AU CONCERT-PARISIEN
Quittant ma conquête, Le soir, un peu las.
J'ai pas vu la fête, Je nie regrette pas.
si vous voulez faire La mêm' chose que moi Au prochain cent'naire, J'vous dirai l'endroit.
Quoi encore ? un couple de jeunes mariés qui passent leur nuit de noces en ballon et s'élèvent très haut, très haut, histoire de voir la lune à moins d'un mètre.
Et enfin, Mlle Guilbert, la divctte du lieu, féconde en chansonnettes d'inégale valeur, amusante en demoiselle vernale (id. est employée du Printemps), sans voix, diseuse précise, minaudière, intéressante, et surtout à la mode.
22 DÉCEMBRE 1892. — Il y a plusieurs manières de comprendre l'antiquité grecque ; la meilleure, sans conteste, est de lire le texte des poètes, seul moven de coûter leur verve originelle et l'éblouissanté splendeur de leur fantaisie ; mais le procédé n'est pas à la portée de toutes les bourses, en ces joursd'ignorance où les bacheliers es lettres estampillés par la Sorbonne ont déjà tant de peine à s'assimiler les auteurs français qu'on leur mâche dans les « fours à bachot v^ !
Certains Jules Lacroix, éperdus de bonne volonté, donnent de ces purs modèles d'attristantes copies ; versificateurs indigents, ils campistronnent, ils cravatent d'ennui le cou délicat de Cypris; la nudité chaste des éphèbeSj ils la soulignent de feuilles de vigne obscènes, et sur ce passé lumineux, sur cette terre bénie où l'Olympe « vivait et respirait dans un peuple de dieux, » ils répandent la pluie monotone de leurs alexandrins crevants. C'est les tragiques. Réaction prévue, les parodistes sont arrivés, avec quel fracas, de la Courtille, et quelles gueulèes! Ohé! ohé! les autres' Des héros semblables aux dieux ils ont
fait les Plis de va-illance, les Rois barbus qui s'avancent, la troupe carnavalesque des fantoches qui braillent et font le grand écart et lâchent des inepties fangeuses dans le Temple, — des andouilles de Troie-. D'ailleurs, aussi rayants que les tragiques, ces bobèches entrent tout comme eux à l'Académie.
Dans sa Lysistrata, Maurice Donnay n'a point voulu faire une tragédie, « moins encore une parodie », assure son prologue. Entre ces deux extrémités, il a voulu nous montrer des Grecs de belle humeur, amusés, amusants, peut-être un peu Chat- Noir, anachroniques avec modération, ni des héros nidespîtres.A l'immortellesatireattiqueil n'aguère emprunté que le titre, et sa causticité polissonne ressemble peu à l'emportement ordurier d'Aristophane, bien que son Prologue (une lanterne à la main pour éclairer la situation) vienne jeter dans l'âme des spectateurs un peu de crainte ou d'espoir avec cet avertissement :
Je crois que les oreilles prucl Subiront des épreuves ru
Joli décor au premier acte ; l'Acropole au fond, la maison de Lysistrata à gauche, ta lumière, divin soleil (ô phôs !) par-dessus, et des souvenirs classiques dans tous les coins.
Les Athéniennes se lamentent, privées de leurs époux qui combattent Lacédémonê interminablement, assoiffées de plaisirs conjugaux, nerveuses, indifférentes à la gloire et aux combats — où leurs sots de maris, là-bas, vont se faire .casser la tête — irritables de n'avoir rien, depuis de si longs mois, à se. mettre sous la dent. Encore un peu, et, pour ne pas recourir au blâmable expédient de deux d'entre elles, unies dans une coupable et consolatrice intimité, les pauvrettes vont abaisser leurs regards ardents sur les seuls mâles restés dans la ville, des barbares chargés de maintenir
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l'ordre dans les rues, des Scythes, d'ailleurs râblés, des Scythes pitt©resqu<
Lysistrata, épouse de Lycon, amante du général Agathos (bon, bravé à la guerre, si j'en crois Lancelot), veut frapper — je dis frapper — un nd coup. Elle réunit les Athéniennes éplorées et leur tient à peu près ce langage : « Le militarisme, voilà l'ennemi ! Nous voulons la paix d< nitive à tout prix. Prenons nos maris et nos amants par la lamine; refusons leur tout ce qu'ils nous demanderont pendant la prochaine trêve. Ils en passeront par où nous voudrons, et, pour sortir de cette situation... tendue, ils accepteront de signer la paix. Jusque-là, ne leur accordons pas ça. Soyons l'obstacle qui recule pour être mieux sauté. »
Toutes jurent l'abstention, sauf une mignonne fillette, épousée de nom seulement, dont le mari est parti guerroyer le soir même de ses noces. On enferme la pauvre petite récalcitrante dans l'extemple de Cypris délaissée, consacré présentement à la chaste Ârtemis»
A peine le serment est-il prêté que les maris iennent en bonnes dispositions, en excellentes
positions»; 6 surprise, ô terreur, les malheureux sont repoussés avec perte par leurs épouses, et, maris marris, courent .chercher des consolations chez Salabacca-Tessanclier, belle brune aux mœurs hospitalières, qui rassemble dans une fête à tout cas.-, r les étalées d'Athènes.
On ne s'ennuie pas dans cet immeuble! Malgré les interdictions de Platon — cet empêcheur de danser du ventre — une Russe, spécialement enpar M. Porel, s'exhibe en cadence, pile, lac i décolh tée par en haut et par en bas
que la censur trop pour que ce spec-
tacle puisse satisfaire les délicats. Le sceptique Eiron< ur d'une tapageui Zeus, agite
lecliqu térile des s< nés et préconise i
pour les jeunes gens, le Renanisme. .Même il blague l'oracle de I Viphes
et l'Inspirée montant sur son trépied divin la bouche pleine de gâteaux au miel — la Pythie vient en mangeant. Parmi les hommes couronnés de roses, parmi les courtisanes vautrées deminues sur des peaux de tigres, circulent les cratères emplis du vin parfumé de Chio, dont j'aurais bien voulu tâter. (An Chio son buvore !) On acclame la frêle Myrtale, désintéressée, puisqu'elle soupire des strophes — à l'œil.
Ainsi que les flots que l'écume argenté, Qu'ils soient noirs ou bleus, gris ou violets, Ou bien verts avec de pervers reflets, Les yeux sont pareils à la mer changeante.
Cependant, Salabacca, sinistrement belle sous la rouge chlamyde moins pourpre que ses lèvres, s'agite et se retourne sur sa couche, ainsi qu'un boudin sur le gril, comme disait l'aveugle Homéros. Cette « toute à tous » qui change de soupirant comme de chlamyde, n'aime qu'Agathos dont l'absence l'enraie. Elle devine où se cache le beau guerrier, les railleries de ses compagnes la poussent à bout, elle éclate, et, splendide en sa fureur, elle crie à Lycon : « Allons, viens surprendre ta femme aux bras de ce militaire qui te monte une trirème, ivrogne, butor, cocu définitif ! »
Elle ne se trompait pas, la colère clairvoyante de Salabacca. Entre Lysistrata, sur la terrasse de sa maison, et le bel Agathos, désireux de monter, un dialogue s'échangeait, coupé de silences expressifs, sous le regard clignotant des ironiques étoiles.
— Descends, mignonne, j'ai quelque chose à te dire.
— Est-ce long?
— Assez long comme ça!
Vous pensez si elle descendait. Et les amants s(
réunissaient dans le temple d'Artémis, foulant aux pieds serments, lois conjugales, respect des dieux, excités parleur double sacrilège, insoucieu: de la symphonie menaçante des cors qui disent ei sons bouchés l'ire de la déesse chaste — comme