‹ Soirées perduesChapitre 106 sur 116 · MISS ROBINSON · texte numérisé non relu

MISS ROBINSON

au cocasse Petit, le soigne-t-il plus rationnellement?

— C'est pis encore; il prend un amas gingival recouvrant une mauvaise racine pour des fongosités du bord libre du maxillaire...

C( s précieux :ignements furent interrom-

pus par l'entrée de Lavigne, chaussée de souliers jaunes, vêtue d'une jupe burlesquement écossaise et d'un corsage vert absinthe pure. Elle joue de la clarinette en mi bémol et de la prunelle. Sa grosse maman, Mathilde, embouche un piston.

Si j'étais méchant, je dirais que c'est de la musique à faire danser les ours.

17 DÉCEMBRE. — Je me demande pourquoi M. Paul Ferrier a donné sa première samedi ! Pour une pièce mettant en scène Robinson, il semble que le Vendredi était indiqué...

..gré cette anomalie, les dix tableaux de Miss Robiusoii, opérette sentimentale, (musique de Varnev) ont enivré le public des Folies-Dramatiques. L'inimitable Guyon, ruisselant d'inouïsme dans le rôle d'un vieil armateur tranquille, qui, pour complaire aux caprices de sa fille, s'embarque, fait naufrage, échange des coups de fusil avec les Indiens et risque de noyer ses rosiers favoris, porte sur ses épaules tout le poids de la pièce, fort allègrement.

M. Vauthier a encore quelques belles notes,

mais il ne les a pas retrouvées hier soir. C'est lui

qui représente, péniblement, le héros de Daniel

de Foë, moult édulcoré pour la circonstance, vêtu

en seigneur Louis XIII, commandant l'épée en

rouil la manœuvre de sa caravelle, demeurant

le dernier — esclave du devoir — sur le bâtiment

qui s'engloutit, pris par un corsaire, barvtonnant

romanees pour charmer la cour japonaise — les

grands d'Yeddo sveltes parmi les marbres — d'un

>r vcrlainien blanc et or, et, au

dénouement, marié avec MUo Simon-Girard.

Celle-ci, étoile popotte des Folies, a pour elle son bon vouloir, le soin qu'elle apporte à l'étude de ses rôles, une voix presque toujours juste et de jolies dents; contre elle, ses minauderies dont elle n'a pu se défaire exactement, son manque de fantaisie, et son insupportable époux, trivial, empoté, à l'organe cotonneux rappellant douloureusement celui de Ml,° Simonnet. Son rôle est bébête : une petite fille assoifée de voyages, subitement emballée pour Robinson qu'elle épouse entre deux couplets, enchantée des tempêtes, enthousiaste des îles désertes. N'insistons pas. Mais réellement elle chante trop. Et les chœurs donc! Ils aboient au départ de la caravelle ; comme dit le proverbe arabe : « Le chœur peut aboyer, la caravelle passe. »

On a surtout applaudi la Valse des ramiers, roucoulée par Miss Robinson, sur les bras de laquelle viennent se poser des pigeons ahuris; une petite barcarolle à six-huit, dont le motif ne peut être comparé au temps perdu, car il revient souvent; une gigue chantée et dansée sur le pont du Roi Richard par la gentille Tusini et quelques matelotes; enfin, les odorants coups de fusil du deuxième acte, après lesquels tous les spectateurs ont éternué pendant dix minutes.

J'ai noté entre divers incidents : le matelot Simon-Max godille comme une mazette, quelcafouilleur! le géant japonais du troisième acte s'est cogné la tête dans les frises (c'est un accident qui n'arriva jamais sur la scène des Menus-Plaisirs, au Boulevardier Benjamin); enfin, Mllc Julia de Cléry, toujours folâtre, s'est assise sur mon chapeau neuf.

Rien ne s'oppose donc à ce que ce tripatouillage aimable de Robinson se joue une centaine de foë.

18 DÉCEMBRE. — Maudit soit le jour où la Chine, avec un manque de procédés vil et lâche, bien

Page 1