‹ Soirées perduesChapitre 109 sur 116 · LA DAME DE LA MER · texte numérisé non relu

LA DAME DE LA MER

France, qui enferme son programme, illustré par urice Denis, clans un Etui de nacre, et d'autres, et d'autres.

Je demande à Mondes, car le titre m'impressionne, la Da la mer, si nous n'allons pas contempler des néréides dans le costume de l'emploi ; ce poète fallacieux berce mon espoir et me répond par des vers de son homonyme :

Iliaque nautique alia vulmint lace marinas Mortales oculi nudato corpore nymphas Nutricum tenus exstantes e gurgite cane.

Marcel Schwob me traduit cette citation — il adore les deux Catulle — je m'allume, le rideau se lève. Déception !

.Ellida, la dame de la mer, ne s'exhibe pas du tout nudato corpore, mais dans une robe grise flottante par devant et ajustée à la taille; elle a épousé Wangel, un docteur qui a l'air d'un pasteur, resté veuf avec deux filles; mariage de raison. C'est aussi par raison qu'elle habite non une mde ville, mais au bord d'un petit fiord (la raicl 11 p'tit fiord est toujours la meilleure) ; tout le jour elle promène ses rêveries le long du flot nt (polyphlosèoïo, comme nous disions, • et moi. a l'Ecole normale], rêvant de la mer immense, infinie ; d'ailleurs, pas de tempérait pour un sou, bien qu'elle ait aimé un pilote mystérieux et fugace, disparu après avoir assassiné son capitaine, et nommé Freeman, Lara, Manfred ou le corsaire. Elle conte cette anecdote au docteur, l'épousée Scandinave, sans trouble. 11 l'écoute sans émoi.

— Leur conversation, chuchote Jules Lemaître, semble à celle d'une stalactite et d'une stalagmite dans une grotte de glace.

îs apprenons que, dans le fond de leur passion,

deux congelés (Ellida et le pilote fatal) ont lié

ensemble leurs bagues pour les jeter dans la mer,

îoin de leurs mystiques fiançailles. Et la dame de

la mer, attend, anxieuse, le retour de l'Etranger...

— Elle a des vagues à l'âme, dit encore Jule Lemaîtrc.

... de l'Etranger qui portait à sa cravate uni épingle assez ressemblante à l'œil d'un poisso mort.

En phrases indécises, flottantes, soupirées, ell dit adorablement que son corps seul appartient ; Wangel et que l'Etranger domine son âme fris sonnante sur qui pèsent les longues nuits du Nor< à peine éclairées par des soleils sans chaleur envahie par Famour de la mer libre, sans limites de la mer qui est l'infini. J'ai l'air de bafouiller mais je me comprends. C'est déjà quelque chose

Dans la nuit tombante, il apparaît, l'Etranger fantômal, digne, dans un grand ulster ; il a de bottes. «Ellida, je viens te chercher. » Et dan ses yeux, elle voit la mer insondable, attirante irrésistible. A son mari, qui est la réalité, le de voir, — la Terre — la pauvrette veut se cram ponner, elle résiste ; lui, très calme, adresse ; l'Etranger des objections pleines de bon sens. J vous jure que le ridicule de sa situation s'effac devant le rayonnement du rêve tentateur. « De main, Ellida, à minuit, je viendrai te chercher nous partirons ensemble. ■»

Alors, lutte effroyable dans le cœur des deu: époux. « Pas d'équivoque, dit-elle ; Wangel, ti m'as épousée sans me connaître, tu m'as achetée je n'ai pas tenue dans ta maison la place d< l'épouse, résilions le marché. Je ne puis choisi entre toi et lui, que rendue libre par toi ; je sui invinciblement entraînée vers lui, vers l'horrible qui m'attire et m'épouvante. Pardonne-moi. mai rends-moi la liberté ! »

Qu'auriez-vous fait ? Peut-être auriez-vous en fermé votre femme dans sa chambre à coucher espérant qu'à l'aide d'un régime approprié, pai d'émotions, valérianate de Pierlot, douches quo tidiennes, nourriture saine et abondante, ell< reviendrait à des sentiments plus normaux. Wan-

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