‹ Soirées perduesChapitre 110 sur 116 · L'ÉLÈVE · texte numérisé non relu

L'ÉLÈVE

gel en décide autrement. Comme le "Jacques français, ce Scandinave se sacrifie, découvrant en sa femme l'étendue d'un amour insoupçonné, lui donnant la plus haute preuve de sa tendresse, cette liberté qu'elle implore. « Choisis entre lui et moi, tues libre désormais, libre et responsable.»

Ah ! ça ne traîne pas ! Vous pensiez qu'avec un pleur de reconnaissance aux cils, elle allait se jeter dans les bras de l'Etranger. Non, non ! A peine Wangel a-t-il prononcé ces généreuses paroles que le charme est rompu. L'horrible vision s'efface dans l'esprit d'Ellida. Elle contemple sans trouble les yeux, changeant comme les flots, de celui qui la fascinait, et leur préfère, pour jamais, les bons regards confiants du docteur son mari. Elle restera sous le toit conjugal, attachée aux humbles devoirs joyeusement consentis.

Ce qui prouve que la liberté d'une âme plus forte que toute loi, toute convention sociale, incline naturellement, dès qu'elle s'est ressaisie, vers la simple loi morale, à condition de n'y être pas contrainte.

Autour- de ces trois protagonistes, des personnages infiniment plus concrets intéressent : les deux belles filles d'Ellida, dont l'une, en robe mauve, dit juste ; l'autre a un joli rôle de fillette ardente et mélancolique, un peu « canard sauvage » : c'est M " Meuris qui le joue : voix aigrelette, figure fine, cheveux blonds flottant sur le dos. C'est joli, les cheveux : sur la tête, dans le dos, partout, sauf sur la soupe

Un sculpteur poitrinaire, aux pommettes rouges, répond au nom farouche de Lyngstrant. C'est beaucoup de consonnes pour un seul homme.

Théâtre d'application. — MM. Albert Faure et Michel Nour ont fait chuter une pièce en trois tableaux, l'Elève^ de tendances naturalistes, visant à être cruelle, aussi ratée que possible, et même un peu plus. Cruel, c'est le public qui l'a

'été ; il a ri tout le temps. Fit-il pas mieux que de se plaindre ?

M. et Mme de Catiny, ainsi que leur fille Fernande — • l'élève — viennent d'arriver à la campagne, près de Paris. Ils s'installent seulement, on' enlève les housses qui laissent voir des meubles convenables, sans plus ; sur une table, un petit panier d'Aix-les-Baifis, avec des fleurs aussi anémiques que le talent des auteurs de l'Elève.

Le sportman Gontran (que diable! on ne s'appelle plus Gontran, voyons !) manque étrangement de chic, mais il a tout de même séduit la Catiny, une assez belle femme en rose, aux yeux inviteurs, qui aurait tous les droits du monde à supprimer de son nom cet Y surérogatoire. Pendant qu'il embrasse frénétiquement cette adultère personne, il se laisse bêtement pincer par la fille d'icelle. Qu'est-ce que vous auriez fait, vous, à la place de Fernande ? Elle fait oh. ! et, comme la situation devient très difficile à traiter, la toile tombe.

Nous revoyons l'élève Fernande, plus entichée de romans passionnels que de la chimie organique à laquelle veut l'initier son professeur Maunier ("favoris, vilain crâne où se plaquent des mèches longues et rares). Dans le salon chêne et vert, cevieux paillard détaille ses bonnes fortunes — des grandes dames, de très grandes dames, et aussi leurs filles — à Fernande qu'il agace sans l'indigner.

Mais voici revenir Gontran, dont le chic devient . de plus en plus extraordinaire. Il conte qu'il a pris la forte culotte, vingt-cinq louis-! (Sans doute on jouait Tes consommations.) Ces récits de la grande vie achèvent de séduire Fernande ; elle s'offre, il l'accepte. Le rideau tombe encoie. Je n'ai jamais vu un rideau plus insupportable.

Faute de la grive qu'il convoitait, Maunier se rabat sur un oiseau de moindre vol, la bonne. Elle refuse. On met à la porte ce cuistre, qui,

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