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ffiécê MmJAftê d«M b Bible. Sjom aller jî kia, je me mm^mié ^mtnr âèrjmweri, dan* ks C&nnnçaes <le tUiinî'i} finie , <|«e le clief dei Ptftooreasx , cb 12S0 , •^•l^l^ît cci0iJiieaK«; enfin, je deiicmdi cm dioite ii^Mf f*'' i^ lenmef lie Look Jacob, de Fordre des i'MrmrMf uwtUmier de S. M. Louis XTV. Je mis ledcr* fikr rifjHtrm d« cette antique famille.
Mon fiere arait dM»gé, il se mêlait de oommerce, k Tiiistar #Je M« de Voltaire , que j^ai vu trais fins de /Km vivant I la {rremière dans spn grand costume de ^ttitiî Wumimt de la cliambre du roi j la seconde en robe fie matin y jaune, avec des ramages verts, et la troî- Mhtiti en habit nmr, avec des boutons d^acier. Toilà tU'S wfijvenirs qui firmt époque.
Mon père , dis-je , gros marchand de draps de la ruM (hiff Juifi, me laiMa, au lieu d'éducation, une IkiIIi) fortune ) la fllledesa nièce et une vieille maison, <|ui III V donné goût aux antiquités. Je me fis une édu- CHtion à ma manière , j'augmentai ma fortune, je pris {Miur gouvernante la fille de la nièce de mon père , et jMiahitAi la maiion ) partant pas de maîtres, pas d'amis, pMN de domestiques, pas de locataires. Je me trouve bien depuis soixante ans de ce régime d'égoisme.
Kt iKmrtant, j'ai vu la Pompadour, j'aivu laDu- Iwrry , j'ai vu l^ouis XVI, j'ai vu Robespierre, j'ai vu Bonaparte! A peine me suis-je ressenti de tous oeM changemeus politiques ; et le temps présent ne mW |)as meilleur que le temps passé, puisque tout m» paio |4us cher qu'autrofois. Du reste ^ je ne sais
SDR MONSIEUR JACOB. 7
quel est le ministre actuel des finances ou le confesseur du roi ; je n'ai pas besoin de le savoir.
Je suis comme le rat retiré du monde ; j^ai bon feu, bonne table, bon lit; on serait content à moins. J'ai passé ma vie à. m'instruire. Certes , la mort venue , ces belles connaissances ne me sauveront pas de la pourriture et des vers; mais en attendant , je m'en trouve bien, et n'en veux pour moi pas davantage; à quatre-vingt-neuf ans, on n'a pas de temps à perdre. * J'ai rassemblé une bibliothèque choisie de trente mille volumes, dont je dresse moi-même le catalogue, avec des notes et observations. J'espère le finir, pour peu que je devienne centenaire. Mes livres, tous reliés en maroquin et dorés sur tranche, sont rangés par ordre de date, depuis l'origine de l'imprimerie. Je ne comprends ni le grec, ni le latin, ni l'arabe, mais je possède des ouvrages arabes, latins et gfecs. C'est un petit sacrifice à la vanité. Ainsi, j'ai acheté au poids de l'or un exemplaire du Spéculum sahitis, imprimé sur bois en 14^0 , par Laurent Coster , bour^ geois de Harlem. J'éprouve une sorte d'orgueil à me dire : et Yoilà peut-être le premier livre qui ait été imprimé ! )) La science bibliographique est un peu celle des ignorants.
Pourtant mon esprit s'est rencontré apte à une étude qui fut long-temps abandonnée aux Bénédictins, je veux parler de la langue du moyen âge, dont je fais mes délices. Je m'y suis acclimaté au point que souvent je croirais volontiers être né avec elle.
12 NOTICE SDR HOIlSIBOll JACOB.
tence encore, pour rester en extase devant mes autographes ,coUationner mes manuscrits, imiter le vieitt gaulois, et dire que M. Creuzé de Lesser, auteur d*Amàdis et de la Table ronde ^ est un barHare !
DE
Au mois d'octobre i8a6 , sir VTalter Scott lit un Yoyage à Paris, pour recueillir les matériaux de son <^range histoire de Napoléon ; il resta quinze jours dans la .capitale, relancé, m'a-t-on dit, par les journaux, qui se souvenaient des Lettres de Paul; fêté par quelques personnes qui ne voyaient en lui que le grand romancier ; sous la conduite de M. Gosselin , son éditeur, il visitait, le jow, nos bibliothèques et nos musées*, le soir, nos théâtres et nos bureaux d'esprit. Je ne pense pas que nous le revoyions jamais.
JPappris son arrivée par mon fidèle Journal de Paris, qui ne laisserait point passer inaperçu, un enfant à deux têtes , ou bien un animal curieux ^ je suis un abonné de la fondation. Depuis soixante ans , en vérité, Fesprit du journal n'a pas changé.
A peine eus-je connaissance de cette nouvelle, vraie de point en point, que par amour pour les autographes, je m'écriai : <t O Walter Scott ! m Ah ! si j'avais possédé seulement ce nom-là écrit de la main de celui
qui le porte , je ne publierais pas aujourd'hui ce livre ! Que voulez-vous ? pour compléter ma collection , il me fallait de l'écriture du célèbre baronnet.
Je formai tout d'abord mille projets plus extravagants les uAs que les autres pour conquérir Cette précieuse écriture, mieux que s'il se fût agi de la toison d'or. Tantôt je songeais à envoyer au célèbre voyageur une lettre de bienvenue, une sorte de pané|[yrique , dans l'espoir d'obtenir une réponse ; tantôt , ayant q^ï parler de son avidité mercantile, je m'encourageais à lui faire offrir, en échange de quelques lignes , une somme honnête, comme on dit, lors des concours d'académies de province. Que sais-je ? j'aurais séduit ses domestiques , donné un dîner à quatre entrées , un bal avec des glaces, et cela pour deux traits de plume, de cette plume qui a écrit tant de beaux ouvrages que je n'ai jamais lus , soixante in-octavo, je crois.
tJn de mes vieux amis, qui fait des traductions à tant la feuille, sous la raison : Defauconpret et Gî«, vint me visiter , comme si le Ciel me l'adressait pour me tirer d^embarras. Ses premiers mots furent une enquête banale à l'égard de ma santé , qui n'a pas besoin de sangsues ni d'élixir de longue vie; puis, sans transition, il se jeta sur Walter Scott ; c'était ample curée à conversation. « Ce chef de l'école historique, disait-il, à moi, qui ouvrais àea yeux fixes d'élonnemènt, est reçu avec enthousiasme. — On a imaginé de faire une souscriptionpour l'héberger chez Orignon, à ao francs par tête. — Il raconte des
iq^erveilks 4^ Uv^à WçlliiigtDo ^ et a$ moque trè»4igréablement à^ petit Cpraç» -^ Ct^t un grand homme, è l'œil fauve et louche , un peu hoiteux comme lord , Byron , ce qui ne lui ya pas mal du tout. — r Da reste gardant un strict incognito, de «orte qu'au spee-p taole ou à la promenade, tout le monde le reconnaît et le 3nit* »
£n un mot, mon ami, plein de aon aujet, n'omit pas un détail relatif à son idole. On eût dit qu'il par^ lait du chapeau de Bonaparte. Il n'oublia point de m^e répéter que sir Walter Scott Tenait exprès à Paris pour prendre des notes : en quinze jours il rassemUerait de quoi composer d'une part , une histoire en dixhuit yolumes , et un roman en quatre. Ce n'est pas ainsi , murmurai-je tout has, que Froisaard et Bid>e- Uis fai^ient des livres*
Ici j'arrêtai mon narrateur et je lui demandai brusquement le moyen de me procurer l'aulographe tant désiré. Ma question parut l'embarrasser; Walter Scott ayait un secrétaire, et n'écrivait jamais luimême. <t II sait du moiuii signer aon nom ! p m'écriaije, retombant dans mes réminiscences du moyen âge, où maint valeureux chevalier ne savait que tracer une croix avec la poignée de son épée. Mon ami rougit de colère à cette outrageante exclamation , puis se hasarda à sourÉe , et j'en fis autant. J'avais été trop loin.
u Mon cher Jacob , me dit-il , demain sir Walter Scott doit passer la soirée cbez madame de M*** ,
l6 SOIHÉES
toute la hante littérature y sera : je vous conduirai volontiers dans cette maison ; le Ciel et votre adresse feront le reste. »,
En effet, le lendemain vers huit heures du soir, mon ami vint me chercher, trop tard à mon gré; je ne me donnai que le temps de me charger d'un infolio que j'avais préparé à dessein , et je le suivis d'un pas qui ne se sentait presque point de mon âge. Contentement rajeunit.
Je ne pi*is pas garde aux chuchotements qu'excita dans l'assemblée l'apparition de mon bouquin , que je tenais amoureusement dans mes bras , comme un petit enfant au maillot. La maîtresse de la maison , femme charmante , m'a-t-on assuré , me présenta elle-même au noble étranger , 'qui causait à l'oreille d'une jeune dame, en français sans doute. Je crus m'apercevoir que cette dame me cédait la place à regret. On écoutait en silence ce que j'allais dire. . (( Milord , commençai-je en tendant vers lui mon . in-folio entr'ouvert : j'ose vous supplier d'écrire quelque chose sur ce volume, en faveur du nom de l'auteur. » Je croyais avoir apporté un tome des œuvres de Jean Scott, fameux docteur de l'université de Paris, au quatorzième siècle.
(( Avec plaisir, » répondit poliment Wal ter Scott après avoir ouvert le mystérieux iu«folio. Il demanda une plume et me rendit le livre avec ces mots sur la première page : voila mov maître.
Waltbr Scott.
DE IVALTER SCOTT. %'J
J'étais transporté de joie , je n'en croyais pas mes yeux, mais je demeurai tout confus en m'aperce-
yant d'un quiproquo C'était un tome de Froissard,
édition de Lyon iSSg!
c( Messieurs , dit Walter Scott , en mettant la société dans la confidence , grâce à monsieur , que je n'ai pas l'honneur de connaître , quoique son procédé m'annonce un homme d'esprit et d'érudition, j« viens de confesser une vérité dont certainement on s'armera contre moL »
A cet éloge inespéré de ma personne , tous les regards s'étaient tournés de mon côté, et j'ai idée que dans ce moment d'ovation j'avais grandi de trois pouces. Le livre courait de main en main : les dames en gants hlancs n'osant pas toucher le papier jaunâtre et le parchemin noirci de ce bouquin; les hommes pour la plupart se demandant l'un à l'autre quel était ce Froissard. Dieu me jpardonne ! j'entendis un élégant à la cravate bien empesée , dire avec assurance que Froissard était fin auteur grec. L'ignorance est de mode , ou du moins de bon ton.
Wàlter Scott , souriant avec malice , oompiit que l'entretien n'était tenable qu'avec moi : « Oui, monsieur , continua-t-il , c'est dans le vieux Froissard que j'ai trouvé le germe du roman historique. La création ne m'en appartient pas , je l'avoue en toute humilité ; je n'ai fait que ressusciter des morts , ramasser des trésors dans les tombeaux et emporter dans mon pays des biens nés dans le vôtre ,
l8 SOIRÉES
et que vous dédaignez , faute de les connaître.
— » Non , non , interrompis-je en lui serrant la main violemment, je lis, je relis Froissard depuis ma jeunesse, et, tout vieux que je suis, je ne me lasse pas de ses intéressantes chroniques. G^est de rhistoirç que ces tableaux , ces récits en action , et il y a loin de là à des dates et à de stériles résumés !
— » Certes , Froissard est sans égal...
•— - » Il est vrai ; mais Monstrelet n'est pas non plus à dédaigner...
— M D'accord. Je ne déclare la guerre qu'à votre triste Anquedl et tutti quanti. Nous autres Anglais, nous faisons un cas extrême de tous vos Chroniqueurs , et leurs ouvrages deviennent tous les jom^s plus rares en France , parce qu'ils sont à l'enchère au-delà du détroit.
*^ )) Vous êtes donc aussi amatem's de vieux livres eu Angleterre ? Je ne m'étonne plus si j'ai acheté ce Froissard i4o fr. à la vente du duc de Lavallière... M
J'allais me lancer à corps perdu dans la bibliographie , quand la conversation s'établit généralement. ((Comment, milord , disait une jolie femme, vous avez eu le courage de lire ce gros livre sentant le moisi à faire leyerle cœur?
-* )) Impossible , ajoutait une autre , la Fiancée de Lammermoor, la Frison d'Edimbourg , et tant de délicieux romans, n'ont rien de commun avec cet
ouvrage en langage barbare et inintelligible. — Walter Scott entend fort bien la plaisanterie , continuait un petit commis de finances. — Cet original devrait bien se retirer avec son Froissard. »
Le sang me bouillait dans les veines, je me sentis délivré d'un grand poids quand Walter Scott me regardant d'un œil de bonté , me fit signe qu'il allait prendre notre défense à tous deux et partant celle de Froissard. ^
u Messieurs, dit-il, méfiez^vous des apparences, et ne soyez pas , je vous prie, plus indulgents que moi-même à mon égard ; vous me forceriez à me faire plus modeste que je ne le suis en efiet; j'ai reconnu Froissard pour mon maître ; c'est ainsi que votre excellent La Fontaine se déclare souvent élève de Qément Marot et de Rabelais. Je ne saurais vous témoigner combien je dois de reconnaissance aux vieux bistoriens français. Il ne m'ont pas seulement montré la manière de faire agir et parler des personnages bistoriques, je leur dois encore l'idée de mon Quentin Durward, qui est tout rempli . de Philippe de Commines, le Tacite de la cour de Louis XI. Bientôt j'espère puiser une nouvelle composition dans les annales dé votre histoire , et ne pouvant jouter avec Froissard quand il s'agira dé représenter CharileS'le- Téméraire , j'essaierai du moins à l'imiter. »i
Ici on cessa de m'entourer d'une attention ironique; quelqu'un me demanda tout haut si je faisais jiussi des romans. «Moi! m'écriair je , presque blessé
On dict et il est vray que tous édifices sont massonnes et ouvres de plusieurs sortes de pierres , et toutes grosses rivières sont faictes et rassemblées de plusieurs surgeons. Aussi les sciences sont extraites et compilées de plusieurs clercs.
Prologub DBS Ghroviqvbs de MxssniE Froissart.
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