‹ Soirées perduesChapitre 17 sur 116 · SYMBOLISTES A TABLE · texte numérisé non relu

SYMBOLISTES A TABLE

par ces trois hypostases de la Haine, le général en verre incassable accomplit sa tache. Ses ennemis sont réduits, ainsi qu'il est chanté aux vêpres, au rôle d'infimes tabourets, sùabellum pedum suorum. L'Anglaise est coupée en deux parties inégales par îa locomotive; Yvan remporte une vestinej quant à l'Anglais... tiens! je ne me rappelle plus ce qu'il devient. Allez donc voir Sainte- Russie, et vous m'écrirez pour me faire connaître le sort de ce gentleman-ripper.

Après ce drame franc, russe, et franco-russe, si le tzar ne se décide pas à signer avec Carnot, renonçons-y et tournons des regards quémandeurs vers la principauté de Monaco.

Beaucoup moins de succès au Vaudeville qui vient de représenter en matinée trois actes de paysannerie douceâtre, douloureusement infé rieurs au Maître, de notre ami Jean Jullien. Le rôle de la protagoniste, une petite sauvageonne aux cheveux embroussaillés, au cœur d'or, reproduit, avec une fidélité ingénue, le personnage de Rose Friquet dans les Dragons de Villars, délices de nos pères. Sans aller jusqu'à prétendre, avec quelques soireux dénués d'indulgence, que « Faaette^» m'a fade, je ne puis celer à l'auteur — un tout jeune bas-bleu, paraît-il — que sa pièce n'aura jamais <k sand » représentations.

SYMBOLISTES A TABLÉ. — Convoqué par une rarte, de typographie médiocre, à une fête amicale donnée « à l'occasion dû Pèlerin passioné »

— moi, je mets deux ;/, — je me rends à l'hôtel des Sociétés savantes. Ironie des locaux!

L'arrivée au lieu du festin, par le dédale nauséabond de la rue Serpente, ne contribue point à la gaîté; elle éclate, pourtant, quand se confron-

tent aux lumières la variété et le disparate des visages. L'éditeur Lacroix ne semble plus s'y souvenir de Verbrceckhoven, ni Redon de ses monstres dont l'effroyable, hélas, tourne quelquefois au pompier, au déjà vu, moins Odilon que Barrot. Kops, impassible, bavarde comme la pluie sur les toits. A la table s'agglomèrent des hommes prêts à parler, prêts à manger. Ils parlent. Beaucoup. Mais, manger, hélas!

Avant tous les autres. Stéphane Mallafmé, l'air d'un vieux petit capitaine d'habillement, en retraite, toaste; imperturbablement fumiste, il ne souffle mot du génie de Moréas et le félicite, seulement, « d'avoir, le premier, fait d'un repas la conséquence d'un livre de vers ».

Dardant — attention! le signalement est de F. F- — dardant les ténébreuses moustaches et aussi, derrière un monocle circulaire, l'arrogance d'œil d'un homme dont la famille a joué son rôle dans le grand cabotinage de l'Indépendance grecque, Jean Moréas se levé, et sa voix métallique clangore la santé de Paul Verlaine.

Barrés lui succède, matois, figure glabre, pif inquisitorial, accent nancéen « à la santé de Baudelaire, qui malheureusement, est mort. » L'annonce de ce trépas imprévu jette un froid.

Un court silence : Georges Vanor se lève et., de sa voix câline : a En entendant M. le député Barrés lever son verre à la santé d'un camarade défunt qui a emporté tous nos regrets, j'ai cru — sincèrement — qu'il allait proclamer Je nom de Jules Laforgue. C'est à la mémoire de cette santé que je bois. » (Frémissement approbateur.)

Long, lent, doux, l'œil voilé d'un monocle, le fluide poète Henri de Régnier — organisateur, avec le précité, du banquet — parle poliment de Francis Poictevin, de Philippe Gille, de Moréas qui pratique la poésie « non sans éclat )).

Palabrent aussi le nimois acerbe, Bernard Lazare, et cet américain flegmatique Francis

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