AU THEATRE-LIBRE
la Lune. Quant à la petite vierge enfermée dans la sacristie, elle avait fui, impatiente et légère...
C'est de nos jours seulement, que l'indiscutable pureté de nos mœurs exige, au dénouement des comédies, le châtiment du vice. Imbu de l'esprit antique, l'auteur de Lysistrata n'a pas Donnay dans ce travers. Les courtisanes arrivent trop tard pour surprendre le flagrant délit. Lycon, railleusement bousculé par l'infidèle épouse, va se coucher, solitaire et piteux. Dans le temple désaffecté, rendu à ses splendeurs premières, l'hymne cythéréen retentit (musique de Dutacq) et Agathos Signe la paix, un peu fatigué.
On ne peut dire que ce soit là une pièce lysistratée.
22 DÉCEMBRE. — Bien, bien Théâtre-Libre, les 3 actes que donne en matinée l'audacieux Vaudeville !
Les Dubreuil sont de Braves gens, pieux, raseurs, adonnés aux œuvres réparatrices, « les Mariages du neuvième mois v>, etc. Ils vivent retirés. Leur fils Adrien, lui, ne se retire pas assez. De ses relations vitupérables avec une bobonne, un gosse naît. Dubreuil, d'abord, s'indigne :
Adrien
i as pas d'frein
et enjoint au prolifique jobard (en collaboration avec Guinon) d'épouser la gigolette. Le petit renâcle. Et il faut voir, au milieu de ce pieux appartement (canapé morose, pendule édifiante réglée sur l'heure de l'église et qui, par conséquent, retarde, lithographies encadrées, odeur de Thureau-Dangin) il faut voir arriver la famille de la jeune séduite, les Surot, un père chauffeur, une mère à hure de pipelette, un gamin que l'on récompense dune croix obtenue au catéchisme, en le conduisant entendre Yvette Guilbert.
La vue de ces blousards impressionne les Du-
breuil, Adrien se défend avec éloquence, et, sous la pluie de ces arguments, le rigorisme du vieux se détrempe. Il donnera cent sous â sa bru morganatique.
En matinée, la pauvre se périssait. Sur les in; tances de la critique que l'Afrique centrale noi envie, M. Denier modifia son dénouement l'usage des sensiblardes du Vaudeville et sauvé les jours de la bonne fautive. Alors tous les journaleux lui tombent sur le poil.
Au Cirque d'Hiver, il n'y en a que pour la main plate. « Poète, prends ta lutte et me donne un baiser ! »
Si j'en crois un programme bien alléchant, en vérité, l'.athlète Pons (dont je suppose que le prénom est Pierre) « offre deux cents francs à tout amateur qui lui fera toucher les deux épaules. » Pas plus tard que demain, j'irai trouver ce lutteur fastueux, je le prierai de me toucher l'épaule droite, puis l'épaule gauche, et il me remettra dix louis. Ou le programme a bafouillé, alors...