maison ; le ciel et votre adresse feront le reste. »
En effet , }e lendemain vers huit heures do soir ^ mon ami vint me chercher , trop tard à mon gré ; je ne me donnai que le temf» de me charger d*un in-folio que j'avais préjparé à des^^ sein, et jelesuivis d'unpasiqui ne se sentait prèsque point démon âge» Contentement rajeunit.
Je ne pris pas garde aux chuchotements qu'excita dane> l'assemblée l'apparition de mon bouquin^ que je tenais amoureusement dans mes bras, comme un petit enfant au maillot. La maîtresse de maison , femme char» manie y m'a-t-on assuré, me présenta elh^ méaie au npble étranger , qui causait à l'o»
reiUe d'unie jeune dame, en français sans doutq. J^ crus n) 'apercevoir que cette dame me cédait la place à regret* On éc<>u(ait en silence c^ que j'allais dire.
« Milord , commençai- je en tendant vers lui mon in-folio entr'ouwrt ; j'ose vous s»p» plier d'écrire quelque cho3e sur ce volume^ en faveur du nom de l'auteur. » Je crojais
avoir apporté un tome des œuvres de Jean Scott , fameux docteur de l'université de Paris, au quatorzième siècle.
« Avec plaisir, » répondit poliment Walter Scott après avoir ouvert le mystérieux infolio. Il demanda une plume et me rendit le livre avec ces mots sur la première page :
Voila mon maître.
Walter Scott.
J'étais transporté de joie, je n'en croyais pas mes yeux , mais je demeurai tout confus
en m'apercevant d'un quiproquo C'était
un tome de Froissard, édition de Lyon iSSg !
ce Messieurs, dit Walter Scott , en mettant la société dans la confidence , grâce à monsieur , que je n'ai pas l'honneur de connaître , quoique son procédé m'annonce un homme d'esprit et d'érudition , je viens de confesser ane vérité dont certainement on s'armera contre moi. »
A cet éloge inespéré de ma personne , tous les regards s'étaient tournés de mon côté , et j'ai idée que dans cemolment d'ovation j'avais grandi de trois pouces. Le livre contait de main en main : les dames en gants blancs n'osant pas toucher le papier jaunâtre et le
parchemin noirci de ce bouquin ; les honmies pour la plupart se demandant l'un à l'autre quel était ce Froissard, Dieu me pardonne!
j'entendis un élégant à la cravalte bien em»
pesée , dire avec â isurance que Froissard était un auteur grec. L'^norânoe est de mode^ ou du moins de bon ton.
Walter Scott souriaot avec oaaiice , comprît que l'entretien n'était tenable qu'avec moi : ce Oui, monsieur, contiiHia-t-il , c'est 4aBS le vieux Froissard .que j'ai trouvé le gerone du roman historique. La création ae m'en appartient pas , je l'avoue en toute humilité ; je n'ai fait que ressusciter des morts , ramasser des trésors dans les tombeaux et emporter
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dans mon pays des biens nés dans le vôtre , et que vous dédaignez , faute de les connaître.
— » Non , non , interrompis-je en lui serrant la main violemment ^ je lis ^ je relis Ftoîssard depuis ma jeunesse^ et^ tout vieux que je suis^ je ne me lasse pas de ses intéressantes chroniques. G^est de Thistoire que ces tableaux y ces récits en action , et il j a loin de là à des dates et à de stériles résumés !
*- » Certes , Froissard est sans égal...
-— » Il est vrai ; mais Monstrelei n'est pas Don fhts à dédaigner. . .
— » D'accrad. Je ne déclare la guerre qu'à votre triste Anquetil et tutù quanti. Nous autres Anglais^ nous faisons un cas extrême de tous vos Chroniqueurs , et leurs ouvrages deviennent tous les jours plus rares en France^ parce qu'ik sont à l'enchère au^elà du détroit.
— » Vous êtes donc aus^ amateurs de vieux livres en Angleterre? Je ne m'étonne plus si
j'ai acheté, ce Froissard i4o fr. à la vente du
duc de LaTallière... »
J'allais me lancer à corps perdu dans la bibliographie ^ quand la conversation s'établit généralement. <« Gomment, milord, disait une jolie femme , vous avez eu le courage de lire ce gros livre sentant le moisi à faire lever le cœur ?
— » Impossible , ajoutait une autre . la Fiancée de Lammei'moor ^ la Prison d^E^ dimhourgy et tant de délicieux romans y n'ont rien de commun avec cet ouvrage en langage barbare et inintelligible. — Walter Scott entend fort bien la plaisanterie , continuait un petit commis de finances. . — Cet original devrait bien se retirer avec son Froissard. »
Le sang me bouillait dans les veines , je me sentis délivré d'un grand poids, quand Walter Scott me regardant d'un œil de bonté, me fit signe qu'il allait prendre notre défense à tous deux et partant celle de Froissard.
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« Messieurs, dit-il , méfiez-vous des apparences , et ne soyez pas , je vous prie , plus indulgents que moi-même à mon égard; vous me forceriez à mè faire plus miodeste que je ne le suis en effet; j'ai reconnu Froissard pour mon maître ; c'est ainsi que votre excellent Lafontaine se déclare souvent élève de Clément MarOt et de Rabelais. Je ne saurais vous témoigner combien je dois de reconnaissance aux vieux historiens français. Ils ne m'ont pas seulement montré la manière de faire agir et parler des personnages historiques, je leur dois encore l'idée de mon Quentin Durward, qui est tout rem[di de Philippe de Gommines, le Tacite de la cour de Louis Xi. Bientôt j'espère puiser une nouvelle composition dans lesanna-
leside votre histoire y et ne pouvant jouter avec Froissard quand il s'agira de représener Charles le. Téméraire, j'essaierai du moins à l'imiter. »
Ici on cessa de m'entourer d^une attention
ironique ; quelqu'un me demanda tout haut si je faisais aussi des romans. « Moi ! m'écriaije presque blessé d'un pareil soupçon, desro** mans! fi donc! de l'histoire^ à la bonne heure.» J'eus regret de cette boutade qui contraria Walter Scott , quoiqu'il fît pour n*en laisser rien voir.
^ Monsieur a raison , dit-il , après un mo** ment de réflexion, le roman est,- si j'ose m^t/x.^ piimer ainsi , un fils naturel de rhistoire. Bien de»:gens se font scrupule de le reconnaître.
Quant à moi , qui ai fini par fouler aux pieds la honte , et me déclarer père d'un trop grand nombre peut-être de ces enfants naturd^ , je prou¥erais facilement que l'histoire ressemble quelquefois au roman à s'y tromper, et safis invoquer à l'appui de mon opinion , une foule de chroniques aussi exactes qu'amnsantes , )e pourrais rapporter en forme d'exemple, quel»
ques faits curieux et peu connus que j^ai réunis dans . mes recherches, h
ce Des histoires ! uq roman ! un conte ! «> répétaient trente Toix au milieu de marques bruyantes d'approhation , et déjà un tripie rang de chaises s'était formé en cercle autour derorateur. Les douairièresa vaient abandonné le wisht^ les jeunes gens le billard , les demoi* selles les jaaeries à voix basse. Seul, )'étais resté à ma place ; et Walter Scott , sans réclama:* le silencequi s'était établi dans l'instant^ commença un réeît auquel son habileté à oar»
rer doanail uti charme inexprimable. Il conta d'abord fo Grand Œiwre ^ et trois autres scènes historiques retinrent jusqu'à minuit tout l'auditoiffe, qui n'eut pas regret à ce temps si gentimieat emplojé. Je ne dirai pas que l'on applaudît le ccMiteur ^ l'éloge serait faible aupr» de cette extase magnétique qui enchai^* nait chacun de nous quoi qu'il en eût*
Qo: Su pFOinettre à Walter Scott de revenir le lendemain soir et les suivants > pour centi» nuer ses récits varié- et improvisés. Je me pro»
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mis en même temps, à part moi, de ne pas manquer un seul de ces cours d'histoire appliquée au roman , et )'eus lieu de ne pas m'en repentir. Il semble queWalter Scott prit plaisir à se surpasser lui-même. Je parie que pas un de ses auditeurs ne se consola de son départ , avant la publication de son dernier roman.
Cependant l'impression produite sur moi par ces récits de la bouche d'un homme de génie, ne fut pas si prompte à s'effacer. J'avais , dans nia mémoire de quatre-vingt-neuf ans., retenu les principaux traits de ces petits drames historiques ; )e ne sais quel caprice me décida à les confier, au papier, sans vouloir toutefois faire Walter Scott responsable des erreurs que j'ai pu lui prêter. Mon souvenir tôutimprégné de gothique , a nécessairement transpiré dans mon style; la faute en doit. être imputée à moi seul» comme toutes celles qui appartiennent de bon droit au copiste.
Enfin je protesterai que ces espèces de non
tes n'étaient pas destinées à l'impression , d'autant plus que je ne m'en suis jamais regardé comme l'auteur ; Walter Scott sans doute dira de même. Mais plusieurs scènes historiques ajant été imprimées dans un journal ^ j'ai retrouvé ma version à de légères différencesprès. Je présume que quelqu'un s'est fait comme moi le secrétaire de Walter Scott, sans lui demander son bon plaisir; ou bien, selon l'usage, mon manuscrit sera tombé, à mon insu, en des mains infidèles. En tout cas, Walter Scott est le seul qui puisse réclamer peu ou beaucoup dans ce recueil. Il est possible qu'il n'en fasse rien pour des motifs à lui connus. On sait qu'il a nié long-temps ses chefs-d'œuvre.
Pour moi, il est de mon devoir d'éditeur conscientieux, de lui adresser à son château d'Âbooswod, la dédicace de son ouvrage.
P.-L. Jacob ,
Bibliophile^