‹ Soirées de Walter Scott à Paris, recueillies et publ (volume 2)Chapitre 8 sur 16 · L'IMPRIMERIE · texte numérisé non relu

L'IMPRIMERIE

^0t l^omme ci? «tescf^c le niable» ^^«^

Mtsti&re ds l^ FASSioifr

Le quinzième siècle fut celui des déconvëiiesr et des inventions; il vit naître tour-à-tour la peinture à l'huile, la gravure sur cuivre, la boussole , et Timprimerie.

Jean Fust ou Fauste , selon quelques historiens, demeurant,^ à Harlem, chez Laurent Coster, qui^ depuis i4^o, imprimait avec des planches de bois gravées , s'appropria cet admirable secret , et s'enfait à Mayence avec le»

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caractères qu'il avait enlevés pendant la messe de minuit. Dans cette ville, il s'associa son gendre Pierre Schefier et Jean Guttemberg; riche bourgeois de Strasbourg , dans le but de perfectionner la méthode de Laurent C!oste^. Ils fondirent les premiers des caractères en métal y et aprës des efforts inouis et des travaux poussés presqu'au hasard, ils achev^ent l'impression d^une Bible, en tout point conforme aux manuscrits. Les grandes lettres , les miniatures étaient dorées et peintes à la main. Ces trois associés jur^ent entre eux de ne révéler à personne une invention qui devait les enrichir, et afin de ne pas donner l'éveil à la curiosité et à l'indiscrétion , ils ne vendirent à Mayence qu'un petit nombre d'exemplaires , qu'ils firent passer pour de véritables manuscrits. Jean Fauste se rendit i Pari«, dans l'espoir d'y trouver beaucoup d'argeat de ses Bibles. Une Bible, bien écrite et bien coloriée , coûtait alors environ ânq cents écus d'or à la couronne.

Jean Fauste était arrivé depuis deux jours an lieu de sa destination , avQc sa librairie mystérieuse. H avait loué, dans la Cité, une petite maison à trois étages et au toit aigu ; il s'était donné seulement comme un écrivain cherchant

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de l'ouvrage , et^ sous ce prétexte , il dberchait des chalands pour ses livres y sans toutefois s'aider d'une enseigne à quelque saint , ni même du crieur puUic. Du reste ^ la bourse aases mal garnie ^ en attendant.

Jean Fauste passait , un peu avant dix heures, vers la pointe des rues de la grande et de la petite Truanderie, auprès du Puits d'Amour y aipsi nommé pïirce que Âgnës Hellebic y dame de la cour de Philippe Auguste , s'y jeta par dé^» sespoir amoureux. Il aperçut une femme voilée, et son cœur s'êtant mis à suivre cette démarche gracieuse et entraînante , il se laissa aller où son cœiu* allait. Gomme il s'approchait d^eUe en mardiant, elle entendit le bruit de sa respiration et de ses pas y se retourna, leva son voile, et comprenant son intention, le doigt posé sur la bouche , sourit merveilleusement.

K Messirt , dit-elle à Fauste immobile à l'é«i coûter, Toîci quasi l'heure ordonnée par nos statuts , et de ce pas je m'en vais à mon dapicr, qui est dans la rue Champfieuri , bien propre , bien duisant , bien embaumé. N'y viendre2>*vous point avec moi ?

— » Oh que si ! reprit l'Allemand tout eni** vré de ses regards et de sa voix. »

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Mais il remarqua à temps la ceinture dorée de la dame et son bonnet pointu ^ auquel on voyait attachées les armes du roi des ribauds y qui y par ordonnancé royale , était chef et grand justicier des filles folles de leur corps. Ces armes portaient une tête du dieu Priape , et je pense que cela était de bon revenu pour ce roi des ribauds y personnaj^e Spécialement attaché au service de la cour. Jean Fauste pàlit^ et la honte le sommait de sWréter , tandis que l'amour^ aa contraire , le suppliait de n'en rien faire. Cepen» dant y comme un bon dévot qu'il était , il ne compta pas sans sa conscience*

« Il m'est avis , par Notre-Dame ! que tu es femme amoureuse de ton métier; ce qui ne paraîtrait à ta fraîche et non vermillonnée couleur 3 à ton sein ferme encore d'apparence, et à ces gentils affiquets, que l'on voit d'ordinaire aux dames de haute maison. Tes yeux tout flam» boyants ont fait de mon anie une vraie Troie , assiégée et brûlante...

— » Je n'ai loisir d'entendre ces jolies choses; mes affaires me mandent ailleurs. Décidez y sans plus de retardement , ce que vous souhaitez de moi y sinon n'entravez plus ma voie ; si quelque jour il vous arrive du ciel ou de l'enfer quelque

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envie de me revoir , ayez en mémoire le nom d'Annette dite Bras-d'Or. . . .

— » J'ai £ait serment à mon saint patron de n'entrer jamais en lieu de débauche ^ mais toi, que ne viens-tu à mon log^is ?

— » Oui dà ! mon seigneur , encourrez-vous ai gaiment l'amende y dont il me reviendra à moi des remontrances, et mieux peut-être? J'ai bon vouloir^ mais méchant pouvoir. Il nous est défendu de recevoir hommes autre part qu'en nos clapiers, et aussi aux hommes de nous rece» voir en leurs demeures. Ignorez-vous si étràn^* gement nos usages ?

— » Certes oui : ce sont choses inconnues ep, Allemagne , dont j'arrive nouvellement. Nonobstant^ viens et m'accompagne, tu n'auras lieu de t'en repentir^ et par là j'évaderai mon ser^ ment touchant les lieux de perdition . »

Annette ne se fit plus long-temps prier, et alléchée par la promesse d'une généreuse récompense^ elle suivit Jean Fauste jusqu'à son domicile, au grand étonnement des gens de Paris , qui n'avaient pas souvent vu ses pareilles sortir des dix rues consacrées à leurs attribu« tions. Elle était en effet si belle et si bien vêtue que chacun enviait le sort de son compagnon.

Durant la route, elle conla à Jean Fauste com=

ment , lors de l'entrée du roi Louis XI à Paris,

en i46i^ elle avait été choisie par monsieur

le prévôt des marchands, pour jouer une syrène

toute nue à la porte du Ponceau ^ et comment

elle avait chanté des motets qui furent fort goù»

lés de la cour. Puis , elle lui fit Fénumération

des amis qu^elle avait eus, en dehoi*s de son

état, et lui récita les plus beaux sermons du

père Olivier Maillard, cordelier, qu'elle adorait,

pour le présent, à en perdre l'esprit. Enfin,

Jean Fauste mit fin h ses récits en ajoutant un

nom à la liste de ses amants , et sans doute le

jeu lui plut , car il garda cette fille jusqu'au soir,

l'hébergea libéralement, et la renvoya avec un

don au-delà de ses officieux services.

(( Ma mie , lui dit-il en la baisant à la bou» che, je remercie mon bon ange, qui m'a fait te trouver par hasard ; amitié ne doit pas cesser si tôt , et commencement veut la fin. Donc, à revoir.

— » Oh! les précieux livres! ajouta Annette à l'aspect des Bibles , couvertes en parchemin blanc rehaussé de dorures, le roi lui-même n'en a pas autant^ en sa librairie de la grosse tour du Louvre.

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— » Prends ce livre , s'écria Fauste en lui présentant une Bible y prends-le en souvenir de Jésus-Christ et de moi : c'est une très profitable lecture , qui rachète des péchés y ne sais combien. En outre y ledit codicile a été fait et parachevé de ma main ; le roi , votre sire , n'en a y je te jure , de cette écriture mirifique.

— » Ainsi de votre état, vous êtes écrivain, messire?

— » Oui , de vrai , ou peu s'en feut. Adieu , ce manuscrit te rapportera de belles sommes, de qaoi acheter des carcans, des anneaux et des oreillettes à foison ; mais montre-le à tout venant , fut-ce gentilhomme , soudard ou prêtre , et dis à un chacun que moi, Jean Fauste de Mayence , à cette heure dans Paris , j'en vends de tels à si bon compte que le vélin est à peine payé.

— » Par les saintes femmes de la rue Froidmentel 1 c'est à faire à vous. Mon seigneur et ami, le père Maillard, qui par chaque beau sermon , soit français , soit latin , a tant seu« lement dix gros tournois d'argent, gagne de surplus sa pauvre vie à faire des livres avec une étrange adresse ; mais il ne lui suffirait pas de deux années pour en orner un si richement, et je

n'ai encore pu obtenir de sa main un missel avec l'image de ma patronne, madame sainte Anne, n

Annette emporta la Bible en sa maison ^ et veilla une partie de la nuit à examiner les vis gnettes et les arabesques coloriées qui . s'y trouvaient; pourtant elle ne savait pas lire. Le jour venu, an coup de dix heures, elle alla à son clapier de la rue Champfleuri, sans toutefois oublier sou livre , qu'elle estimait déjà à l'égal d'un trésor. Dans la chambre bordclière ^ toute embaumée d'onguents , de parfums, de fleurs et de ramées vertes , elle s'assit sur une natte, feuilletant le précieux volume , pour mieux attendre sans ennui quelque ribaud muletier, carme ou cordelier ; Olivier Maillard parut.

C'était un gros, court homme, bien pourvu en épaules, muscles et le reste; sa iace large et épaisse, ses joues rondes et enluminées, ses yeux petits et viis, sa bouche naturellement souriante, tout chez lui caractérisait le disciple de saint François, accoutumé à jouir de tous les biens de la terre, par cela même que sa règle ne lui en permettait aucun. Son froc, ses sandales et sa ceinture de corde formaient en quelque soite le complément indispensable de sa joyeuse physionomie.

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« Vertu de froc ! cria-t-îl en ouvrant bru»»

quement la porte, sans qu'An nette levât la tête au bruit qu'il fit, est-ce aujourd'hui jeûne et pénitence, qu'il n'est aucunement question de cuisine et de boufFetailles* Mes tripes et boyaux, par IMeu ou par diable ! sonnent l'heure de se mettre à table.

— « Olivier , dit Annette sans répondre à ses lamentations gastronomiques, regarde le merveilleux livre qui m'a été offert»...

— » Oh hé 1' reprit le père Maillard, qui fixa un œil d'envie et d'admiration sur la Bible ouverte par terre, dis, Annette, qui t'a fiiîtce don royal? seïait-ce par aventm^e le seigneur ViJlon , le poète , qui l'eût détourné de la librairie de monseigneur le roi , ou plutôt de celle des pères de Saint -Vi.ctor? Je voudrais pour beaucoup être au^si bon écrivain que fut cèlqi qui a copié cette Bible. »

Annette alors lui narra tout au long , et sans omission , son histoire de la veille , pendant que le cordelier , plantant ses besicles sur son grand ne^, considérait le volume page par page, et laissait échapper des exclamations de surprise, avec ces mots : « Cela siérait volontiers vendu bien cher, » Puis, lorsquela courtisane eut fini son

récit ^ il ferma le livre , réfléchit un moment , et dit :

a Barbe de capucin ! cet étranger est démon ou sorcier, sinon fou renforcé. One a-t-on vu bailler en pur don un livre d'une inestimable valeur ? Ce ne peut être un écrivain , d'autant qu'il saurait qu'un si grand ouvrage n'est pas à faire en un jour, mais bien en des années.

— » Cet homme est, ce me semble, plus habile que vous , et moins paresseux ; car il m'a prié d'annoncer par la ville qu'il avait nombre de livres semblables à vendre au fin premier qui en voudrait, escarcelle en main. Le prix n'outrepasse point soixante écus , à ce que je crois.

— » Par le moule de mon capuchon ! c'est quelque larron receleur de vols, et je ferai qu'il soit pendu déconfés ; autrement , si par magie et sortilèges , il parvient à ce rare travail , le tort énorme qu'il feit aux écrivains de notre ville veut qu'il en soit mis hors; le procès se fera, s'il en est besoin.

— » Es-tu bien aise de me douloir , en mo»

lestant un si honnête homme ?...

— )) Fi doue ! mais commerçons ensemble :

demain , qui est le dimanche de la Quasimodo ,

je récite à Saiat-Thoxuas-du-Louvre un ser* mon , auquel sera la cour 5 j'ai afiaire d'un verset biblique ; or donc ^ consens à Changer ce livre inutile à toi^ qui ne lis jamais, pour causer je te compterai aussitôt cent écus à la couronne , que contient ma pochette.

— w Marché fait , compëre ; voyons de quel or est votre monnaie. »

Olivier Maillard s'empressa de livrer la somme promise^ et sans donner un moment à ses amours, il emporta la Bible, comme Patelin son drap, n s'en alla chez maître Jean de La Pierre , prieur de Sorbonne , qu'il savait fort curieux de manuscrits 'y aussi le sien f ut*il étalé aux yeus stupéfaits du docteur , vanté avec complaisance, et la vente -conclue à l'instant pour une somme considérable ^ à la satisfaction de tous deux.

« Maintenant , dit Maillard après avoir àiché l'argent dans son sein, vous plairait-il, monseigneur , de gagner au centuple l'intérêt de vos espèces sonnantes ?

— » Gomment? répondit le prieur intrigué par cette belle proposition., As-tu pas la pierre philosophale ?

— » Que ce soit pierre ou autre chose , je connais l'art de faire de l'or en achetant peu et

vendant beauoonp. Quoi? non des terres, cens et maisons^ mais des livres en écriture bien moulée, des Bibles en tout semblables à celle-ci, par mon cordon !

— » C'est bonne marchandise , en ce bon temps dé dévotion ; n'était que la moindre copie coûte autant qu'un reliquaire, vôire plus. Donc, trouve m'en à bas prix , et je ne les paierai en indulgences. »

Olivier Maillard, sans vouloir d'ailleurs indi» quer la source d'où il devait tirer ces Bibles^ convint avec Jean de La Pierre de partager entre eux les bénéfices du négoce , dont le riche prieur consentit à faire tous les Irais.

(c Que le Dieu des Juifs te soit en aide, mon filsl dit-il en souriant à Olivier, donné sur moi lettres de créance à ta fantaisie; je serai ta caution'; néanmoins, ne jette pas l'Eglise , ta mëre, en oubli , et devenu marchand , pour notre plus grand bien , prêche le peuple comme de»

vaut.

— » La fiëvre quartaine me tienne! si le përe Olivier reste muet , à moins que voix et haleine lui défaillent : demain, à Saint-Thomas--du'- Lottvre dévers midi, je parlerai bien chrétiennement de choses saintes égayées de contes et gen-

tillesses Jlest temps de.rêver auclit sermon . Adieu voas command ! moDsieur mon argentier, »

Le cordelier ^ d'après les indications d'Ânnette y trouva sans peine la demeure de l'homme aux Bibles; Jean Fauste était occupé à ranger ses volumes dont le nombre ne passait pas deux cents; le souvenir de la charmante courtisane le poursuivait encore au milieu des soins de son état. Olivier Maillard restait immobile et silencieux à ]a porte ; la vue de ces nom:= breux manuscrits l'avait frappé de stupé£aic* tion*

« Mon maître, dit-il enfin , il n'est bruit i Paris que de Bibles, que vous vendez à perte, sans doute pour mériter le paradis en l'autre monde

— » Messire , interrompit Jean Fauste , on vous a mal appris pe]a ; comme vous pensez , je n'ai pas de bon gain à faire en cette entreprise^ mais il est faux que je perde un denier de ma bourse ; quant à ce qui est d'être meilleur chrétien qu'un autre, je n'y ai pas encore songé, et loin de moi d'embrouiller le ciel avec mes mar» chandises. J'ai dit.

— » Les méchantes langues piquent comme hérisson , et trois fois heureux qui n'en est at-

teint ! Mon maître y au fait : le prix de cha(5uire de vos Bibles ?

— )» Soixante écus d'or.

— :» Soixante! s'écria Maillard en modérant à peine un mouvement de surprise et de doute. Est-ce vous qui avez feiit ces livres ?

— » Que vous importe? moi ou un autre sans doute.

— » Tête-Dieu! suis-je pas écrivain comme vous et juge expert, en telle matière? Je riais tous bas de ma demande étrange ; car j'ai idée du temps qu'il faut pour régler, écrire et enlu» miner un volume seul.

— » Pourtant, messire le savant, àMayence d'où je vins l'autre hier , puis -je à volonté sans trop de peine établir mille Bibles de cette sorte y et ce , dans six mois.

— » Par l'ame de saint François d'Assise!

es-tu pas sorcier , toi qui parle ainsi imprudemment?

— » Sorcier ! je ne sais qui me tient que je le croie! Pourquoi ces interrogations? Cherchez quelqu'un qui y réponde , s'il le peut ; je n'ai loisir d'user temps , paroles et salive à ce hire.

— » Je vois clair au fond du sac, et je vous déclare sorcier damné , hérétique et brùlable en

bonne justice humaine. Donc de deux choses laquelle élirez vous ?

— » Par les trois rois de Cologne ! me voulezvous traiter magistralement^ vous duquel je ne connais que l'habit ? j'écoute cependant.

— » n s'agit de vendre au comptant toutes ces Bibles 9 ouvrage satanique^ et de vider de céans sans qu'il soit plus onc parlé de vous y à cent lieues là autour^ sinon vous préparer à rude attaque en parlement comme adorateur du diable et laiseur de sortilèges^ conclusion y le pilori aux halles , ou le bûcher en la place de Grève.

— » Grand merci du choix , maître j j'en ai trop ouï des deux oreilles; retirez-vous et demeurons en brave intelligence , si m'en croyez.

— » De grand cœur ; mais délivrez-moi votre marchandise et ne revenez pas. Autrement j'en obsëcre les saints et saintes du paradis ^ je vous accuse en cour du grand Châtelet^ et votre seigneur y le diable du trou saint Patrice , ne vous sauvera la charbonnade. Déjà sentez-vous le roussi ?

— » Fi ! messire ; menaces ne me sont de rien, et ma blanche innocence m'en gardera de vous et des méchants. Je vendrai ma librairie à d'au-

lres,je séjournerai à Paris, et si j'en sors vivant et malgré moi, je dirai encore mes patenôtres, à Feffet d'augmenter Tire céleste contre vous, beau père !

— » Jean Fauste , n'y pense pas à demi ; oui ou non sera pour toi heur ou malheur^ de ce qui arrivera je me lave les mains à l'avance.

— » Non ! sus , renard cordelier , dehors , et qu'il en soit ce que tu voudras , ou plutôt ce que tu pourras; soyons bons ennemis, et avant d'a« cheter des livres, une autre fois, épargne au moins le vendeur qui n'est pas dans le temple.»

Olivier n'attendit pas que Jean Fauste le jetât dans la rue par la porte ou par la fenêtre ; il lança un regard furieux sur l'imprimeur, et sortit au milieu d'un bruyant échange de jurements et d'imprécations. Dès lors tout entier à des idées de vengeance , il courut chez Jean de La Pierre, auquel il raconta la malheureuse issue de sa tentative , et de là porta plainte devant le parlement contre le sordev allemand. La nouvelle de l'arrivée à Paris du libraire inconnu commençait à se répandre par la ville , et les ac= quéreurs de Bibles se présentaient en aussi grande affluence que le permettait la rareté des espèces. Ou criait au miracle et à la magie!

Le lendemain^ la foule se pressait d'entrer dans

l'église St.-Thomas-du-Louvre , pour entendre le sermon du père Maillard. La cour n'y était

pas comme il Faydlt espéré; mais des auditeurs venus de loin^ attesl^ient la renommée du pré« dicateur. C'étaient pour la plupart des ouvriers, des moines , et des filles publiques. Ânnette se feisait remarquer par la richesse, le bon goût desa toilette, et surtout par la hauteur démesurée de sa coiffure, qui , selon la mode du temps, res» semblait à peu près au bonnet des Cauchoises d'aujourd'hui. Ses yeux se portèrent avec ceux de l'assemblée vers la chaire , où le père Olivier Maillard avait paru , le visage composé et les mains en croix sur sa poitrine* Un profond silence remplaça le murmure flatteur qui s'était élevé à l'aspect du saint homme. Le sermon commença, et pendant toute sa durée, Ânnette ne se lassa point de regarder l'orateur. Celui--cî avait choisi pour texte un verset de l'évangile selon saint Luc : « Jésus lui demanda : quel est ton nom ? Il lui dit : je m'appelle Légion ; parce que plusieurs démons étaient entrés dans cet homme. » H cita ce verset en latin, et le paraphrasa dans son discours moitié sérieux , moitié burlesque. Voici quel fot l'exorde prononcé

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avec une voix criarde et des gestes impétueux. On eût dit un des possédés contre lesquels il tonnait.

if Arrière^ incubes et succubes^ fils du grand diable Lucifer et de dame Luxure ! Satan et les siens quittent le bourbier de paillardise pour s'immerger en celui de magie et larronnerie. J'ai vu l'abomination de la désolation , non sous l'apparence d'un bouc bouquinant , d'une Sagane en rut , d'une Ganidie , vraie fille de joie en la cité des démons , mais sous les semblants menteurs d'un sage vieil homme adonné aux sciences , comme vous le conterai tout à l'heure. Qui donc eût pensé que de lire Bible et saintes Ecritures^ damnation éternelle pût advenir? Ce pourquoi , je vous dis en vérité, qu'il vaut mieux pour l'affaire de votre salut, pucelles, jeter aux chiens vos pucelages ; filles , engrosser du fait d'un prêtre ; femmes , coucher avec le diable et ses cornes , plutôt que de conmiettre tel irrémissible péché. Si les ladres , les violeurs de jeûnes, les hérétiques et mille autres sont ensoufiGrés et brûlés dans la géhenne, les sorciers et démoniaques volontaires y mènent d'étranges tortures. Les uns, comme Tantalus, enchaînés parmi des demoiselles nues , ne peuvent en avoir

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leur part; d'autres sont mariés à des chimères, {][orgones et monstres à cent têtes. Parles linges de la Vierge ! prenez-y garde ! »

Apres avoir achevé ce tableau de Tenfer, peint des couleurs les plus cyniques , Olivier Maillard fit à sa manière une histoire bien scandaleuse du vendeur de Bibles^ Jean Fauste, qui dans le moment même venait d'en céder, une centaine à un chantre de Notre-Dame , pour la modique somme de soixante écus d'or chacune.

Olivier débita tant de mensonges^ assaisonnés de plaisanteries^ de jurons et d'ordures, que l'indignation de son auditoire fut soulevée contre le malheureux imprimeur, qui n'en pouvait mais; s'il s'était trouvé là par hasard, ces furieux l'eusseut lapidé sans crier gare, a  quand le supplice du sorcier allemand ? » répétaient-ils au sortir du sermon.

Cependant la publique accusation du prédi»

cateur fit assez de bruit pour que le parlement de Paris ordonnât d'en instruire , afindesatis- £iire à la clameur populaire , qui dénonçait Jean Fauste de Mayence comme un impie , en pacte avec le diable. Olivier Maillard fut assigné, et ses dépositions déterminèrent les juges à poursuivre le procès. Arrêt fut donné au grand Ghâ^

telet d'arrêter Jean Fauste^ et de dresser ane enquête en sa maison.

Ânnctte sommeillait dans son clapier vers quatre heures , lorsqu'arriya Olivier Maillard , plein de vin et de joie. Après les embrassements et les galants propos d'usage , lesquels durèrent moins que la bonne volonté du cordelier^ celui-ci s'écria fort catholiquement :

« Sans doute messire le vendeur de Bibles est déjà aux mains des archers.

— » Qu'est-ce à dire^ demanda Ânnette d'une voix émue?

- — » Rien , sinon que nos seigneurs du parlement vont sans retard mettre aux prisons notre maître Jean Fauste j en attendant qu'à la suite du procès, il aille par les flammes terrestres ardre aux flammes où sont pleurs et grincements de dents.

— » Méchant 1 avez-vous cœur de vous réjouir des maux du prochain? Mais cela est impossible^ vraiment; d'où savez- vous cette piteuse nouvelle ?

— » De ma part ; d'autant que je viens en justice de prêter serment contre lui.

— » Pauvre homme î et il sera pris à la souricière sans avoir répit pour s'ènfiiir , s'il est

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coupable ; mais non , un si généreux hôte ne saurait avoir méfait.... Olivier, veux-tii pas goûter à mon vin ^ qui me fut donné par le propre curé deSaint-Denis-de-la-Châtre....?

— » Ventre de moine ! pas de blasphème !

bavons toutefois ^ d'autant que 1^ verre i la bon» che^ on n'a le loisir d'offenser le bon Dieu par dits et pensées. Sang de Noé ! ce n'est pas de l'amer !»

Les accolades s'aigagërent vivement entre OUvier Maillard et les bouteilles; Ânnette l'exdtait à boire monacalement ^ c'est'-à-dire sans soif; je crois qu'il n'était pas besoin du conseil. L'ivrognerie , comme on disait, naquit dans un cloître^ Le cordélier eut belle à feire^ avant de tombçr ivré-mort^ en grognant un psaume ^ Annétte , délivrée de cet importun y qui gênait ses projets , se glissa hors de la maison , et toujours coûtant à travers les rues étroites et ma» récageuses , parvint au logis de Jean Fauste, qui s'étonna de la voir toute pâle 6t haletante.

(( Qti'^eat-ce, la belle? dit-il en la baisant au front. Quel saint me faut-il remercier de l'heur de votTjB venue?

— » Tous les^ saints , peut-être î ïéponditellé rapidement y en regardant avec anxiété du

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côté dé la portç , partez d'ici au moment^ ou jamaid. Us sont en humeur de ne vous pas relâcher.

— )) Par la Bible 1 Ânnette ^ tu te ris de moi !

— M Plût à Dieu ! hors d'ici , et Dieu vous soit en aide. Vous êtes accusé de sortilèges au parlement, et tout à l'heure les archers viendront vous happer.

— » Moi! miséricorde!

— » Demain , il sera assez tôt de geindre et de larmoyer ! vite , de Paris éloignez-vous ; vous y sentez le fagot. Allez en paix ; ce service est le guerdon de la^ible.

— » Fuir! oui ; j'ai de bonnes jambes avec bonne envie d'être loin. Mais délaisser mon bien , mes livres à ces limiers de justice^ aux calomniateurs.... au diable plutôt I Aussi, en ai-je assez vendu , en cette ingrate et inhospitaliëre vilicé Le reste soit mis en cendre ; je sais l'art d'en faire d'antres. >i

Tout à coup y il saisit dans l'âtre du foyer une bûche enflammée , et la lança au milieu des livres dont le plancher était jonché.

M Merci Dieu! n'en faites rien, s'écria An« nette e n l'arrêtant , cela vaut de l'or !

— » Non, ils n'auront pas joie de mes dé«-

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pouilles ! . . . Anathëme sur T*aris ! je m'en reviens à Mayence , et puisse avec moi mourir mon se« cret, avant qu'il soit par mes persécuteurs connu et employé t vœ ! vas ! malheur ! malheur! m

 ces mots^ il se précipita dans la rue , refermant la porte derrière Annette, qui le suivait les mains jointes , et quelque temps il pressa le pas en silence^ jusqu'à ce que le labyrinthe des rues et l'obscurité de la nuit tombante l'eussent mis à l'abri de toute rencontre fâcheuse.

« Adieu ^ Annette , ma mignonne, dit-il à sa compagne de route , en s'arrêta nt dansl'enfbncernent d'une maison , en aucun temps je ne me caiderai libre de gratitude envers toi , qui m'a rendu la vie sauve. Adieu , fussé-je au ciel , je prierai encore à ton intention mon seigneur Jésus, ne pouvant foire mieux. Tiens, en cette escarcelle est de quoi t'instituer en état honorable , d'autant que mainte fois d'argent dérive vertu. Merci toujours et bon soir. »

U embrassa , les larmes aux yeux , la pauvre fille, qui se sentait défaillir , et s'éloigna brusquement à grands pas. Annette regarda tant que la brume lui permit de l'apercevoir , et il avait en tiërement disparu , qu'elle regardait encore , i mmobile à la même place.

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Cependant les archers s'étaient présentés au domicile de Jean Fauste, à peine ravait-il abondonné^ ils frappèrent rudement à la.porte^ mais n'obtenant aucune réponse , et remarquant une fumée épaisse qui s'échappait à travers les fentes, ils l'enfoncèrent. Le feu ^ qui avait fait de grands progrès , les força de reculer ; les flammes sortaient par toutes les issues^ et le quartier , formé de maisons -de bois entassées les unes sur les autres , était menacé d'un embrasement général. La terreur semait déjà des contes ridicules , et le nom de sorcier volait de bouche en bouche. Mais le hasard porta secours à la foule épouvantée : le prieur de Sorbonne , Jean de La Pierre , vint à passer ; quoiqu'il eût voulu volontiers être ailleurs , il affecta une fifere contenance^ et somma le peuple de se mettre en prière pour éteindre l'iucendie : la chose arriva comme il le souhaita itv Aussitôt que les badauds se furent agenouillés , tandis» que. les cloches des églises voisines, tintaient l'aJarxne, on vit le feu décroître , comme. par miracle.^ car les livres et les meubles qui Talimentaient étant consumés^ il s'attaquait en. vain aux murs de pierres, par bonheur. Chacun reprit courage , et quelques seaux d'eau arrivèrent à propos

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pour compléter le miracle. Peu s'eù fallut que le prieur ne fàt ramené en triomphe chez I^ni ^ et béatifié sans bulle de la cour de Rome.

L'incendie et les recherches inutiles que Pon fit pour retrouver Jean Fauste , confirmèrent les soupçons élevés contre lui; du reste le procès en resta là. Olivier Maillard exorcisa en chaire le prétendu sorcier inconnu, qu'il n'avait pu voir brûler en place 4e Grève,

u (^Me damné magicien que c'était là! dit-'il à son auditoire. Satan lui venant apprendre ^e le parlement allait amasser son bûcher , il se prît à rire d'une si diabolique gaîté, que des passant» qui l'ouïrent riant ainsi ^ se signèrent des deux mains. Je sais même certaine vieille femme qui , de curiosité posant son oreille contre l'huis , fut à la fesse mordue par des crocs invisibles y de sorte que les marques ne s'efiEa» ceront onc. Que je^^sois circoncis comme juif, si je n'ai vu icelles ! Oyez ceci! ceux qui dans la^ chambre ardente osèrent entrer, recommandant leur apie, non à leurs catins, ce pensé- je!

observèrent un tas de- rouge cendre , duquel issaient ricanements horrifiques ; et là , autour d'eux ^ voltigeaient ombres, larves, fantômes^ et dragons; mais le sorcier n'y était plus. Mes*^

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dames , quand vous irez au lit avec vos maris ou tout autre , dites dévotieusement trois Pater , afin que dix mois en çà n'accouchiez d'une chèvre morte! »

L'histoire des Bibles , augmentée d'une foule de détails merveilleux , qu'accueillait sans exa* men l'ignorance du temps, parvint jusqu'à la cOur. Louis XI^ qui aimait les contes (comme le prouvent les Cent Nouvelles , qui lui sont attribuées ) , après que le récit lui en eut été fiait par son confesseur, s'écria en baisant la Notre-Dame de plomb de son chapeau : « Ma bonne mère d'Embrun 1 qu'il m'en vienne un de ces sorciers écrivant si vite des Bibles , aussi tels livres que voudrai, et je lui octroie une part de mon royaume! »

Jean de La Pierre, qui avait vu dans cette aventure autre chose que de la sorcellerie , en» voya à Mayence un clerc intelligent, lequel^ à force d'argent et de promesses, séduisit trois ou» vriers de Fauste, et les amena en France. Martin Crantz , Ulric Géring et Michel Friburgèr, imprimèrent , en 1469 , à Paris , dans une maison de Sorbonne , les Épures de Gasparimis Per^ ganierésis.

LA PIERKE

ttuànt au cotti09 gueres H'aUbantage 0t tiotli0 n'tttig prince aup pia0 petits^ IrCS aucttngs 0^en tiont neHant aage 9 la mort paotire0 et dbetife»

9tttre0 0oitient letir0 .a9petit0 fftottr quelque tetitti0 et paf Un mettrent.

3Lettr0 trtt1ire0 0an0 pltt0 leur Hemettretit.

Jean Meschiitot. Les Lunettes des prinen.

Louis XI, qui fut le plus grand roi et le plus méchant homme de son siëcle , était déjà vieux à cinquante ans : les soupçons', les remords , les travaux du gouvernement avaient ridé son vi^ sage, blanchi ses cheveux , courbé sa taille , et soumis tout son corps à un état douloureux et maladif. Il s'était déjà niis au régime des relim ques , et la Notre-Dame de plomb de son bonnet partageait avec son barbier et son médecin sa confiance et son affection.

I^a SOIRÉES

Un soir qu'il alla prës de la tour de Nesle voir jeter à l'eau dans des sacs une douzaine de bourgeois de^ Paris ,1 qui n'avaient d'autres^ crimes que leurs grandes richesses ^ l'humidité de l'air ou peut-être son imagination inquiète lui causa de vives souffrances intérieures qui le tinrent éveillé toute la nuit. Or ^ à cette époque^ la cruelle maladie de la pierre était plus commune qu'aujourd'hui^ et les médecins^ en ignorant la cause, n'y avaient pas trouvé de remède; d'ailleurs avant le zvi^ siècle , la science de l'anatomie était regardée comme un sacrilège sentant l'hérésie. Louis XI y qui savait plusieurs seigneurs de sa cour attaqués d'une maladie inconnue , l'identifiait aux symptômes qu'il éprouvait alors. Dès que l'aube éclaira le vitrage peint de sa chambre , il manda en hâte auprès de lui maître Olivier Ledain, son barbier^ un peu médecin y beaucoup courtisan y et presque aussi méchant que son maître. £n l'attendant, il s'agenouilla sur son lit devant la châsse des trois rois de Go« logne y qu'il avait fait placer i scm chevet , pria avec ferveur le vrai sang de saint Lô, baisa sa Notre-*I>ame de plomb, et se recoucha en se plai» gnant .[Olivier Ledain entrait en ce moment, et la contenance chagrine du roi dbangea en conster-

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nadon un sourire commencé sur ses lèvres; il salua respectueusement , et conatne Louis XI se prit à verser des larmes en silence ^ il dit à voix basse:

ttSire, ordonnes^-vous que je me retire et vous laisse?

— » Reste ^ Olivier ^ fai-je pas appelé pour mç venir conseiller ?

— » C'est bien matin remplir mon office ; Votre Majesté a-t-elle souhait d'aller en pèlerin à quelque chapelle où se font les miracles ? ou bien la Seine cejourd'hui a-*t-elle cure de rece» voir maint bon sac tenant la justice du roi?

Vrai Dieu 1 le poil de votre barbe a bien profité cette nuit!

— ,, Hélas I mon fih, j'ai grand'peur que d'ici à bientôt tu perdes ta charge de barbier royal; car je n'en sais pas tant seulement un qui hors moi te confiât son menton ^ crainte des er* reors de rasoir. Yois-tu cette rude barbe d'un jour ? Par la Pâques-Dieul possible est qu'on me porte à Saint-Denis sans avoir été rasé d'abord.

— » Gesses^ Sire ^ telle raillerie de méchant augure ; dites , auriez-^voud feit cette nuit ma* lencontreuses songmes ? • • .

— » Si avai&-je fait , c'eût été veillant , puis-

que n'ai pas dormi le temps de dire un Pater. Je te le redis ^ je suis mort déjà ; je sens là en mon côté passion horrifique^ à l'instar du comte de la Mark , qui y au dire des médecins , ne vivra pas trois jours : il m'est avis qu'im serpent caché me mange entrailles , tripes et boyaux. Hai ! ma bonne mère Notte-Dame d'Embrun , prenez pitié de votre fils indigne ! Envoie quérir mon confesseur , que je me prépare à mourir de peur d'être damné ^ ce que lors de ma rébellion m'a prédit mon pauvre père ^ dont le bon Dieu ait l'ame !

— » Ah ! mon cher sire , ne vous contristez pas ; Jacques Coctier est un habile mire qui a étudié en Ai*abie et en Syrie , le pays des plantes médicinales. Souvent il m'a dit que^ s'il n'était fente d'argent^ il se faisait fort de ressusciter un pendu de trois jours ^ et je l'ai sommé de n'en rien faire , s'il n'avait goût à être brûlé pour magie et pratiques diaboliques 1...

— » C'est un grand derc qui sait les drogues et les poisons mieux qu'autrefois Hippocrate ; mais comme un jour que je souffrais de la tête je lui jurai par le vrai sang de Saint*Lo que , s'il ne me guérissait, au moment de trépasser je le ferais décoller sans confession, afin qu'il dévallât

en enfer comme hérétique , je suis à penser que pour éviter la punition , d'un regard il pourrait me rendre mort, le sorcier maudit !

— » Ordonnez qu'il vienne , moi présent y et certes il se donnera de garde de ne pas vous en» lever votre mal à votre commandement; car au signe que ferez , de ma dague je lui ouvrirai si longue boutonnière , que son ame passera au travers sans empêchement.

— ^ » Mon féal Olivier, si je reviens en bonne santé, je te promets un morceau de la vraie croix, enfermé dans un reliquaire d'or tout étincelant d'orfévrerie.

— » Merci , mon très chrétien Sire ; or çà mandez bientôt votre orfèvre, car le temps presse ; demain , s'il vous plaît , vous irez chan«> ter un beau TeDeum laudamus à Notre-Dame. »

Louis XI, tout ragaillardi pai: l'espoir d'un prompt rétablissement, envoya chercher Jacques Coctier, qui ne tarda pas à. paraître. C'était un grand homme à la face maigre et blême , aux yeux creux, à la démarche lente et au parler grave ; il était vêtu de la robe noire que portaient les mires ou médecins de ce temps-là , et sa tête nue attestait que dans la promptitude qu'il avait mise à se rendre à l'appel du roi , il avait oublié

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son chaperon doctoral ; il tenait à la niain un lourd manuscrit ouvert^ qu'il feuilleta sans sonner mot, en observant tous les traits du malade ; puis il fit une grimace dans laquelle Louis XI crut découvrir un arrêt de mort ; puis d'un doigt impatient il gratta son crâne chauve en manière de profonde réflexion.

« Holàl maître Jacques y dit Louis XI , votre air soucieux nesignifie rien de bon; ètes-vous devin pour connaître de prime-abord quel mal me poiuct ? Vite à la besogne , je suis pressé de guérir, et ne veux pas encore visiter Saint-Dekiis les pieds en avant.

— » Sire , répondit le médecin en donnant une singulière expression à ses yeux de lynx , le cas est difficile , et mon art a des bornes où s'ar» rêter , quoi que j'en aiej espérons en la Providence , qui ne voudra pas qu'un si grand roi...

— » PAques-dieu ! assez sur ce propos, reprit Louis XI; en colërel quelque chose qui advienne y je ne mourrai pas seul , et il ne sera pas dit que la sépulture sépare de si vrais amis... Mais dis , mon bien cher Esculape , suis-jedonc en état si désespéré? et s'il n'était pas de remède à mon mal , n'en saurais-tu inventer ? Tiens , en

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ce coffre sont en tas cinq cents écus d'or non rognés, que des long^temps je te réservais.

— » Je suis indigne de telle munificence. .. ; mais^Votre Majesté , bien assurée de mon dé* vouement 9 pense que la santé n'est pas toujours écrite en nos ordonnances.

— 91 Par sainte Marie l'immaculée! tu me l'as trop £iit savoir^ compëre y quand depuis cinq années ma goutte croit à l'ençontre de ta pharmacie. Mais cette fois songea faire en sorte ^ue ces douleurs prennent fin. »

Ici Jacques Coctier s'avança vers le lit du roi , et l'interrogeant sur ce qu'il ressentait, examina cnrieusement la partie souffrante. Durant cette enquête , le malade baisait et rebaisait ses reliques, pour se donner une contenance qui dé* guîsât ses terreurs.

« Sire , s'écria enfin le médecin , que n'ai-je la vue assez pénétrante pour voir dair en votre corps! A croire les apparences et d'après votre dire , j'appréhende cette incurable maladie dont beaucoup en ce temps meurent avec tourments inouïs y et qui hier encore a enlevé malgré mes soins votre grand-veneur. . . .

— » Olivier y interrompit le roi, qui changea dévisage, ce que je craignais plus que tout est

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arrivé 9 et je ne communierai pas à la Pâcpie prochaine. 4.

— » Ne dites pas cela, Sirè, je rendrais l'ame rien que d'y songer , ajouta le bonhomme 011vier, cachant mal un sourire ironique oùapparut toute sa pensée.

— » Ladite maladie dont il est parlé légèrement aux anciens livres de médecine provient de pierres salines engendrées dans les intestins , et le seigneur Galien pense que, lesdites pierres jetées hors, cesserait la maladie.

— » Saint Joseph ! s'écria le roi rémiâ en belle humeur , de joie ne sachant pas ce qu'il disait; tu parles d'or, mon fils ! et tu peux o^^ frir de ma part au seigneur Galien un office de médecin royal , s'il veut bien m'aider en ce piteux cas.

— » Mais, hélas I continua le ddcteui*, comment chasser du corps humain ces pierres mor* telles qui tous les jours vont grossissant, jusqu'à ce qu'elles obstruent les conduits de nature? D'ailleurs, qui sait où lesdites pierres sont placées , puisque nul ne les a vues?

— n Alors nous n'avons que feire des médecins , dit Louis XI désolé , s'ils connaissent nos maux sans lès guérir. Otez ces vilaines béies!

DE WALTER SCOTT. ï49

— » Pourtant, reprit Jacques Goctier , ceux qui allèrent autrefois à la croisade ont dit que les chirurgiens d'Egypte ouvraient le ventre du patient pour en extraire ces corps pierreux^ ce qui causait gnérison parfaite et entière.

— » Vrai Dieu! se récria le roi, est-ce raillerie ? Penses-tu que je me laisse assassiner sous prétexte de cure merveilleuse ? Méchant , je ne sais qui me tient que je ne te lasse donner l'estrapade I

— » Sire, oyez-moi avant de méjuger; je serais régicide d'essayer telle opération sur votre personne couronnée; mais pour le plus grand bien de la médecine et de vous-même, je demande qu'on fiasse essai sur un vivant molesté dudit mal, et que sur ce donniez vos ordres.

— » C'est bien dit, je le veux ; mais qui voudra livrer son corps au couteau? Toi^ OU»

vier y n'as-tu pas senti colique de cette sorte?

— » Moi, Sire! dit Ledain^ tremblant que le nouveau remède ne lui devînt funeste; je pèse plus de dix livres de santé , et n'ai point envie de changer sur ce point.

— tt Tu m'as tant et tant rebattu aux oreilles , dit malignement Louis XI, que tu voulais perdre la vie pour ma majesté, que moi, je me fei-

sais f^te de t'en ofirir une unique occasion. Eh bien 1 maître Coctier, trouve quelqu'un^ hoomie ou femme ^ noble ou vilain^ affligé de ce mal pierreux, et je te baille licence de le couper par morceaux. Va, ajouta-t-il , dépêche et fais-moi savGÛr à quand l'épreuve , afin que j'y sois. Pour toi , Olivier Ledain, je te jure par tous les saints, que si jamais tu es en danger de mort pour cause dudit mal, je te dénie tout remëde de laFaculté. » Jacques Coctier assembla les plus doctes médecins, et leur exposa son projet de tenter l'opération de la taille sur un homme vivant. Le plus grand nombre s'éleva de toute la force de l'igno* rance contre ce qu'ils appelaient une impiété; quelques^-uns seulement se résignèrent à assister à l'expérience commandée par le roi. Jacques Coctier, qui aimait la science, tout charlatan qu'il était, se mit en quête d'un misérable sans importance que l'on^ pût sacrifier. Or un franc archer de MeudoQ , qu'il avait déjà traité pour cette maladie, fut condamné à être pendu en punition dejplniîeurs vols; le médecin deLouisXI obtin^ "lEacilement que cet archer serait mis à sa disjposition ; et ce dernier, à qui l'on promit sa grâce s'il en réchappait, consentit gaiment i cette chance de vie4

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Ce fat lé cimetik'e Saînt^SeVerin 'qiêtô Ton dmsit pour être k tbéâtre dû (xt» Gipèowàtim ^ que la groséière »uperdtitîon de l'époque entou-i mit d'un caractère magique et criminel. Ordre avait été donné aux habitants des maisons voi-i sines de les quitter ce jour là; car an craignait qne le peuple ne s'opposât de vive fe(pce à une fôntatire dont le» henren^É résultats sont v€»fu» jitôqu'à nous^

Une fosse avait été creusée i* côtéd'anegrande table sui^ laquelle le pauvre archer y dépouillé de ses habits^ fut étendu plti» mort que vif ^ et fortement lié avec des cordeiâ* Les casuites du temps avaient voulu que l'opération se fît en pleiuptàr et i la face du ciei^ pour témoigner les bonnes» intefitîoii» des'médeoins^ que déjà par la vittela voÎKpubliqife dénonçait comme des soiv ciers dignes du lea. Louis XI ^ presque remis de son indisposition ^ était assis dans son £iuteuil , «▼ironnéde Tristan^ de Commines^ d'Olivier Ledain et de ses pljus fidèles bourreaux. Le» médecins préludèrent à Fopération par des prières à voix baiute>> iqucitoute l'assistance écouta en religwiULsilçQee. Dimrntc^ lugubres préliminaires, la victime conteEnlplait avec un effroi stupide cette foflseieiKvactcl qui sen^lait l'atteindre.

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« Oh ! oh 1 messeigneurs , s'écria l'aîcher ^ f aevoulea^-vous de moi? Est-ce là ce qu'on m'a promis sous couleur de grâce ? Voici des coutelas, des poignards qui brillent un peu trop pour me rassurer !

— » S'il a tant de bave et de paroles oiteuses, dit Louis XI en fironçant le sourcil , qu'on lui coupe la langue , et il laissera hive messieurs les médecins sans mot dire. » Puis il ajouta en se radoucissant : « Mon trës ch^ frère en Dieu , ètes-vôus confessé et absous?

— )) S'il en était ainsi^ j'aurais plus de cœur au ventre, répondit l'archer , qui eût donné son ame pour conserver son corps.

— -> » Quoi! dit Sa Majesté très chrétienne , est-ce donc ainsi qu'on a égard à mes commandements ? Par mon bonnet 1 savez-vous pas que j'ai £siit défense qu'on mit à mort personne qui ne f&t bien catholiquement confessé d'abord?

Geùx-là seuls qui attenteraient à ma personne royale seraient privés des secours de la religion. l)onc faites appeler un prêtre. ...

*— » Sire , répondit respectueusement Jacques Goctier , nous devons craindre, plus que tout, les gens d'église , qui se réjouiraient de maudire notre entreprise ; même on a fiait en sorte que le

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dergé de Saint-Severin délogeât de céans par. pradence.

— » Non y je ne veux pas que ce condamné aille de vie à mort en état de péché mortel , ce qui est damnation sempiternelle. •• Voyez s'il ne cache sous ses habits arme quelconque^ et puis éloignez-vous un peu , que je lui serve de beau përe confessem^ . »

Tous les assistants se retirèrent à quelque distance derrière le- monument élevé i Manod > prévôt des marchands, qui sauva Paris du temps du roi Jean ; et Louis XI y composant son visage hypocrite, s'iq>procha du malheureux. Fouit en confes»on , et lui promit le paradis en l'autre monde; mieux eût valu en celui-ci. Ensuite il reprit son siège, et les médecins, armés de leurs instruments firais émoulus, se consultèrent en latin avant de commencer une opération , qui certes ne réussit que par hasard.

« Otezmes liens, criait l'archer, dont les craintes redoublaient à mesure que l'instant &tal était retardé; je ne fus onc malade que d^ivro» guérie ; j'ai menti comme Albigeois , espârant avoir la vie sauve ; mais qu'ai-jefeit pour éprouver tourments pires que la mort? Vite, bon sire 1 ordonnez qu'on me pende haut et court,

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et qu'il n'en soit plus parlé ^ j'aime mieirr jouer des jambes une minute aux piliers des Halles , ou bien i Mputtaucon être , mort , dévoré par oiseaux de proie , que^ vivaiit> itte voir déchiré., taiUé et martyrisé par médecins. Grâce et la p<ytence^ et là-<liaut piwai eiioore pour vous l Merci pour Di&i 1

— » Si tu n'en meurs pas, disait Louis XI riant i ventre déboutonné, je te fierai crieur suivant la cour^ eacrtu ast la. voix a%re oomin^ eornemuse i

«<-* i> Petienee , mon .61a, répétait JaoquesrCPO* tier^ cherchant la place où enibncer le scalpel, tu seras opéré de la maÎA) du médecin <U rç4, ce qui n'est donné à >tout le .monde ) tieaa^tQÎ paisible, crainte que le coup ne soit mortel, et si tu guéris jamais, je te.fem doso doci«q soua d'pr qui passeront par ton gftfier en bon wm, et chair salée. »

Cependant les plaioteSide I-archer etses ; efiforts poui^ détacher sef. liens tvoid^lant les opécajbeurs, on. lui bâillonna la bouche, et quatije «(^udards da .to garde éoosaaise le tinrent imnàol>ile.

'T^^M'Saiis tant de fiaçona, messieurs, dit le roi, pouir que. ce malotru de -fiovcè demeure tran» quille^ comme uû beau petit saint de bois dans

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sa niche , ôte24m l'haleine , au moyen d'une qorde autour du cou ; devers le ooéor, qui est i gauche, si je m'y connais, enfoncer quelque lame bien trempée^ voulez-^voas que mon petit Tristan vous soit en aide ! il entend merveilleusement ces sortes de choses. Pâque^Dien! ce vilain archer, mort pour vrai, donnera ses boyaux pour tendre des arcs.

— » Sire, reprit Jacques Coctièr s'arrètant au moment de trancher dans le vif, il importe que cet homme soit eu bonne santé, quant au reste, vu que ledit acte chirurgique , s'il arrive à bien, De doit point s'accomplir sur les personnes dé^* funtes.

— )) Fait!» à votre guise, monsieur mon médecin, c'était un menp conseil d'amitié; fort naturellement avec toute arme que voudrez, hache ou couteau , pourvu que le fil soit donné à point , divisez en plusieurs parts ce corps ché* ûf, et vous verrez plus clair au dedans.

*-^ I» Ain^i soit , monseigneur .3 mais il m'est avis qu'il &udrà recomimencer l'es^i ; car les» dites pierres trouvées ch^ numort, le moyen de les extraire d'un vivant?

— » Pâques-Dieu ! je ne suis pas de moitié dans l'événement! messire Coctier , je me lave

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les mains de tout ceci : vite à l'œuvre , selon vos doctes fantaisies ; mais oyez à quelles conditions. Primo , que les pierres y origine de la maladie^ soient découvertes^ secundo ^ que votre belle opération s'achëve sans que mort s'ensuive.

Moyennant ces deux choses^ je vous baille r^ compense en dignités et monnaie; sinon ^ je commande à nos amés docteurs de vous traiter ainsi qu'aurez fait ce pauvre homme.

— » Sire y à votre aise ; je vous ai dit déjà que par astrologie^ aëromancie^ chiromancie , nécromancie et autres sciences , il est patent que trois jours après moi vous décéderez, . . .

— » ,Garde-toi d'en rien dire, mon petit Jacques ; les ennemis miens y qui sont nombreux y trop pour mon repos y connaissant ce mystère y te pourraient malement occire, à l'efiGet de me faire mort sous trois jours I . . • Mon Dieu ! qu'on a de peine à vivre ! Donc y ne t'inquiëte nullement des feintes menaces que j'ai dites en raillerie y et feis comme il te plaira pour l'honneur de la trës haute et très puissante Faculté; mais je te prie y montre tes mains, que je voie si tu n'y tiens pas en réserve grës ou cailloux à ta convenance. »

Quand le roi se fut assuré , par un examen

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scrupuleux, cpie son médecin n'avait pas Tin*tention de le tromper , il lui donna sa bénédiction paternelle , et les images de son bonnet à baiser , pour le mettre en garde , disait-il , contre Jes embûches de l'esprit malin. L'opération commença.

Jacques Coctier fit une large ouverture dans Faine droite de l'archer, qui, de la douleur qu'il éprouva^ se crut mort sans rémission , et tomba en défaillance , si bien que Louis XI s'écria d'un air de triomphe :

« Que t'ai-je prédit, Jacques? ton malade^ cette fois est guéri à toujours , et tu peux main= tenant le coucher dans son lit de teisre, d'où il ne sortira qu'au jugement des âmes, je t'assure.

— » Sire, de grâce ayez patience un petit j cet homme respire encore, comme il apporta son poulx et chaleur ; le cas est grave , et loin de nous distraire par de tels propos en l'air , priez intérieurement le Pîsre , le Fils , et le Saint-Esprit; vos oraisons me seront fort secoùrables. »

Or il arriva que l'incision profonde avait plongé jusqu'à la vessie; JacquesCoctier sentitla lame de l'instrument heurter contre un corps dur, il y porta la main , et retira , une à une ,

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trois pierres grosses caoune des œufs cle co» lombe , blanches et coavertes d'aspérités.

(( Les voilà ^ dit le médecin en les offrant au roi^ pendant que ses confrères se regardaient entre eux , incertains s'ils devaient ajouter foi au témoignage de leurs yeux.

— » Notre-Dame d'Embrun î s'écria Louis XI transporté d'admiration , ô le grand docteur que tu fais 1 Viens y Jacques Goctier^ <iue je t'accoUe par amour de la médecine. Mais ^ ajouta-*i>il par un mouvement d'humanité dont il n'était pas coutumier , vois à rendre sain et sauf ce moribond^ si £sdre se peut ^ à moins que pour le guérir tu ne l'aies mis à mort. Il s'agit de fermer uoe énorme plaie; tâche d'avoir une meilleure opinion que je n'ai de ta cure merveilleuse. »

Jacques Coctier^ sans répondre ^ observait l'aspect de la blessure y qu'il recousut et pansa avec de l'huile et des onguents; ensuite il frotta d'une certaine drogue les paupières du patient , qui sembla se réveiller d'un long sommeil , et demanda à boire , se plaignant d'une grande sécheresse de gosier. Le médecin ^ cependant , ne promit que tisanes et juleps à sa soif d'ivrogne. « Maître, dit Louis XI, je ne i^cule pas l'efifet de ma parole royale. Nous te nommons et décla-

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roDs médecin o^rdinake de M« Tarcher , et aussi de tous lest pierreux du bon royauibe deFranoe ^ je ferai mon possible pour ne pas être de cetù^U, Entre outre , à titre de don et guerdon , je t'octroye six cents écus d'or sur mon épargne^ et droit d'impôt d'un denier par chaque charroi de pierres amené à Paris ^ ce, jusqu'à ta mort ^ que je te conjure d'empêcher tant qu'il se pourra. »

L'archer fut bientôt guéri , et par lettres de grâce absous sans dépens. Il réclama vainement les cinq sous promis ; Jacques Goctier répondit au pauvre diable qu'il eut à lui payer d'abord une grosse somme pour les frais de médecin. L'archer se consola de ce manque de parole , en retournant à ses méchantes habitudes^ qui lui valurent autant d'argent qu'il en pouvait voler , et enfin la potence à la Croix-du-Trahoir.

Le roi , en. apprenant la triste fin du ressus^ cité (c'est ainsi qu'il appelait l'archer depuis l'opération ) , fit une bonne provision de gaité ^ et dit en riant à Jacques Goctier :

« Tu fais tort à ta haute renommée, mon cher filsj n'es-tu pas médecin ordinaire de M. le pendu? Je doute que tu le tires de ce mauvais pas. . . .

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— » Toujours^ Sire, est-il vrai qu'il n'aura plus la pierre ! en dirai-je autant de Votre Ma* jesté? »

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