LA PRISE I) : PÉKIN
digne de ce pays bas, coula dans le Peï-Ho les
plénipotentiaires anglo français qui n'étaient pas
venus pour ça.
Un forfait n'< st jamais perdu. Celui-ci ne tarda
pas à occasionner des représailles pittoresques :
l'envoi d'une Colonne expéditionnaire,
On était lier d'être Français En regardan
une bataille terrible à la suite de laquelle le titre de duc Cousin-Montauban fut accordé au général Palikao, la flambaison du Palais d'Eté, enfin la pièce que le Châtelet reprenait dimanche soir, — 31 ans après la première.
Dans son Almanach des spectacles, qui est mon (ivre de Potel et Chabot (pourquoi faire toujours de la réclame à Chevet?), notre érudit confrère Albert Soubies raconte que la Prise de Pékin eut r auteur non seulement AI. Dennery, mais un dramaturge anonyme. M. Mocquard, secrétaire particulier de l'empereur.
Ce Mocquard avait accoutumé d'affiner les contions un peu trustes de son collaborateur; les ■jpssières charpentes des Deux Orphelines ou des' Wfassacrcs de Syrie, il les équarrissait, ce qui n'est pas d'ailleurs une raison suffisante pour le confondre avec un autre équarrisseur, M. Macquafd, bien connu dans le monde des chevaux qui ut une jambe ou deux.
Un missionnaire qui a le martyre bien rasant, 'infanterie de marine douée de toutes les vertus civiques et militaires, un rêve de fumeur d'opium dont h-s réalisations ont quelque chose de trop prévu : jets de lumière électrique, rideau de . danseuses étiques, obstinées à levi r les bras pour nous révéler l'état de leur système pileux (proci dé qui ne manque pas d'aisselles) dialogue, dialogue torrentiel d'insenséisme, hurlements patriotiques du public, acharné contre le traître, et tout illuminé de bonheur quand crépite la fusillade ou retentit le gong — comme la lune.
Mais il n'y en a guère que pour les soldats de la perfide Albion, là dedans : ils meurent avec des mots d'auteur dans la bouche (moi, ce n'est oas là que j'ai la prose à Dennery), ils embrochent es fils du Céleste-Empire, ils raflent les bravos des petites couturières haletantes, tout là-haut, et si contentes — tu penses — de voir revenir les Anglais !
Je n'hésite pas à conseiller au marquis de laj Libre Parole d'aller voir la Prise de Pékin. Il s'assurera que ce drame tapageur est, comme Clemenceau, hostile à l'alliance franco-russe. O tempora, ô Mores! (On l'a beaucoup répété, mais c'est moi qui l'ai dit le second. Le premier fut le Pois- Chiche.)
19 DÉCEMBRE. — Les deux Raphaël — Sisos, et Duflos — ne pourront sauver la chose que les deux Gaspard — Alexis et Méténier — ont portée au Gymnase. Ce pauvre Charles Demailly, du haut du ciel, logis ultime, Jules de Goncourt n'a pas dû le reconnaître. Quant au frangin subsistant, il dit «Bono» pourvu qu'on le joue, fût-ce par dessous jambe.
Les Frères Zemganno de 1' «écriture artiste»! avaient, jadis, construit eux-mêmes sur ce sujet une pièce qu'ils jugèrent insuffisante et livrèrent aux flammes purificatrices. Avec une modestie que personne ne s'attendait à rencontrer chez lui, lejg survivant des Goncourt s'imagina que, où ils avaient échoué, les génies combinés de MM. Paul Alexis et Oscar Méténier pourraient réussir. Je ne sais pas si l'auteur de la Faustin a le doigt très petit ou l'œil très grand, mais je sais bien qu'on ne pouvait guère se fourrer l'un dans l'autre plus complètement qu'il ne l'a fait.
Les répétitions de Charles Demailly furent orageuses. La boudeuse Raphaële, agacée de jouer le personnage d'une coquine, demandait chaque jour aux auteurs de donner quelques coups de sisos